Bongouanou, 04 oct 2026 (AIP) – L’Ahossi, musique et danse traditionnelles des Agni-Morofwè, constitue un élément majeur de l’identité culturelle du Moronou et un vecteur de transmission des valeurs communautaires, a expliqué le conseiller technique au ministère de la Culture et de la Francophonie, Dr Aka Konin, lors d’une conférence tenue samedi 3 octobre 2026 à Krégbé.
La rencontre, organisée dans le cadre du lancement de la 8e édition du festival « Koulo-Yôfê » d’Assalé-Kouassikro, était placée sous le thème, « L’Ahossi, patrimoine identitaire morofwè : origines, pratiques et enjeux ».
Spécialiste des traditions culturelles, Dr Aka a présenté les origines de cette expression artistique, ses modes de diffusion dans le Moronou, ses pratiques musicales et chorégraphiques ainsi que ses différentes fonctions sociales.
L’Ahossi est inscrit depuis 2016 à l’inventaire du patrimoine culturel national de la Côte d’Ivoire au titre du patrimoine culturel immatériel. Cette pratique, caractérisée par l’association de la musique, du chant et de la danse, est notamment présentée comme « l’Ahossi, musique et danse populaires des Agni-Morofwè ».
Selon les recherches et documents présentés par le conférencier, l’Ahossi serait un genre musical originaire du Ghana et inspiré du highlife. Il serait apparu dans les années 1950 dans le Moronou, où il se pratiquait notamment le soir, autour d’un pot de vin de palme, comme moment de détente après les travaux de la journée.
L’appellation « Ahossi » serait issue, selon des sources locales rapportées par Dr Aka Konin, de l’expression « Aho ossi », pouvant être comprise comme « tu es retourné en arrière ». Cette expression est également interprétée symboliquement comme une invitation au retour aux sources et à la mémoire collective.
La diffusion de cette pratique dans le Moronou repose principalement sur la tradition orale. Plusieurs versions coexistent sur son itinéraire. L’une évoque un parcours allant de Bouadikro ou Koyonou à Ehulkro, puis Assahara. Une autre cite une douzaine de localités, parmi lesquelles Bongouanou, Assié-Kokoré, Kouakro, Adouakouakro, Arrah, Kangandi, Akpessé et Kinimokro.
Ces différences, a relevé Dr Aka Konin, ne remettent pas nécessairement en cause l’ancienneté de l’Ahossi dans ces localités, mais traduisent plutôt la diversité des récits de transmission propres à la tradition orale.
Pratiqué par les hommes et les femmes, l’Ahossi accompagne notamment les funérailles et les cérémonies festives. Sa pratique s’est progressivement étendue aux mariages, aux manifestations familiales, religieuses et politiques ainsi qu’à divers événements communautaires et officiels.
Son instrumentation traditionnelle comprend notamment une sanza, une ou deux guitares, une caisse de percussion, des hochets tressés et une bouteille en verre utilisée comme instrument de percussion. Certains groupes ont également intégré le tambour à leur formation.
Sur le plan vocal, l’Ahossi repose principalement sur le principe de l’appel et de la réponse, avec un soliste qui lance une phrase musicale reprise par le chœur. Son répertoire puise notamment dans les proverbes, les contes, les anecdotes et les faits de la vie quotidienne.
La danse constitue une composante essentielle de la pratique. Les mouvements des danseurs suivent les rythmes et les chants et participent pleinement à l’expression des messages véhiculés par les textes.
Au-delà de sa dimension artistique, l’Ahossi assure plusieurs fonctions sociales. Lors des funérailles, il contribue à la consolation des familles endeuillées. Il joue également un rôle identitaire en renforçant le sentiment d’appartenance des populations à la communauté agni-morofwè.
La pratique possède aussi une fonction récréative et éducative. Les chants et les récits permettent notamment de transmettre aux jeunes des valeurs telles que le respect des aînés, la solidarité et la prudence.
L’Ahossi sert par ailleurs de moyen de satire et de régulation sociale, les chansons pouvant dénoncer certains comportements jugés répréhensibles. Il contribue enfin au rapprochement des générations, au dialogue et à la cohésion sociale.
Plusieurs groupes assurent aujourd’hui la vitalité de cette tradition dans le Moronou, notamment le Pétéplé Ahossi d’Ahounan, l’Ahossi de Kangandi, le Kpokpla Ahossi de Kinimokro, l’Agbekon Ahossi de N’gohinou et la Nouvelle Génération Ahossi de Bénéné.
D’autres formations connaissent toutefois une activité réduite ou ont disparu, notamment en raison du décès de certains acteurs, du vieillissement des praticiens et du manque de moyens financiers.
Pour Dr Aka Konin, ces difficultés soulignent la nécessité de préserver les savoirs et savoir-faire liés à l’Ahossi, considéré comme un patrimoine vivant qui porte la mémoire, l’identité et les valeurs des Agni-Morofwè.
(AIP)
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