Par Dogad DOGOUI AIP Gagnoa
Gagnoa, 28 mai 2026 (AIP) – À Diégonéfla, localité nichée dans le département d’Oumé, le cacao ne se limite pas aux plantations et aux sacs de fèves. Ici, il se transforme, bouillonne et devient beurre entre les mains d’une coopérative de femmes qui, depuis une dizaine d’années, tente de faire émerger une petite industrie locale. Mais entre ambition et réalité, l’absence d’équipements modernes continue de freiner leur envol.
Dès les premières heures de la matinée, la cour de la petite unité artisanale s’anime. Dans une villa de trois pièces, réaménagée en atelier, des femmes s’activent autour de marmites alignées le long des murs. Le feu crépite sous les réchauds, tandis que la vapeur chargée d’une forte odeur de cacao envahit l’espace. À l’intérieur, le geste est précis, répété, presque rituel : surveiller la cuisson, recueillir le beurre, le transvaser, recommencer.
Ici, la transformation du cacao en beurre est une affaire de patience et de savoir-faire. Mais aussi de moyens limités. L’Union des femmes Gban (UFG), à l’origine de cette activité, fonctionne sans machine de broyage ni presse industrielle. Une contrainte majeure qui oblige la coopérative à s’approvisionner auprès d’unités basées à Abidjan ou à San Pedro.
« Nous faisons avec ce que nous avons. Mais si nous avions nos propres machines, nous serions déjà à un autre niveau », confie, les mains encore marquées par le travail, la présidente Thérèse Siétho, veuve et mère de six enfants.

Dans les marmites, la pâte de cacao chauffe lentement pendant plus de deux heures. Peu à peu, une huile épaisse remonte à la surface : le beurre de cacao. Les femmes le récupèrent délicatement avant de le filtrer et de le stocker. Les résidus, loin d’être jetés, sont transformés en poudre ou revendus pour l’alimentation animale.
Mais derrière cette organisation bien rodée, les limites apparaissent dès que les volumes augmentent. Lors des grosses commandes, parfois de plusieurs tonnes, la coopérative doit mobiliser des femmes issues d’autres villages Gban du département d’Oumé, dans une chaîne de solidarité artisanale qui compense le manque de capacité industrielle.
Dans cet univers où tout repose sur l’endurance humaine, le manque d’équipements reste le principal frein. Les membres de la coopérative évaluent à environ 20 millions de FCFA le coût d’une véritable montée en puissance, dont la moitié pour une unité de broyage et de pressage.
« Aujourd’hui, nous dépendons des clients. Ce sont eux qui fixent les prix et les délais. Nous n’avons pas assez de marge de manœuvre », explique Thérèse Siétho, qui résume ainsi le déséquilibre économique dans lequel évolue la structure.
La production sur commande impose son rythme, souvent intense et contraignant. Les femmes travaillent sous pression, avec des délais serrés et une rentabilité jugée insuffisante au regard des efforts fournis. Pourtant, elles tiennent, portées par la volonté de valoriser localement une ressource abondante.

Autour des marmites, les discussions alternent entre technique et espoir. Certaines évoquent déjà l’avenir : une machine de broyage, une presse, un atelier modernisé. D’autres parlent simplement de survie économique et de reconnaissance.
Au-delà du beurre de cacao, la coopérative développe également des produits dérivés tels que savons, gels de douche et pommades. Les résidus de transformation sont quant à eux valorisés dans l’alimentation animale, preuve d’une volonté de ne rien perdre de la matière première.
Dans cette localité du centre-ouest ivoirien, l’histoire de ces femmes se lit comme celle d’une industrialisation inachevée, portée à bout de bras, entre débrouillardise et détermination. Une dynamique fragile, mais tenace, qui attend encore le déclic technique et financier capable de la propulser vers une véritable autonomie productive.
En attendant, sous la chaleur des marmites et le rythme des gestes répétés, Diégonéfla continue d’écrire, au quotidien, une petite histoire industrielle au féminin.
(AIP)
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