Abidjan, 21 juil 2026 (AIP) – Les principaux épisodes de l’actualité sociopolitique ivoirienne sont devenus, depuis plusieurs mois, un terreau privilégié pour la diffusion de fausses informations par plusieurs cyberactivistes burkinabè particulièrement actifs sur les réseaux sociaux, notamment Facebook et TikTok. À chaque événement fortement médiatisé en Côte d’Ivoire, ces comptes publient de faux communiqués officiels, des citations inventées, des montages photographiques ou encore des récits entièrement fictifs, présentés comme des informations authentiques. En quoi l’actualité ivoirienne sert-elle de carburant à la stratégie d’influence de certains cyberactivistes burkinabè ?
Cartographie des principaux comptes de cyberactivistes burkinabè
Plusieurs réseaux de cyberactivistes pro-AES (Alliance des États du Sahel), basés notamment au Burkina Faso, exploitent les moindres événements socio-politiques ivoiriens pour fabriquer des récits anxiogènes. Ils infiltrent les plateformes Facebook et TikTok pour manipuler l’opinion publique.
Ces cyberactivistes agissent soit à travers des influenceurs, des pages patriotes ou des profils anonymes à forte audience.
L’analyse de plusieurs dizaines de publications diffusées sur Facebook et TikTok ( 1 ; 2 ; 3 ; 4 ; 5 ; 6 ; 7 ; 8 ; 9 ; 10 ; 11 ; 12 ) par les comptes Sawadogo Souleymane Power, Ibrahima Maïga, Amadou Maïga, BIR C, Adama Traoré, Varry Kd et Moussa Sanou révèle une succession de fausses informations visant presque exclusivement la Côte d’Ivoire, ses institutions, ses autorités et son actualité.

Mécanismes de fabrication et de diffusion de ces fausses informations
La stratégie de manipulation repose sur le parasitisme informationnel. Les faussaires attendent qu’un sujet suscite une forte attention médiatique en Côte d’Ivoire pour y greffer un mensonge.
Il s’agit notamment de détournement d’images anciennes, de deepfakes audio, de manipulation de communiqués officiels ou de photos officielles. Les thématiques récurrentes sont la sécurité et la diplomatie.
Cette méthode consiste à détourner l’attention suscitée par un événement d’actualité pour diffuser des contenus trompeurs susceptibles de provoquer l’indignation, la peur ou la colère, tout en générant une forte viralité sur les plateformes numériques.
Les stratégies techniques et rhétoriques de manipulation
Les cyberactivistes sahéliens ne se contentent plus d’imiter la charte graphique des ministères ivoiriens. Ils utilisent désormais l’intelligence artificielle pour concevoir des menaces globales.
L’infox Brou Jacques : lors des opérations de déguerpissement de Koumassi Campement, le propriétaire Brou Jacques a été interpellé par la justice. Les pages Sawadogo Souleymane Power et Amadou Maïga ont immédiatement diffusé un faux communiqué attribué au Procureur de la République annonçant son décès en détention. L’objectif était d’accuser les autorités ivoiriennes et de provoquer l’indignation générale. Brou Jacques n’est pas mort.
La rumeur Téné Birahima Ouattara : des publications ont inventé le décès de l’épouse du vice-premier ministre, ministre de la Défense, Téné Birahima Ouattara. Pour amplifier l’effet dramatique, une seconde infox affirmait qu’elle avait été tuée par une gendarme française dans le cadre d’un crime passionnel. Cette narration est purement fictive.
Les fausses alertes gouvernementales : lors des inondations à Abidjan, une fausse déclaration a été attribuée au porte-parole du Gouvernement, Amadou Coulibaly, pour exploiter l’angoisse des sinistrés. De même, un document falsifié annonçait une prétendue visite officielle en Côte d’Ivoire du chef terroriste Iyad Ag Ghali. Aucun de ces événements n’a eu lieu.

Deepfakes et manipulation géopolitique
Le compte TikTok Varry Kd a diffusé une vidéo montrant une journaliste annonçant en direct le renversement du président Alassane Ouattara par l’armée à Abidjan. Soumise aux outils de détection technique Hive Models, la vidéo s’est révélée générée à 99,9% par une intelligence artificielle. Les mouvements faciaux non naturels et le décor occidental des forces de l’ordre en arrière-plan ont confirmé la manipulation numérique.
Dans la même lignée, les comptes de Moussa Sanou, BIR C et Adama Traoré ont partagé des contenus affirmant que l’Iran avait bombardé la Côte d’Ivoire en réplique à l’installation de bases militaires américaines imaginaires. Ils ont diffusé l’image d’un bâtiment calciné présenté comme l’ambassade ivoirienne en Israël, avec la fausse annonce de la mort de l’ambassadeur Fieni Kouakou. L’enquête technique démontre que le visuel a été entièrement généré par IA et qu’aucune base américaine n’existe sur le sol ivoirien.
Des communautés hyper-actives malgré de faibles audiences
L’étude de l’audience de ces réseaux met en lumière un engagement disproportionné par rapport à la taille réelle des comptes.
| Nom du compte / de la page | Nombre d’abonnés revendiqués | Type d’interactions observées |
| Sawadogo Souleymane Power | ~ 214 000 | Partages coordonnés, commentaires alarmistes |
| Amadou Maïga | ~ 122 000 | Diffusion de faux communiqués officiels |
| BIR C | ~ 8 400 | Amplification de rumeurs sécuritaires |
| Moussa Sanou | ~ 366 | Propagation de fausses alertes géopolitiques |
Tableau récapitulatif de recherches menées sur ces différents comptes.
L’analyse de ces profils montre que l’utilisation de mots-clés spécifiques comme « Urgent », « Dernière minute » ou « Triste nouvelle », associés à des émojis de choc, suffit à tromper la vigilance des algorithmes. Les contenus se propagent ainsi auprès de milliers de personnes qui partagent sans vérifier.
Conclusion
La totalité des publications examinées s’inscrit dans une démarche de désinformation opportuniste. L’État ivoirien intensifie sa riposte légale à travers la Plateforme de lutte contre la cybercriminalité (PLCC) et l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI).
L’AIP appelle les internautes à rejeter les supports sensationnalistes et à consulter systématiquement les canaux de communication officiels du gouvernement ivoirien.
(AIP)
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