Niakara, 26 mars 2026 (AIP) – Dans le département de Niakara (région du Hambol), l’élevage bovin, longtemps dominé par la transhumance, amorce une mutation progressive sous la pression combinée des conflits récurrents avec les agriculteurs et des effets du changement climatique, a constaté l’AIP dans entretien accordé au binôme agriculteur-éleveur de circonscription, le 23 ,24 et mars 2026.
Traditionnellement, les éleveurs locaux parcourent de longues distances à la recherche de pâturages, une pratique aujourd’hui fragilisée. « Cette activité ancestrale n’est pas sans heurts », témoigne Sidibé Yaya (58 ans), évoquant des tensions exacerbées par la croissance démographique et la raréfaction des ressources naturelles.
Face à ces contraintes, certains acteurs innovent. Dans la ville de Niakara, le 23 mars, Demba Yaya a expliqué avoir adopté l’embouche bovine, un système d’élevage semi-intensif consistant à engraisser les animaux sur une courte période avant leur commercialisation.
« Les épluchures de manioc issues de la production d’attiéké sont moins chères, disponibles et nutritives », souligne-t-il. Cette approche, économiquement viable, réduit la mobilité du bétail et limite les risques de conflits.
Selon la coopérative locale de la filière bétail et viande, présidée par Issouf Koné, Niakara comptait 38 618 bovins en 2023. La même année, 308 cas de dégâts de cultures ont été enregistrés, avec plus de 22 millions de FCFA d’indemnisations versées aux agriculteurs. Ces chiffres, relevés le 24 mars à Niakara, illustrent l’ampleur des tensions, bien que de nombreux litiges soient souvent réglés à l’amiable entre agriculteurs et éleveurs.
À Zanakaha, dans la sous-préfecture de Tortiya, le 24 mars, l’agriculteur Yéo Adama a exprimé le ras-le-bol des paysans face à certains comportements jugés déviants. « Certains bouviers font preuve de mauvaise foi et de méchanceté inqualifiable. Ils s’emploient à enlever les dispositifs sécuritaires, notamment les barbelés et autres clôtures, que vous mettez en place pour protéger vos cultures, afin que leurs bêtes y aient accès », a-t-il dénoncé. Il appelle ainsi à un changement de mentalité du côté des éleveurs pour garantir une cohabitation apaisée et mutuellement bénéfique entre agriculteurs et éleveurs.
Dans ce contexte, a témoigné un professionnel du secteur agricole de passage à Niakara, Adonis Tuo Bafana, la culture du panicum apparaît comme une alternative durable. Le panicum , a-t-il précisé, est une graminée fourragère tropicale, appréciée pour sa forte productivité, sa résistance à la sécheresse et sa richesse nutritive. Adapté à l’alimentation des gros ruminants, il permet de constituer des réserves fourragères et favorise la sédentarisation progressive des troupeaux, réduisant ainsi la dépendance à la transhumance. » Les paysans pourraient vendre ces herbes aux éleveurs de ruminants « , a-t-il proposé.
Cependant, pour les acteurs de la filière bétail, cette solution reste partielle. À Takpalakaha (Tafiré), le 25 mars, le bouvier Diallo Aboudoulaye (36 ans) a insisté sur la nécessité d’un dialogue permanent entre agriculteurs et éleveurs. « Le panicum seul ne suffit pas », prévient-il, plaidant pour une approche concertée afin de prévenir les conflits.
Les acteurs dénoncent également l’occupation anarchique des couloirs de transhumance et des points d’eau par les activités agricoles, compliquant l’accès des troupeaux aux ressources vitales. Cette situation met en évidence un déficit de sensibilisation et de planification territoriale.
« Les espaces sous les hautes tensions électriques, réservés à la transhumance sont cultivés par endroits, et les contours des retenues d’eau sont occupés par les maraîchers « , a-t-il décrié.
Au croisement des enjeux économiques, environnementaux et sociaux, la réinvention de l’élevage bovin dans le département de Niakara apparaît désormais comme une nécessité, impliquant innovations techniques, régulation foncière et renforcement du dialogue intercommunautaire.
(AIP)
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