Abidjan, 15 mai 2026 (AIP) – L’organisation Reporters sans frontières (RSF) met en garde contre une dégradation de la liberté de la presse à l’échelle mondiale, marquée par une utilisation croissante des lois nationales pour criminaliser le journalisme et restreindre l’accès à une information indépendante.
Selon le nouveau Classement mondial de la liberté de la presse publié par RSF, vendredi 15 mai 2026, l’indicateur légal — qui évalue l’environnement juridique dans lequel travaillent les journalistes — se détériore dans plus de 60% des pays. L’organisation souligne que des législations relatives à la sécurité nationale, à la lutte contre le terrorisme ou encore au droit commercial et fiscal sont de plus en plus détournées pour engager des poursuites contre les journalistes.
RSF dénonce également la multiplication des procédures judiciaires abusives, notamment les « procédures-bâillons », visant à intimider ou réduire au silence les professionnels des médias. L’organisation appelle les États, y compris les démocraties, à faire de la protection des journalistes une priorité politique et pénale.
Elle relève par ailleurs des retards dans la mise en œuvre de la directive européenne adoptée en avril 2024 pour protéger les journalistes contre ces procédures abusives. Selon RSF, seule une minorité d’États membres de l’Union européenne a respecté le délai de transposition fixé au 7 mai.
« Les prédateurs de l’information contournent le cadre légal pour utiliser des procédures abusives contre les journalistes. Ils vont aller dans le droit commercial, dans des procédures fiscales, dans des procédures pénales pour essayer de faire taire les journalistes. C’est une véritable guerre judiciaire qui est engagée dans les tribunaux », a déclaré le directeur général de RSF, Thibaut Bruttin.
Dans son analyse, RSF évoque également la montée du cyberharcèlement, des campagnes de diffamation, des menaces et des arrestations qui poussent certains journalistes à l’exil, à l’instar de la journaliste d’investigation Leila Saralaeva, citée dans le rapport.
L’organisation mentionne en outre des cas préoccupants dans plusieurs pays, dont la détention prolongée et présumée secrète d’un journaliste au Burkina Faso, ainsi que l’assassinat d’un reporter en Colombie, illustrant les risques persistants auxquels sont exposés les professionnels de l’information.
RSF appelle enfin à une mobilisation internationale renforcée afin de garantir un environnement juridique protecteur et de préserver le droit des citoyens à une information libre et indépendante.
(AIP)
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