Abidjan, 31 mars 2026 (AIP)-Depuis quelques jours, plusieurs vidéos diffusées sur TikTok (1, 2, 3 et 4) et des messages ou vidéos relayés sur Facebook (1, 2, 3, 4, 5 et 6 ) affirment que l’Iran aurait attaqué la Côte d’Ivoire parce que le pays abriterait des bases militaires américaines ou une autorité ivoirienne aurait perdu la vie dans cette crise. Ces contenus, publiés par des cyberactivistes se réclamant de la mouvance de l’Alliance des États du Sahel (AES) notamment le Burkina Faso, s’inscrivent dans une campagne de désinformation visant à associer la Côte d’Ivoire au conflit opposant les États-Unis et Israël à l’Iran.
La Côte d’Ivoire au cœur des contenus viraux
Les vidéos diffusées sur TikTok (1, 2, 3 et 4) et des messages ou vidéos relayés sur Facebook (1, 2, 3, 4, 5 et 6 ) par plusieurs comptes militants affirment que l’Iran aurait ciblé ou menacerait de cibler la Côte d’Ivoire en raison de prétendues bases militaires américaines installées sur son territoire. Dans ces publications, les auteurs soutiennent que le pays serait devenu un « allié militaire » direct de Washington et donc une cible potentielle dans la confrontation géopolitique actuelle.
Ces contenus s’appuient sur le contexte international marqué par l’escalade militaire entre les États-Unis, Israël et l’Iran. Fin février 2026, des frappes conjointes américano-israéliennes ont visé plusieurs installations en Iran, provoquant une riposte de Téhéran contre des intérêts occidentaux et des bases militaires situées au Moyen-Orient.
Mais aucune source officielle, ni aucun média international crédible, ne mentionne la Côte d’Ivoire comme cible ou comme théâtre d’une quelconque opération militaire liée à ce conflit.

Impact significatif sur TikTok et Facebook
Les contenus diffusés sur TikTok ont, à ce jour, enregistré 67 108 mentions « J’aime », 1 365 commentaires, 2 412 500 vues et 3 411 partages, témoignant d’une circulation relativement importante sur cette plateforme.
Sur Facebook, ces informations erronées ont également suscité une forte interaction, totalisant 64 241 mentions « J’aime », 3 240 commentaires, 2 153 000 vues et 4 365 partages.
Ces publications mensongères ont suscité de nombreuses réactions. Certains internautes ont relayé et validé cette information erronée, tandis que d’autres ont exprimé leur indignation après avoir compris qu’il s’agissait d’une fausse nouvelle.

