Bouaké, 15 juil 2026 (AIP)- Le Service de communication institutionnelle du Centre national de recherche agronomique (CNRA) a organisé, mardi 14 juillet 2026, à la station de recherche sur les cultures vivrières de Bouaké, une rencontre d’information et d’échanges entre les chercheurs et les professionnels des médias, dénommée « Journée Presse », afin de présenter les résultats de ses travaux de recherche et les innovations technologiques développées pour répondre aux défis de l’agriculture ivoirienne.
À l’ouverture de la rencontre, le coordonnateur scientifique du CNRA-Bouaké, Dr N’Zué Boni, a indiqué que cette initiative vise à rapprocher les chercheurs des médias afin de favoriser la diffusion des technologies mises au point par le centre au profit des producteurs agricoles et des transformateurs.
« Cette Journée Presse est une opportunité pour le CNRA de présenter aux journalistes et aux professionnels des médias les résultats des recherches que nous menons, notamment, les innovations technologiques que nous développons pour répondre aux effets des changements climatiques, à la pression foncière ainsi qu’aux exigences des producteurs et des transformateurs. Nous attendons de la presse qu’elle contribue à promouvoir ces technologies auprès des populations afin de permettre aux producteurs et aux transformateurs d’accroître leurs rendements agricoles et leurs revenus. À travers cette initiative, nous voulons impliquer davantage les journalistes dans la diffusion de ces innovations », a-t-il déclaré.
Dr N’Zué Boni a expliqué que le CNRA met l’accent sur des technologies destinées à promouvoir une agriculture intensive adaptée aux réalités actuelles. « Avec la pression foncière, la pression parasitaire et les aléas climatiques, nous développons des technologies capables de renforcer une agriculture intensive, qui ne nécessite pas de grandes superficies, afin de contribuer à l’amélioration de la production agricole nationale », a-t-il indiqué.

Les travaux ont porté sur deux communications. La première, intitulée « Contribution du CNRA au renforcement de la résilience de l’agriculture ivoirienne face aux défis actuels de la dégradation des sols et des changements climatiques », a été présentée par le directeur du Laboratoire central Sols, Eaux et Plantes (LCSEP), Dr Yao Guy Fernand, agropédologue. La seconde, consacrée aux « Technologies innovantes de production de semences d’igname, de manioc et de patate douce pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle », a été animée par le chef du Programme de recherche sur les plantes à racines et tubercules (PRT), Dr Essis Brice.
Présentant les missions du LCSEP, Dr Yao Guy Fernand a indiqué que cette unité opérationnelle du CNRA, qui abrite le programme Gestion durable des sols et maîtrise de l’eau (GDSME), a pour objectif de contribuer à l’amélioration de la productivité des sols agricoles par l’élaboration de stratégies de gestion durable, de conservation de la fertilité et de la santé des sols ainsi que de maîtrise de l’eau.
Il a expliqué que le laboratoire développe des outils d’aide à la décision destinés à orienter la planification des activités agricoles.
Selon lui, les programmes de recherche conduits au cours des cinq dernières années, avec l’appui des filières café, cacao, palmier à huile et coton, ont permis d’actualiser la cartographie des sols de la Côte d’Ivoire à une échelle détaillée.
Cette cartographie constitue un outil d’aide à la décision destiné au ministère de l’Agriculture et aux autres acteurs du secteur pour orienter les investissements agricoles et la mise en œuvre du Programme national d’investissement agricole (PNIA).
Dr Yao Guy Fernand a précisé que des cartes détaillées des différents agropoles du pays ont également été élaborées. Elles permettront d’identifier les cultures les mieux adaptées aux caractéristiques des sols de chaque zone et d’orienter les projets agricoles en fonction des potentialités pédologiques.
Le directeur du LCSEP a également indiqué que le laboratoire a développé des outils destinés à accompagner les producteurs face aux effets des changements climatiques.
Il a cité l’actualisation des calendriers culturaux afin de tenir compte de l’évolution des saisons agricoles et de permettre aux producteurs de mieux planifier leurs activités, alors que les périodes de début et de fin des pluies sont devenues moins prévisibles.
Selon lui, ces outils d’aide à la décision sont disponibles pour les principales cultures et les différentes zones de production du pays.
La deuxième communication a permis de présenter plusieurs innovations développées par le Programme de recherche sur les plantes à racines et tubercules.
Dr Essis Brice a expliqué que le CNRA travaille sur des technologies de production de semences de qualité à haut rendement pour le manioc, l’igname, la patate douce et le gingembre.
Il a présenté la technologie hydroponique semi-autotrophe (SAH), qu’il a décrite comme une technique de multiplication végétale accélérée permettant de produire rapidement des plantules saines, exemptes de maladies et offrant de bonnes performances agronomiques.
Selon lui, cette technologie, déjà appliquée au manioc et à l’igname, permettra de produire des quantités importantes de semences destinées aux producteurs semenciers ainsi qu’aux autres acteurs de la filière agricole.
Le chercheur a également présenté la technologie des mini-fragments appliquée à l’igname.
Il a indiqué que cette innovation améliore le coefficient de multiplication des semences. Alors que les méthodes classiques permettent d’obtenir deux à trois semences par pied, cette technologie porte cette capacité à huit ou dix semences par pied.
Il a ajouté que l’utilisation des tiges aériennes favorise également une multiplication rapide des semences de pré-base.
Dr Essis Brice a souligné que le développement de cette innovation nécessite la structuration d’une véritable filière semencière de l’igname afin de permettre aux producteurs semenciers de relayer les travaux de recherche et d’assurer la diffusion des semences produites par le CNRA.

Décrivant le processus de production en laboratoire, il a expliqué que les tiges aériennes prélevées sur un pied-mère sont repiquées par groupes de 25 dans des bocaux. Les feuilles sont ensuite retirées afin de limiter la transpiration.
Après une semaine, les tiges reprennent leur développement sur un substrat mis au point par le CNRA. Au bout d’un mois, elles produisent des micro-boutures de trois à quatre grammes qui sont repiquées au champ et permettent d’obtenir des semences pesant entre 200 grammes et un kilogramme.
À l’issue des présentations, le coordonnateur scientifique du CNRA-Bouaké et les chercheurs ont lancé un appel à l’État de Côte d’Ivoire ainsi qu’aux partenaires techniques et financiers en faveur d’un renforcement des appuis matériels, techniques et financiers destinés au centre.
Dr N’Zué Boni a indiqué que, malgré les efforts d’autofinancement du CNRA et l’appui de l’État, un accompagnement accru demeure nécessaire pour poursuivre les travaux de recherche et accélérer le développement des innovations technologiques au service de la sécurité alimentaire et nutritionnelle.
Pour sa part, Dr Yao Guy Fernand a plaidé pour un renforcement des capacités du Laboratoire central Sols, Eaux et Plantes. Il a expliqué que le laboratoire a besoin de ressources financières pour l’acquisition de consommables, de réactifs et de produits chimiques nécessaires aux analyses, ainsi que d’équipements de dernière génération.
Il a également estimé qu’une extension des infrastructures est devenue nécessaire, les bâtiments actuels datant des années 1960 ne répondant plus aux besoins liés au développement des activités scientifiques.
Selon lui, le laboratoire dispose des compétences scientifiques requises pour accompagner les politiques agricoles nationales, mais nécessite un appui infrastructurel, technique et financier afin de poursuivre ses missions de recherche au service d’une agriculture durable.
(AIP)
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