Par Georges Aubin Konan
Abidjan, 04 mars 2026 (AIP) – À Dembasso, dans le Nord de la Côte d’Ivoire, le silence des classes n’est plus interrompu par les gargouillements d’estomacs vides. Derrière la vapeur des marmites scolaires se prépare une révolution silencieuse, transformant l’éducation en moteur de croissance locale. Immersion au cœur d’un continent décidé à ne plus laisser ses enfants apprendre la faim au ventre.
Le jeune Kouamé Joël ne regarde plus l’horloge avec angoisse. Pour cet élève de l’école primaire de Dembasso, le chemin de l’école mène désormais à une assiette fumante. « Grâce aux repas que je reçois, j’ai l’énergie d’apprendre », confie-t-il, les yeux brillants de l’ambition de devenir, un jour, un grand footballeur.
Comme lui, 87 millions d’enfants à travers l’Afrique – soit 20 millions de plus qu’en 2022 – bénéficient de cette « politique du ventre plein ». En ce 1er mars 2026, la Journée africaine de l’alimentation scolaire (JAAS) célèbre non seulement la distribution de vivres, mais un véritable changement de paradigme : le repas scolaire est devenu le premier investissement économique du continent.
Le cercle vertueux : de la pioche à la cantine

L’innovation ne réside pas dans le contenu de l’assiette, mais dans sa provenance. Le modèle HGSF (Home-Grown School Feeding ou Alimentation scolaire basée sur la production locale) en est l’exemple.
À Kantara, Soro Siata, secrétaire de la coopérative KATANA, incarne ce renouveau. « Une partie de nos récoltes nourrit nos enfants, une autre va à la cantine, et le reste est vendu », explique-t-elle fièrement. Sous l’impulsion du PAM et du CERFAM, sa coopérative a vu ses rendements exploser, passant de 32 à 51 tonnes en un an.
Ce modèle crée un effet domino à travers le continent. Au Bénin, environ 23 millions de dollars ont été injectés dans l’économie nationale en 2024 grâce aux achats directs auprès des producteurs. Au Burundi, les revenus des agriculteurs ont bondi de 50 %, stabilisant des milliers de familles rurales. Au Ghana, la numérisation du suivi permet désormais de nourrir 3,8 millions d’élèves avec une précision chirurgicale.
L’exigence de la « Ligne Bleue » : eau et hygiène
Mais nourrir ne suffit plus. Le thème de cette année le rappelle : « un repas nutritif perd de sa valeur si l’enfant n’a pas accès à de l’eau potable ». L’objectif de l’HGSF est de faire profiter directement le producteur local de l’assiette de l’écolier.
En 2026, la JAAS insiste : « Garantir l’accès à des repas nutritifs, à l’eau potable et à l’hygiène ». L’intégration des infrastructures d’eau, d’assainissement et d’hygiène (WASH) est désormais la nouvelle frontière des programmes performants. Sans cette approche coordonnée, les progrès nutritionnels restent fragiles face aux aléas climatiques et sanitaires.

L’effet d’entraînement continental
En Zambie, l’école de Maimwene dispose d’un jardin en goutte-à-goutte, assurant une production de légumes toute l’année. L’établissement devient ainsi presque autonome malgré les caprices du climat, transformant l’école en un sanctuaire de santé globale.
Des jardins scolaires en goutte-à-goutte au Kenya aux systèmes numériques de suivi au Ghana, l’Afrique innove par capillarité. Le CERFAM joue le rôle de chef d’orchestre, transformant ces expériences locales en savoir partagé. Au Burkina Faso, l’initiative présidentielle a fait grimper le taux de réussite au certificat primaire de 29 % à 65 %. Comme en Zambie, le budget dédié à la production locale a plus que doublé en cinq ans, offrant un bouclier contre les sécheresses récurrentes.
Un appel à l’action pour 2026
L’heure n’est plus aux promesses de papier. Pour pérenniser l’élan, le plaidoyer est clair : inscrire les cantines scolaires dans la loi, comme l’a fait le Bénin, encourager le secteur privé à investir dans l’agriculture intelligente et les énergies de cuisson propres, et mobiliser les communautés pour gérer les jardins scolaires.
2026 : une exigence de pérennité
Alors que l’Afrique fait face à des pressions économiques croissantes, la question n’est plus de savoir s’il faut nourrir les enfants à l’école, mais comment pérenniser ces systèmes. La 11ᵉ édition de la JAAS le rappelle : investir dans l’alimentation scolaire, c’est bâtir l’ossature de la prospérité future du continent.
Chaque franc investi dans une cantine est une semence pour l’éducation, la santé et la résilience économique. Pour Kouamé Joël et des millions d’autres, l’assiette scolaire n’est pas seulement un repas : c’est leur premier contrat de confiance avec l’avenir. À Dembasso comme ailleurs, chaque bouchée est un pas de plus vers un futur où les rêves ne se heurtent plus à la faim.
(AIP)
Gak/kp

