(Par Jean-Cyrille Ouattara, Coll. Simon Nessenou)
Abidjan, 19 jan 2026 (AIP)- Surexcités pour les uns, anxieux pour les autres, les supporters marocains réunis à l’espace Jeckad de Cocody Angré ont vécu un véritable ascenseur émotionnel avant de rugir de douleur au coup de sifflet final d’une finale riche en rebondissements opposant les Lions de l’Atlas aux Lions de la Teranga, dans la soirée du dimanche 18 janvier 2026 à Rabat. La rencontre s’est soldée par la victoire du Sénégal (0-1), au Complexe sportif Prince Moulay Abdellah, d’une capacité de plus de 68 000 places.
But refusé, penalty manqué : l’ascenseur émotionnel
« Ce sera de sa faute si on perd. Ils vont nous faire perdre le match chez nous, dans notre pays », explose de colère, Youssef, un jeune supporter marocain, lors de la prolongation après le penalty manqué en fin de seconde période. Mais la tension était déjà palpable bien avant.
À 20h56, lorsque le Sénégal ouvre le score dans le temps additionnel, les visages marocains se figent. Dépités, alarmés, parfois dévastés, plusieurs supporters contestent l’action. « Il y a faute ! », s’écrient-ils. Certains se prennent la tête, d’autres restent bouche bée, suspendus à la décision arbitrale. La crainte de voir le trophée leur échapper dans leur propre pays se lit dans leurs regards.
Dans ce climat pesant, une dizaine d’enfants, non conscients de l’enjeu, sillonnent la salle dans une joyeuse insouciance. Lorsque le but est finalement annulé, l’enceinte explose de soulagement. « Allez le Maroc ! », scandent des supporters dans les tribunes à gauche du podium. Des jeunes filles forment une ronde, brandissant le maillot marocain, sautillant sous une ferveur retrouvée. Mais l’atmosphère va rapidement basculer.
Une centaine de supporters entrent en ébullition. Les chants « Penalty, penalty ! » montent, accompagnés de tambours et de vuvuzelas. Puis, coup de tonnerre : des échauffourées éclatent sur le terrain. La confusion est totale. « Ils se battent ? », s’interroge un supporter visiblement dépassé. Des sifflets fusent lorsque les Sénégalais quittent la pelouse, furieux contre l’arbitrage.
Le public marocain les conspue, tandis que d’autres appellent au calme. Des ovations retentissent soudain pour Sadio Mané, exhortant ses coéquipiers à regagner le terrain. Quelques Sénégalaises présentes, visiblement émues, affichent leur fierté pour leur star. Mais à leur retour sur la pelouse, les Lions de la Teranga essuient de nouvelles huées.
« On va gagner, on va marquer le penalty », s’enflamment des supporters marocains. « Marquez, qu’on en finisse ! », lâche un Ivoirien, manifestement lassé par le suspense. La salle retient son souffle lorsque Brahim Diaz s’avance… avant de manquer sa tentative. Stupeur générale. Certains se prennent la tête, d’autres se regardent, choqués, déjà hantés par une défaite qui semble se dessiner.
La descente aux enfers jusqu’au coup de sifflet final
« On a perdu, on a laissé passer notre chance », murmure un groupe de supporters quittant les lieux avant la fin de la rencontre. Le penalty raté est vécu comme une véritable descente aux enfers. « Comment peut-il rater ça ? », fulminent deux supporters près de la sortie. Plus posé, Hakim tente d’apaiser les tensions : « On peut encore gagner, mais Brahim devra demander pardon. Heureusement, on a un bon gardien s’il y a des tirs au but. »
À l’extérieur, Sofian, supporter marocain à la carrure imposante, confie sa peine tout en affirmant rester fier de son équipe. Soudain, des cris éclatent : le Sénégal vient de marquer. La colère redouble chez certains, tandis que Sofian demeure impassible. « C’est douloureux, très douloureux, mais on reste soudés derrière notre équipe », affirme-t-il.
À l’intérieur, chaque attaque sénégalaise fait frémir la salle. Les sourires ont disparu, les larmes coulent. Des femmes et jeunes filles marocaines sanglotent dans les tribunes, se réfugiant dans les bras de leurs mères. À la 105e minute, une occasion sénégalaise manquée arrache un soupir de soulagement. Mais à la 118e minute, les gradins se vident peu à peu. L’espoir s’éteint. Le coup de sifflet final tombe comme un couperet. Le silence est pesant. La salle est dévastée.
Chagrin, fair-play et festivités sénégalaises
À l’extérieur, la déception est immense. Mines défaites, regards perdus, départs précipités. « Je ressens une grande tristesse, mais le Sénégal était vraiment très fort », reconnaît Rahil, adolescent marocain scolarisé en Côte d’Ivoire, encore marqué par le penalty manqué. D’autres restent impassibles. « Cette défaite ne me touche pas vraiment, il n’y avait rien à gagner », confie Sarah, venue assister au match par contrainte.
À l’intérieur, le décor change. Drapeaux et banderoles sénégalais envahissent la salle. Une vingtaine de femmes, majoritairement vêtues de maillots sénégalais, esquissent des pas de danse lorsque Sadio Mané est désigné meilleur joueur du tournoi. « Ils ont joué avec le cœur, ce sont les vrais Lions de la Teranga », se réjouit Oumi. Le DJ enchaîne des sonorités sénégalaises, transformant le podium en piste de danse. La salle vibre désormais au rythme des festivités sénégalaises.
(AIP)
jco/sn/cmas

