(Envoyée spéciale : Awa Diaby)
Casablanca (Maroc), 06 mai 2026 (AIP)- Le directeur des systèmes d’informations au ministère de la Santé du Burkina Faso, Dr Jean Serge Dimitri Ouattara, s’est exprimé sur l’intégration de l’intelligence artificielle dans les systèmes de santé, à l’occasion d’une interview accordée à l’AIP, mardi 5 mai 2026 à Casablanca, lors de la première édition du GITEX Future Health Africa.
AIP : Numériser l’avenir des soins de santé en Afrique grâce à l’intelligence artificielle. Que vous inspire cette thématique ?
Dr Jean Serge Dimitri Ouattara : La thématique nous inspire de l’espoir. L’espoir que, grâce aux outils technologiques, nous pourrons améliorer la résilience des soins essentiels, la qualité des soins et l’accès des populations à des services de qualité. Aujourd’hui, chaque pays avance de son côté, mais ce type de rencontre permet de partager les expériences et de bâtir des collaborations pour faire progresser la question dans chaque pays.
AIP : Quel est l’enjeu de votre participation à cette rencontre ?
Dr Jean Serge Dimitri Ouattara : L’enjeu est de participer à un partage d’expériences avec d’autres pays, de rencontrer des partenaires et des porteurs de solutions, et de voir ce qui se fait ailleurs pour s’en inspirer et bâtir de futures collaborations.
AIP : Après ces échanges, avez-vous acquis de nouvelles idées ?
Dr Jean Serge Dimitri Ouattara : Nous avons appris beaucoup de choses, aussi bien à travers les panels que les rencontres avec des acteurs porteurs de projets. Cela nous donne des perspectives sur ce que nous faisons actuellement. Nous avons notamment vu des expériences abouties d’utilisation de l’intelligence artificielle dans les systèmes de santé, alors que nous sommes encore au début.
AIP : Avez-vous noué des partenariats lors de ce forum ?
Dr Jean Serge Dimitri Ouattara : Nous avons établi des contacts avec des partenaires avec lesquels nous envisageons d’organiser des échanges, notamment virtuels, après le forum. Ces discussions portent sur des perspectives avancées comme les hôpitaux intelligents. Cela nous permettra de structurer dès le départ notre approche et d’éviter de devoir tout réorganiser plus tard.
AIP : Pensez-vous que l’intelligence artificielle constitue une solution majeure ?
Dr Jean Serge Dimitri Ouattara : Oui, certainement! Nous avons déjà expérimenté des projets pilotes dans deux districts. Par exemple, l’introduction d’un système de vérification automatique des factures liées à la gratuité des soins a permis, en moins de deux ans, de réaliser une économie d’environ 10 milliards. Ces ressources peuvent être réinvesties pour élargir l’accès aux soins et améliorer les infrastructures. Cela montre qu’une utilisation maîtrisée de l’IA peut significativement améliorer les systèmes de santé.
AIP : Sur quels piliers repose un système de santé performant ?
Dr Jean Serge Dimitri Ouattara : En santé numérique, on retrouve généralement des piliers comme la gouvernance, l’investissement, les ressources humaines, la législation, les services, l’interopérabilité et l’infrastructure. Mais de manière plus globale, un système de santé repose sur des principes comme l’universalité, la solidarité, la planification sur le long terme et l’infrastructure.
AIP : Quelle lecture faites-vous des avancées observées au Maroc ?
Dr Jean Serge Dimitri Ouattara : Le Maroc présente des expériences très avancées. Déjà en 2024, des concepts comme la médecine de précision étaient abordés, alors que beaucoup de pays africains n’ont pas encore entamé cette transition. Il y a aussi des avancées en matière d’équipements, comme la chirurgie robotisée. Cela montre qu’il y a beaucoup à apprendre et que les collaborations Sud-Sud peuvent accélérer les progrès.
Ils pratiquent aussi la médecine de précision qui consiste à personnaliser les traitements. Deux patients ayant les mêmes symptômes peuvent recevoir des traitements différents en fonction de leurs antécédents, de leur historique médical ou de facteurs génétiques. L’objectif est d’administrer le traitement le plus adapté à chaque individu.
AIP : Comment les pays africains peuvent-ils accélérer leur transition vers des systèmes de santé plus performants ?
Dr Jean Serge Dimitri Ouattara : Il faut renforcer les cadres continentaux et les initiatives communes, notamment celles portées par Africa CDC. Il est également important de collaborer davantage et d’accepter de mutualiser certaines ressources. Si un pays développe une solution efficace, les autres peuvent s’en inspirer au lieu de repartir de zéro. Cela permet de gagner du temps et d’améliorer l’efficacité.
AIP : Quelle est la vision du Burkina Faso en matière de santé numérique ?
Dr Jean Serge Dimitri Ouattara: La vision de la santé numérique s’aligne sur la vision 2030 du Ministère en charge de la transition digitale qui prévoit plusieurs chantiers pour atteindre un niveau optimal du système de santé. Elle repose sur des piliers comme la souveraineté numérique, avec des infrastructures locales d’hébergement des données, le renforcement des compétences locales, et l’innovation pour décharger le personnel de santé des tâches répétitives. L’objectif est d’introduire la technologie tout en maintenant l’humain au centre de la décision.
AIP : Quelles sont les perspectives à court et à long termes ?
Dr Jean Serge Dimitri Ouattara: À court terme, nous travaillons sur la mise en place d’un centre d’intelligence en santé. Ce centre permettra d’améliorer l’interopérabilité, d’exploiter des données de qualité et d’utiliser l’intelligence artificielle pour anticiper certaines situations, comme les ruptures de stock, et améliorer la qualité des soins. Cela passe par un travail sur la qualité des données et l’intégration progressive de l’IA.
AIP : Quel appel lancez-vous ?
Dr Jean Serge Dimitri Ouattara : L’appel est à la collaboration entre les pays africains. Dans un contexte de raréfaction des financements, il est essentiel de se tourner les uns vers les autres, de partager les expériences et de s’inspirer des meilleures pratiques pour avancer ensemble sans réinventer ce qui existe déjà.
(AIP)
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