Bouaké, 3 juin 2026 (AIP)-Des médecins anatomopathologistes, venus du Burkina Faso, du Sénégal, du Gabon, de la France, de la Belgique et de la Côte d’Ivoire, ont entamé mercredi 3 juin 2026 à Bouaké les travaux des 3es Journées ivoiriennes d’anatomie et de cytologie pathologiques, consacrées au thème « Anatomie et cytologie pathologiques, santé et société ».
Prévue du 3 au 5 juin, cette rencontre scientifique vise à favoriser les échanges sur les avancées de la discipline, à examiner les défis liés à son développement en Afrique et à formuler des propositions pour renforcer sa visibilité dans les systèmes de santé.
Les travaux réunissent des enseignants-chercheurs, des praticiens hospitaliers, des responsables de laboratoires ainsi que des spécialistes impliqués dans la lutte contre les cancers. Ils portent notamment sur le rôle de l’anatomie et de la cytologie pathologiques dans le diagnostic des maladies, en particulier des cancers, dont la progression constitue un enjeu de santé publique dans plusieurs pays africains.
Selon les données de l’enquête GLOBOCAN 2021 présentées lors de la cérémonie d’ouverture, la Côte d’Ivoire a enregistré 21 354 nouveaux cas de cancer pour près de 14 000 décès liés à cette maladie.
Intervenant au cours de la rencontre, le doyen honoraire de l’Unité de formation et de recherche (UFR) des sciences médicales de l’Université Félix Houphouët-Boigny, le Pr Diomandé Mohenou Isidore Jean-Marie, a appelé au renforcement des effectifs de médecins pathologistes en Côte d’Ivoire et dans les pays d’Afrique subsaharienne.
Il a indiqué que la Côte d’Ivoire compte actuellement 25 pathologistes pour une population estimée à 30 millions d’habitants. Selon lui, l’absence de spécialistes dans plusieurs centres hospitaliers régionaux oblige le transfert des prélèvements vers les centres hospitaliers universitaires pour leur analyse.
Le Pr Diomandé a préconisé la construction de nouveaux laboratoires et le renforcement de la formation afin de rapprocher les services d’anatomie pathologique des populations et de réduire les délais de diagnostic. Il s’est également félicité de l’affectation expérimentale de jeunes spécialistes dans les centres hospitaliers de Korhogo et de San Pedro.
Le président de la Société ivoirienne de pathologie, le Pr Kouyaté Mohamed, a souligné que ces journées constituent un cadre d’échanges permettant de réaffirmer la place de la pathologie dans le système de soins.
Selon lui, la discipline est confrontée à plusieurs difficultés, notamment l’insuffisance des ressources humaines, le manque d’équipements, l’accès limité aux consommables spécialisés et les conditions de fonctionnement des laboratoires.
Le Pr Kouyaté a relevé que les innovations technologiques, notamment la télépathologie et l’intelligence artificielle, ouvrent de nouvelles perspectives pour le diagnostic médical. Il a estimé que leur intégration progressive dans les systèmes de santé africains pourrait contribuer à améliorer l’accès aux examens spécialisés et la qualité des diagnostics.
Il a également insisté sur la nécessité d’accroître le nombre de pathologistes et de garantir l’accès des populations à des examens de qualité afin de renforcer la lutte contre les cancers.
Le président du comité d’organisation, le professeur N’da Kouamé Justin, a rappelé que l’évolution des traitements contre le cancer repose désormais sur des diagnostics de plus en plus précis, rendus possibles par les analyses anatomopathologiques et moléculaires.
Selon lui, la prise en charge des cancers nécessite une collaboration entre plusieurs spécialités médicales à travers des réunions de concertation pluridisciplinaires associant oncologues, chirurgiens, radiologues, anatomopathologistes et autres professionnels de santé.
Le professeur N’da a également mis en avant les progrès enregistrés au Centre hospitalier universitaire de Bouaké où le service d’anatomie et de cytologie pathologiques a été créé il y a cinq ans. Il a indiqué que ce service constitue aujourd’hui le premier centre de diagnostic du cancer implanté à l’intérieur du pays.
Il a ajouté que plusieurs partenaires techniques et financiers, en appui à l’État de Côte d’Ivoire, ont contribué à l’équipement de cette structure afin de renforcer les capacités de diagnostic dans le centre du pays.
Représentant le préfet de la région de Gbêkê, le secrétaire général de préfecture, Vanié Bi Jean-François, a relevé que les cancers sont influencés par plusieurs facteurs environnementaux et nécessitent des stratégies adaptées aux réalités locales.
Il a rappelé que le coût économique des cancers en Afrique était estimé à 26 milliards de dollars américains en 2020. Selon les données présentées au cours des travaux, entre 36 % et 54 % des patients abandonnent leur traitement sur le continent en raison de contraintes financières.
Les participants ont également évoqué plusieurs difficultés affectant les systèmes de santé, notamment l’obsolescence de certains équipements, l’insuffisance de la coordination entre les spécialités médicales, le déficit de pathologistes dans les centres hospitaliers régionaux et les hôpitaux généraux ainsi que la surcharge de travail dans les laboratoires existants.
Le professeur Lompo Olga, du Burkina Faso, a indiqué que son pays s’est engagé dans un programme visant à doubler le nombre de pathologistes dans un délai de cinq ans, accompagné d’une révision des curricula de formation.
Les échanges ont également porté sur les applications de l’intelligence artificielle dans les laboratoires d’anatomie pathologique. Les spécialistes ont notamment présenté son utilisation dans l’assistance au comptage cellulaire et à l’analyse de certaines données diagnostiques sous contrôle médical.
Pour le professeur Koffi Kouakou Emmanuel, la prise en compte des examens anatomopathologiques dans les coûts globaux des soins contribuerait à améliorer la qualité des diagnostics et à réduire les risques d’erreurs médicales.
Les participants ont par ailleurs rappelé les recommandations de la Déclaration d’Abuja de 2001, qui préconise l’allocation de 15 % des budgets nationaux à la santé, ainsi que celles de la Déclaration de Maputo relatives à l’intégration des plans stratégiques de laboratoires dans les politiques nationales de santé.
Les travaux, qui prendront fin le 5 juin, doivent déboucher sur des recommandations destinées aux pouvoirs publics, aux institutions sanitaires et aux partenaires du secteur privé en vue du renforcement des ressources humaines, de l’amélioration des infrastructures de diagnostic et du développement des services d’anatomie et de cytologie pathologiques dans les établissements de santé.
(AIP)
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