Reportage de Ouattara Bafanani, correspondant de presse à Lakota
Lakota, 26 avr 2025 (AIP) – Sous le soleil implacable de Diékolilié, à une quinzaine de kilomètres de Lakota, les femmes s’activent autour d’énormes tas de manioc. Rires, chants et gestes précis rythment les mercredis et jeudis dans ce petit village du centre-ouest ivoirien. Mais derrière cette animation conviviale se cache une filière économique essentielle, la production artisanale d’attiéké pour l’approvisionnement des populations de la capitale économique ivoirienne, Abidjan.
Une activité communautaire essentielle
Elles sont plus d’une vingtaine de femmes, comme Dago Lohon Isabelle, à transformer chaque semaine des tonnes de tubercules en précieux couscous de manioc. « C’est grâce à l’attiéké que nous nourrissons nos familles », confie-t-elle, les mains plongées dans la pâte fraîche. Ici, tout le village vit de cette activité, ajoute la dame.
Du pelage au tamisage, en passant par la cuisson, chaque étape repose sur une organisation bien huilée. Certaines femmes sont embauchées ponctuellement pour peler ou presser le manioc, créant ainsi des emplois dans la communauté.
L’acheminement vers Abidjan : une logistique bien rodée
Dès vendredi soir, la production est soigneusement empaquetée dans des sacs de 50 à 100 kg ou des cuvettes en plastique, prête à partir pour Abidjan par camions poids lourds ou cars de transport.
« C’est un ballet bien réglé », explique Djanwé Lou Nadège, ajoutant que certaines affrètent des camions, d’autres utilisent les lignes régulières pour livrer à temps leur production.
Le défi de l’approvisionnement en manioc
Mais cette dynamique locale est aujourd’hui sous pression. L’une des figures de cette filière, Bada Isabelle, raconte les difficultés croissantes pour trouver du manioc. « Les terres se font rares. L’hévéaculture et les plantations de palmier à huile prennent de plus en plus de place », déplore-t-elle, ajoutant que le coût du manioc s’est envolé. Un chargement de tricycle est passé de 40 000 à près de 100 000 FCFA, sans compter les frais de transport et de main-d’œuvre.
Une résilience à toute épreuve
Malgré ces obstacles, les femmes de Diékolilié font preuve d’une résilience exemplaire. Leur détermination de maintenir vivant ce savoir-faire ancestral, contribue à approvisionner la ville d’Abidjan en attiéké, l’un des mets les plus prisés du pays.
Entre traditions, défis économiques et espoir d’un avenir meilleur, Diékolilié incarne la force tranquille de l’entrepreneuriat féminin rural en Côte d’Ivoire.
(AIP)
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