Par Simon Benjamin Bassolé
Pékin, 11 sept 2026 (AIP)- La Côte d’Ivoire pourrait davantage capter le marché touristique chinois en valorisant les spécificités de son patrimoine, l’authenticité de ses modes de vie et les expériences d’immersion culturelle, tout en améliorant les conditions d’accueil, notamment en matière de transport, d’hébergement et de sécurité, estime la doyenne de la Faculté d’études africaines de l’Université des langues étrangères de Pékin, Li Rongfen.
Dans un entretien accordé mardi 8 septembre 2026 à des journalistes ivoiriens, en marge d’un séminaire de formation destiné aux professionnels des médias, l’universitaire chinoise revient sur les attentes des touristes de son pays à l’égard des destinations africaines et sur les atouts que la Côte d’Ivoire pourrait davantage mettre en avant pour renforcer son attractivité.
Elle évoque également l’évolution des conditions de vie en Chine, les facteurs de son développement, la place du vélo dans la société chinoise ainsi que l’héritage de Mao Zedong.
AIP : En matière de tourisme Chine-Afrique, notamment avec la Côte d’Ivoire, quelles sont les attentes des touristes chinois ?
Li Rongfen : Nous attendons des itinéraires qui ne soient pas comme les autres. Nous voulons d’abord savoir ce qu’il y a à voir, ce qui est spécial et ce qui distingue la destination des autres pays. Nous voulons également connaître les services locaux, notamment le logement, les hôtels, le transport, les routes et, avant tout, les conditions de sécurité.
Les Chinois souhaitent voyager dans un environnement sûr. Mais nous voulons aussi nous enrichir à travers le voyage. Il ne s’agit pas seulement de voir des paysages exotiques, mais aussi d’entrer au cœur de la vie locale.
En Chine, lorsque les touristes étrangers arrivent, ils se promènent notamment dans les hutongs, dans les ruelles, pour découvrir la vie quotidienne. Nous voulons également savoir comment vivent les Africains, parallèlement à la découverte de leur patrimoine culturel et de leurs sites touristiques.
AIP : Que pourrait donc faire la Côte d’Ivoire pour attirer davantage de touristes chinois ?
Li Rongfen : Il faut développer davantage le tourisme ivoirien et mettre en valeur ce qui est particulier au pays. Il faut montrer ce qui peut distinguer la Côte d’Ivoire des autres destinations africaines, tout en améliorant les conditions d’accueil, notamment en matière de transport, d’hébergement et de sécurité.
Il est également important de permettre aux visiteurs de découvrir la vie quotidienne des populations, leurs cultures et leurs traditions. Pour les touristes chinois, cette immersion peut constituer une partie importante de l’expérience du voyage.
AIP : Vous avez consacré une présentation à l’évolution de la vie quotidienne des Chinois. Quels sont les principaux changements à retenir ?
Li Rongfen : Nous avons consacré toute l’après-midi à connaître la vie quotidienne des Chinois et surtout son évolution depuis la fondation de la République populaire de Chine. Nous avons choisi cet angle parce que le changement et l’évolution de la vie quotidienne peuvent très bien traduire l’esprit de la gouvernance de la Chine.
Pour une personne ordinaire, avoir un bon logement, une nourriture saine, pouvoir s’habiller correctement, se déplacer facilement, recevoir une bonne éducation et pouvoir être soignée lorsqu’on est malade sont des éléments essentiels. Je pense que le gouvernement chinois fait tout pour assurer une vie décente à tous. C’est, à mon avis, la responsabilité de tous les gouvernements du monde.
AIP : Quels seraient, selon vous, les principaux facteurs qui expliquent la réussite de la Chine ?
Li Rongfen : Je pense que le premier facteur, c’est le travail. C’est le travail dur, non seulement du Parti communiste chinois, mais aussi de tous les Chinois pendant des années et des années.
Le deuxième facteur, c’est le courage de tirer des leçons des expériences réussies comme des expériences échouées. Et troisièmement, je pense que c’est l’équilibre. Les traditions chinoises insistent beaucoup sur l’équilibre. Nous recherchons, par exemple, un équilibre entre la vitesse et la qualité, entre le travail et la famille, ou encore entre les intérêts collectifs et les intérêts personnels.
AIP : Quel rôle attribuez-vous au système politique chinois dans cette évolution ?
Li Rongfen : Je pense que le Parti communiste chinois a favorisé ce développement. Depuis sa création, il a pour objectif, selon une expression chinoise, de « servir le peuple ». Je crois que c’est l’objectif et la responsabilité principale du Parti.
Les membres du Parti ont également fait beaucoup de sacrifices pour le développement du pays. Je pense que cette gouvernance a accéléré le développement.
AIP : Le vélo reste très présent dans les rues de Pékin. Quelle place occupe-t-il aujourd’hui dans la vie des Chinois ?
Li Rongfen : Le vélo occupe toujours une place importante dans notre vie, même si nous nous déplaçons de plus en plus en métro, en autobus, en taxi ou en voiture. Le vélo n’est pas seulement un moyen de transport, c’est aussi une petite activité sportive qui permet de se détendre, notamment entre la station de métro et la maison.
Dans les petites villes, le vélo reste également un moyen de transport indispensable.
AIP : Le vélo avait-il une autre valeur sociale dans le passé ?
Li Rongfen : Au début des années 1980, posséder un vélo ou une bicyclette était le rêve de beaucoup de jeunes parce que cela facilitait les déplacements. C’était donc un produit dont beaucoup rêvaient. Mais très rapidement, avec le temps, la bicyclette est devenue un moyen de transport ordinaire.
AIP : Qu’en est-il aujourd’hui des vélos électriques et des risques liés aux batteries ?
Li Rongfen : Nous avons parfois connu quelques accidents provoqués par les batteries des bicyclettes, mais il ne faut pas généraliser. Maintenant, nous contrôlons très sévèrement la qualité des batteries destinées aux bicyclettes électriques.
AIP : Et le vélo collectif, combien coûte-t-il ?
Li Rongfen : Je pense que c’est 1,88 yuan pour une heure. Mais on peut prendre un abonnement, ce qui revient encore moins cher.
AIP : En 2026, la Chine commémore les 50 ans de la disparition de Mao Zedong. Quel regard portez-vous sur cet anniversaire ?
Li Rongfen : J’ai visité le pays natal du président Mao il y a quelques années et j’y ai vu beaucoup de visiteurs. Le président Mao reste un personnage bien respecté en Chine. C’est un personnage éminent dans l’histoire de la Chine.
Je pense que la génération de mes parents éprouve beaucoup de nostalgie parce qu’elle a vécu cette époque. Pour nous, le président Mao nous laisse un patrimoine. Moi, je suis dans le domaine des lettres et, pour nous, ses poèmes constituent une richesse littéraire. À part le côté politique, il y a donc aussi cet aspect littéraire de son héritage.
(AIP)
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