(Envoyée spéciale : Awa Diaby)
Casablanca (Maroc), 06 mai 2026 (AIP)- Le directeur exécutif de la production et chaîne d’approvisionnement à la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies (CEPI), basée à l’Institut de santé publique à Oslo, en Norvège, Dr Amadou Alpha Sall, a souhaité lors d’un entretien accordé à l’AIP mardi 5 mai 2026 à l’occasion de la première édition du GITEX Future Health Africa à Casablanca, une révolution technologique de la production vaccinale en Afrique, afin d’accélérer leur production grâce à la technologie.
AIP : Vous avez animé hier un panel. Quel était l’objectif de la thématique que vous avez animée ?
Dr Amadou Alpha Sall : Nous avons abordé les questions de production locale de vaccins, mais aussi des diagnostics et des médicaments. L’objectif était d’examiner les différents angles liés à la production en Afrique. Cela inclut les enjeux d’écosystème, les questions de formation, le rôle des centres universitaires, celui de l’industrie pharmaceutique du Nord, ainsi que la réglementation pharmaceutique.
Nous avons également mis un accent particulier sur la technologie, notamment la digitalisation, comme outil permettant de résoudre les problèmes de fragmentation du système de production. C’est une thématique très importante, centrée sur la production locale, avec pour objectif de montrer comment la technologie peut apporter des solutions concrètes.
AIP : Quels sont vos principaux objectifs en participant à ce forum ?
Dr Amadou Alpha Sall : Je participe en tant que représentant de la CEPI, une organisation spécialisée dans le développement et la production de vaccins pour mieux préparer le monde aux pandémies et épidémies.
Nous portons deux priorités. La première est l’accès équitable aux vaccins. L’expérience de la COVID-19 a montré que nos pays n’avaient pas toujours accès aux vaccins au même moment que les pays riches. Nous avons donc développé une stratégie pour garantir cet accès et rendre les technologies accessibles aux pays du Sud.
La seconde priorité est la rapidité. À la CEPI, nous portons la « mission des 100 jours ». Si le vaccin contre la COVID-19 avait été développé en trois mois au lieu d’un an, environ huit millions de vies auraient pu être sauvées. La technologie et la préparation sont donc essentielles pour accélérer la réponse.
Nous sommes également ici pour montrer comment nous finançons des projets afin de rendre les vaccins disponibles et accessibles, notamment pour des maladies épidémiques qui concernent davantage les pays du Sud.
AIP : Quels sont vos objectifs à court, moyen et long termes pour renforcer ces actions en Afrique ?
Dr Amadou Alpha Sall : À court et moyen termes, la souveraineté sanitaire repose d’abord sur des décisions politiques. Il est important que les pays du Sud jouent un rôle accru dans la gouvernance et les choix stratégiques d’investissement.
Nous travaillons aussi à faire connaître notre stratégie, structurée autour de trois piliers : mieux identifier les pathogènes à risque, développer des plateformes pour accélérer la production de vaccins, et mutualiser les infrastructures et réseaux existants pour répondre rapidement aux pandémies.
Cette stratégie repose également sur quatre axes majeurs : l’équité, l’innovation avec l’intelligence artificielle, la régionalisation et la biosécurité.
Un autre objectif important est de mieux faire connaître la CEPI dans les pays du Sud, car malgré ses ressources, elle reste encore insuffisamment connue.
AIP : Quel est l’apport de ce type de forum pour les systèmes de santé africains ?
Dr Amadou Alpha Sall : Ces rencontres ont trois apports majeurs. D’abord, elles permettent de renforcer la coordination entre les acteurs, dans un contexte où les écosystèmes restent insuffisamment matures.
Ensuite, elles facilitent la mobilisation de financements diversifiés, qu’il s’agisse de subventions, de fonds concessionnels ou de partenariats public-privé.
Enfin, elles favorisent l’accès à la technologie. La digitalisation est aujourd’hui incontournable et constitue un levier majeur pour l’économie, l’emploi et la croissance. Il est d’autant plus important que des solutions africaines émergent pour répondre aux problématiques locales.
AIP : Comment mutualiser les initiatives africaines dans ce domaine ?
Dr Amadou Alpha Sall : La mutualisation passe d’abord par une gouvernance forte, aux niveaux national, régional et international, afin de coordonner les initiatives.
Ensuite, il faut développer des plateformes régionales. Certains défis, notamment liés au marché, ne peuvent être résolus à l’échelle d’un seul pays. Par exemple, un marché régional comme celui de l’Afrique de l’Ouest, avec 400 millions d’habitants, est plus attractif pour l’investissement.
Enfin, il est essentiel de créer des espaces permanents de dialogue entre scientifiques, décideurs politiques et financiers, afin d’adapter en permanence les stratégies aux évolutions.
AIP : Que doit retenir le Sénégal de cette initiative et de sa coopération avec le Maroc ?
Dr Amadou Alpha Sall : Le Sénégal peut tirer plusieurs enseignements. D’abord, l’importance de la participation pour s’informer et s’inscrire dans ces dynamiques.
Ensuite, la coopération avec le Maroc est stratégique. Il existe une complémentarité entre les deux pays, notamment dans la production de vaccins : le Sénégal dispose de capacités sur la substance active, tandis que le Maroc est avancé dans le remplissage aseptique et la production de médicaments.
Enfin, ce type de forum offre une ouverture vers des partenariats internationaux et un écosystème de startups. Il est important que le Sénégal s’y engage pleinement pour renforcer sa souveraineté pharmaceutique et sanitaire.
(AIP)
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