Abidjan, 31 août 2025 (AIP) – Longtemps cantonnée dans l’informel, la filière ivoirienne du bois connaît aujourd’hui un tournant décisif. Depuis le lancement officiel, le 24 juillet 2025 à Yopougon, de la campagne d’enrôlement de proximité par le ministre des Eaux et Forêts, Laurent Tchagba, près de 500 acteurs ont déjà été enregistrés. Un succès qui illustre l’adhésion massive des opérateurs et confirme la pertinence de cette réforme.
Conçue dans le cadre de la Stratégie de valorisation des produits forestiers (SVPF) et de l’Accord de partenariat volontaire pour l’application des réglementations forestières (APV-FLEGT), entré en vigueur le 1er mai 2025, cette initiative vise à donner une nouvelle image au secteur bois pour devenir plus légal, plus structuré, plus durable.
Une adhésion massive et enthousiaste
De Yopougon à Grand-Lahou, en passant par Dabou et Jacqueville, les équipes du ministère ont sillonné le terrain pendant un mois. Partout, le constat est le même : un engouement inédit des artisans, menuisiers et transformateurs.
« C’est un projet porteur, symbole de confiance et de reconnaissance. Il revalorise notre métier et nous permet d’exercer légalement », confie Kouakou Dominique, opérateur basé à Anyama.
Même son de cloche du côté de la Fédération des métiers du bois de Côte d’Ivoire (FMBCI), qui compte plus de 5 000 membres. Son président, N’Dri Siméon, se félicite d’un projet qui « ouvre la voie à la professionnalisation, favorise la création d’entreprises viables et assure une meilleure traçabilité du bois ivoirien sur le marché local ».

Structuration et modernisation : un tournant pour la filière
Pour l’État, la formalisation dépasse la régularisation administrative. Elle constitue un véritable levier de modernisation. Le directeur régional des Eaux et Forêts d’Abidjan, le colonel Gnaba Michel, insiste : « la formalisation n’est pas une contrainte, mais une opportunité. Elle permet de sécuriser les activités, de promouvoir un commerce légal et de garantir la durabilité de nos forêts. »
Cette dynamique répond également à un besoin exprimé de longue date par les acteurs du secteur : être reconnus, encadrés et soutenus dans leurs activités. Avec leur enrôlement, ces opérateurs accèdent désormais à une existence officielle, synonyme d’opportunités nouvelles.
Des perspectives économiques et sociales renforcées
La formalisation offre aux professionnels du bois la possibilité de sortir de la marginalisation financière. Pour la première fois, leur enregistrement leur ouvre les portes du système bancaire et des financements structurés. Selon un responsable d’institution financière, « le fait d’être identifiés, traçables et organisés leur permettra de bénéficier de crédits et d’investissements pour développer leurs entreprises ».
Ce progrès est d’autant plus stratégique que les artisans du bois jouent un rôle essentiel dans les grands projets d’infrastructures, la construction d’habitations et le développement urbain. Leur intégration dans l’économie formelle sécurise cette contribution et accroît leur visibilité.

Une filière tournée vers le développement durable
Au-delà de l’impact économique, la réforme s’inscrit dans une vision de gestion durable des ressources forestières. La campagne contribue à la lutte contre la déforestation, à la restauration du couvert forestier et à la promotion d’un marché transparent et respectueux de l’environnement.
Le ministre Laurent Tchagba a annoncé que la prochaine étape consistera à étendre la campagne à l’ensemble du territoire national. Elle sera accompagnée de formations techniques, d’une sensibilisation accrue via les médias, de mécanismes de contrôle et de l’utilisation d’outils modernes de suivi.
« Nous voulons bâtir un marché légalement structuré, conciliant besoins locaux, protection de l’environnement et modernisation des activités. La formalisation est le socle sur lequel reposera la durabilité de la filière bois en Côte d’Ivoire », a-t-il réaffirmé.
Une dynamique d’optimisme partagé
Au sein des ateliers de menuiserie, des dépôts-vente et des unités de transformation, l’heure est à l’optimisme. Les professionnels, conscients du rôle crucial qu’ils jouent dans l’économie nationale, s’engagent à accompagner le processus et à sensibiliser leurs pairs.
La Côte d’Ivoire veut ainsi tourner la page d’un secteur marqué par l’informel, pour écrire celle d’une filière bois moderne, compétitive et durable, moteur de croissance et acteur clé de la transition écologique.
(AIP)
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