(Envoyée spéciale : Awa Diaby)
Casablanca (Maroc), 06 mai 2026 (AIP)- La chargée d’investissement au sein du fonds à impact de Sanofi Global Health Unit (GHU) basé en Côte d’Ivoire, Aurélie Etté Askia, a expliqué, mardi 5 mai 2026, dans un entretien accordé à l’AIP à l’occasion de la première édition du GITEX Future Health Africa à Casablanca, comment l’investissement à impact et les innovations en santé numérique (health tech) contribuent à améliorer l’accès aux soins, notamment pour les populations des zones rurales et défavorisées en Afrique.
AIP : Pouvez-vous nous présenter le fonds d’impact de Sanofi et ses objectifs ?
Aurélie Etté Askia : Le fonds d’impact de Sanofi a été créé il y a bientôt quatre ans, comme partie intégrante de la Global Health Unit. L’objectif de cette unité est d’améliorer l’accès aux médicaments et aux soins dans les pays en développement, notamment pour les populations éloignées des centres urbains. Nous avons une approche intégrée avec trois piliers : l’accès aux médicaments à prix abordables, le renforcement des capacités des professionnels de santé et enfin l’investissement dans des solutions innovantes.
AIP : Pouvez-vous détailler les actions concrètes menées par la Global Health Unit pour améliorer l’accès aux soins ?
Aurélie Etté Askia : Nous ciblons en priorité les populations situées au « last mile », c’est-à-dire dans les zones rurales et les villes secondaires, et pas uniquement les patients des capitales ou ceux qui ont les moyens de se faire évacuer à l’étranger. Notre approche est intégrée et repose sur plusieurs piliers.
Le premier concerne l’accès aux médicaments, avec un focus sur les maladies chroniques comme le diabète, l’hypertension, les maladies cardiovasculaires et le cancer. Nous proposons ces traitements à des prix plus accessibles.
Le deuxième pilier concerne le renforcement des systèmes de santé. Notre approche couvre l’ensemble du parcours de soin : la prévention, le diagnostic, la prise en charge et le suivi des patients.
Concrètement, nous travaillons avec les ministères de la Santé, les professionnels de santé et des partenaires locaux afin de renforcer durablement les capacités des systèmes de santé. Cela passe notamment par la formation et l’accompagnement des professionnels de santé, médecins généralistes, spécialistes, infirmiers ou agents de santé communautaires, pour améliorer le dépistage, le diagnostic et la prise en charge des maladies chroniques comme le diabète, l’hypertension ou les maladies cardiovasculaires.
Nous menons également des actions d’éducation à la santé et de sensibilisation des patients afin d’améliorer la prévention et l’adhésion aux traitements.
AIP : Quel est le rôle du fonds d’investissement dans ce dispositif ?
Aurélie Etté Askia : Le fonds dispose de 25 millions d’euros pour investir dans des start-up health tech qui développent des solutions améliorant l’accès aux soins et aux médicaments. Cela peut concerner la chaîne d’approvisionnement ou des outils basés sur l’intelligence artificielle pour améliorer le diagnostic médical.
AIP : Pouvez-vous donner un exemple concret d’innovation soutenue ?
Aurélie Etté Askia : Nous avons investi dans une start-up égyptienne, Rologi, qui développe un module d’intelligence artificielle pour aider les radiologues à analyser plus rapidement les images médicales. L’objectif n’est pas de remplacer les médecins, mais de faciliter leur travail et d’améliorer l’efficacité des soins.
AIP : Quelles sont les raisons de votre participation au Gitex Health Africa ?
Aurélie Etté Askia : Ma présence vise à rencontrer des start-ups d’Afrique du Nord, notamment marocaines, égyptiennes et tunisiennes, afin d’identifier des solutions innovantes et évaluer leur potentiel de réplication dans d’autres pays africains.
AIP : Quel message adressez-vous aux start-up présentes ?
Aurélie Etté Askia : Je veux leur dire qu’il existe des opportunités de financement et d’accompagnement. Notre objectif est d’identifier des entreprises dans lesquelles investir et que nous pouvons accompagner, tant financièrement que techniquement.
AIP : Quels types de solutions privilégiez- vous ?
Aurélie Etté Askia : Nous nous intéressons aux solutions qui améliorent le diagnostic, facilitent le travail des professionnels de santé ou optimisent la chaîne du médicament pour le rendre plus accessible et disponible.
AIP : Quel regard portez-vous sur l’écosystème de la health tech en Afrique francophone ?
Aurélie Etté Askia : L’écosystème de la health tech en Afrique francophone est dans une dynamique croissante portée par des entrepreneurs innovants comme en Côte d’Ivoire La Ruche Health, Meditect, Clikodoc ou encore Zencey.
Il est vrai que certains écosystèmes anglophones, comme le Nigeria, le Kenya ou l’Afrique du Sud, ont historiquement bénéficié d’un développement plus rapide, notamment grâce à une plus grande densité de financements et de structures d’accompagnement spécialisées. Cependant, les pays francophones, dont la Côte d’Ivoire, comblent progressivement cet écart avec la montée en puissance d’initiatives locales.
AIP : La Côte d’Ivoire présente-t-elle, selon vous un fort potentiel pour attirer des investissements en santé numérique et innovation médicale ?
Aurélie Etté Askia : Oui, il existe des start-ups prometteuses, mais elles doivent atteindre un certain niveau de maturité, notamment en termes de clientèle et de modèle économique, pour attirer les investissements. En complément, la poursuite des efforts de structuration et de clarification du cadre réglementaire par l’État pourrait contribuer à renforcer la confiance des investisseurs et à soutenir la croissance du secteur.
AIP : Quels sont vos critères d’investissement ?
Aurélie Etté Askia : Nous analysons la pertinence de la solution, son marché, son impact sur l’accès aux soins, sa viabilité économique et les conditions du partenariat. Nous investissons généralement entre 500 000 euros et 3 millions d’euros en capital, ce qui implique un engagement fort aux côtés des entrepreneurs.
AIP : Quel rôle joue la technologie dans l’amélioration de l’accès aux soins ?
Aurélie Etté Askia : La technologie permet de gagner du temps, d’améliorer le diagnostic et d’optimiser la gestion des patients, sans retirer le jugement critique et la recommandation médicale faite par professionnel de santé. Elle aide également à digitaliser les données médicales, ce qui facilite le suivi et la qualité des soins, tout en nécessitant un cadre réglementaire pour sécuriser ces données.
Nous sommes convaincus que la technologie peut transformer l’accès aux soins en Afrique. Mais cela nécessite une collaboration entre les États, les investisseurs, les structures d’accompagnement à l’incubation et l’accélération et les innovateurs. Aucun acteur ne peut résoudre seul ces défis.
(AIP)
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