Abidjan, 10 jan 2026 (AIP) – À quelques jours des élections prévues le 15 janvier 2026 en Ouganda, le Bureau des droits de l’homme des Nations unies a alerté sur un climat politique marqué par une répression généralisée, des intimidations et une impunité persistante visant l’opposition, les défenseurs des droits humains, les journalistes et toute personne exprimant des opinions dissidentes.
Dans un rapport publié le vendredi 9 janvier, l’ONU souligne que les autorités ougandaises s’appuient sur une série de lois adoptées ou modifiées depuis les élections de 2021 pour restreindre les libertés fondamentales, notamment la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique, à l’approche du scrutin.
« Les autorités ougandaises doivent veiller à ce que tous les citoyens puissent participer pleinement et en toute sécurité aux élections, comme le prévoit le droit international », a déclaré le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk. Il a également appelé à ce qu’« aucune force inutile ou disproportionnée, y compris la force létale, ne soit utilisée pour disperser des manifestations pacifiques ».
Selon le rapport, plusieurs textes législatifs, dont la loi de 2022 modifiant la législation sur l’usage abusif de l’informatique, la loi de 2024 relative aux organisations non gouvernementales et celle de 2025 encadrant les forces armées, auraient été utilisés pour museler les voix critiques.
Ces lois auraient permis l’arrestation et la détention de responsables et militants de l’opposition, la perquisition de sièges de partis politiques, la confiscation de biens, la suspension de stations de radio, l’arrestation de blogueurs et un contrôle accru des ONG.
L’ONU fait également état de restrictions ciblant particulièrement les partis d’opposition, notamment la Plateforme de l’unité nationale, à travers des barrages routiers, des raids, le blocage de l’accès aux sièges politiques, des assignations à résidence et la dispersion de rassemblements politiques.
Figure emblématique de l’opposition, Kizza Besigye reste en détention depuis son enlèvement au Kenya en novembre 2024, sur la base d’accusations de trahison qualifiées de douteuses. Sa libération sous caution, ainsi que celle de son associé Obeid Lutale, a été refusée à plusieurs reprises, sans justification claire, selon le rapport.
Le document évoque en outre l’arrestation récente de la défenseure des droits humains Sarah Bireete et une directive gouvernementale interdisant la diffusion en direct des « émeutes » et des « rassemblements illégaux », considérées comme de nouvelles sources de préoccupation.
S’agissant du maintien de l’ordre, l’ONU affirme que les forces de sécurité, incluant la police, l’armée et les unités antiterroristes, ont eu recours à des armes à feu et à des munitions réelles pour disperser des rassemblements pacifiques. Des arrestations arbitraires et des détentions prolongées auraient également été observées, visant principalement des membres de l’opposition.
Le rapport mentionne enfin l’usage de véhicules banalisés, appelés « drones », pour enlever des opposants, ensuite détenus au secret dans des lieux non officiels, qualifiés de « maisons sûres ».
Le Haut-Commissaire Volker Türk a appelé les autorités ougandaises à traduire en justice les auteurs de violations des droits humains liées au processus électoral, y compris celles restées impunies depuis les élections de 2021, à l’issue d’enquêtes effectives, approfondies et impartiales, dans le respect des garanties d’un procès équitable.
(AIP)
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