Sur TikTok, les vidéos à l’origine de cette diffusion sont notamment publiées par les comptes armyao1 (12 800 abonnés), sawadogoissouf411 (12 200 abonnés) et www.tiktok.com/@www.tiktok.comnamdinare (22 500 abonnés).
Sur Facebook, ces fausses informations ont été relayées par Moussa Sanou, qui compte à ce jour 366 abonnés, par les pages Foudogg Page Officiel, suivie par environ 420 000 abonnés et A quand l’Afrique qui enregistre 45 000 abonnés.
L’analyse du positionnement éditorial de ces comptes montre que leurs publications s’inscrivent dans une ligne de communication se revendiquant proche de la vision portée par les pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), avec une référence particulièrement marquée au Burkina Faso.
Aucune preuve de bases américaines ni d’attaque contre la Côte d’Ivoire
Les affirmations selon lesquelles la Côte d’Ivoire abriterait des bases américaines susceptibles d’être attaquées par l’Iran ne reposent sur aucun élément factuel vérifiable.
Aucune déclaration des autorités ivoiriennes, des institutions internationales ou des gouvernements concernés ne confirme l’existence de telles bases ni une menace militaire iranienne contre le pays.
L’Agence nationale des systèmes de sécurité (ANSSI), à travers sa plateforme Facebook Alertes 100 a démenti plusieurs rumeurs similaires (1 et 2) visant la Côte d’Ivoire dans le contexte du conflit au Moyen-Orient.
Contenus émotionnels : images et vidéos générées par intelligence artificielle
La photographie présentée en ligne comme preuve d’une prétendue destruction de l’Ambassade de Côte d’Ivoire en Israël par des frappes iraniennes et cette information accompagnée de la rumeur annonçant la mort de l’ambassadeur ivoirien s’avère être une image générée par intelligence artificielle.
Les vidéos largement diffusées sur les réseaux sociaux, devenues virales dans ce contexte, relèvent également de contenus manipulés ou artificiellement produits.
Dans le cas précis des vidéos affirmant que l’Iran aurait attaqué la Côte d’Ivoire, aucune preuve ne permet de confirmer ces allégations. Elles s’apparentent plutôt à une opération de désinformation visant à instrumentaliser un conflit international pour alimenter des tensions politiques régionales.
Ces éléments illustrent un mode opératoire désormais courant dans les campagnes de désinformation : la diffusion de contenus à forte charge émotionnelle, l’utilisation d’images trompeuses ou générées artificiellement, ainsi que l’absence de sources fiables et vérifiables.
Ce type de procédé vise généralement à susciter l’émotion, à renforcer la crédibilité apparente de fausses informations et à accélérer leur propagation sur les plateformes numériques.
L’analyse des publications montre que le narratif relayé sur les réseaux sociaux ne reposent sur aucune preuve et relèvent d’une stratégie de manipulation de l’information destinée à fragiliser l’image et la stabilité du pays.

Une stratégie récurrente de désinformation visant la Côte d’Ivoire
Ce type de contenu s’inscrit dans une dynamique plus large de manipulation de l’information sur les réseaux sociaux en Afrique de l’Ouest. Plusieurs enquêtes de fact-checking ( 1, 2, 3 et 4 ) ont déjà montré que la Côte d’Ivoire est régulièrement ciblée par des campagnes de désinformation relayées par certains comptes militants opérant depuis des pays de l’espace sahélien.
Dans plusieurs cas documentés, des images anciennes ou sorties de leur contexte ont été utilisées pour faire croire à des attaques terroristes ou à des crises sécuritaires inexistantes à Abidjan. Les investigations ont démontré que ces contenus ne correspondaient pas à la réalité et visaient à alimenter un climat de peur et de méfiance.
La plupart de ces campagnes sont orchestrées par des « fermes à trolls » situées à l’extérieur, utilisant des comptes automatisés pour donner l’impression d’un mouvement d’opinion massif.
Un objectif politique : associer la Côte d’Ivoire aux tensions internationales
L’analyse du narratif utilisé dans ces vidéos montre que leur objectif principal est d’inscrire la Côte d’Ivoire dans la rivalité géopolitique entre l’Iran et les États-Unis.
En présentant le pays comme une base arrière de Washington en Afrique de l’Ouest, les auteurs cherchent à créer l’impression que la Côte d’Ivoire serait directement impliquée dans ce conflit international. Cette stratégie vise à alimenter un discours anti-occidental et à opposer les orientations diplomatiques ivoiriennes à celles de certains régimes sahéliens regroupés au sein de l’AES.
Ce type de discours peut également servir à attiser les tensions politiques ou à fragiliser la confiance des populations dans les institutions nationales.
L’importance de la vigilance face aux fake news
Face à la multiplication de ces contenus trompeurs, les autorités ivoiriennes et plusieurs organisations de lutte contre la cybercriminalité appellent les internautes à faire preuve de vigilance avant de partager une information trouvée sur les réseaux sociaux.
Les campagnes de sensibilisation rappellent que la diffusion de fausses informations peut contribuer à la manipulation de l’opinion publique et à la déstabilisation sociale. Elles encouragent les citoyens à vérifier les sources, à consulter les médias crédibles et à signaler les contenus suspects.
(AIP)
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