Gagnoa, 30 juil 2026 (AIP)– Bientôt 70 ans que le groupe scolaire de Zaddi a vu le jour. En 1965, les quelques cadres et la population, grâce à l’économie cacaoyère, ont pu construire un second bâtiment, à celui ouvert en milieu 1957. Malheureusement, la maintenance n’a pu être à la hauteur de l’investissement. Depuis quelques années, les 12 classes de ce gros village de plus de 7000 âmes, à une vingtaine de kilomètres de Diégonéfla, dans le département d’Oumé, est plus qu’obsolète. Infrastructures dégradées, d’une rare vétusté et un déficit de table-banc malgré les bons résultats scolaires, le village appelle au secours pour sa réhabilitation.
« C’est la réalité, nos classes sont surchargées, et les conditions de travail sont pénibles, aussi bien pour nos enfants que pour les enseignants que l’Etat a bien voulu mettre à notre disposition », a déclaré le chef du village de Zaddi, Koffi Valia, mercredi 28 juillet 2026, au sortir d’une visite des lieux.
Interrogé sur la réalité du terrain, l’un des directeurs de EPP Zaddi, Boga Sayé Jean Baptiste, en poste depuis deux ans, n’a pas souhaité se prononcer. L’enseignant a demandé de s’en remettre à l’Inspection primaire.
Mais, sur le terrain, la réalité saute aux yeux. A première vue, depuis le stade de football du village situé de l’autre côté de la rue, l’on pourrait dire que l’école primaire à fière allure. Plus on approche, ses mûrs fissurés et écaillés, son plancher quasi-inexistant, ses vieilles portes flottantes dans des cadres chancelants, vous lancent pantois. Des portes aux serrures défectueuses quand elles existent, un plafond qui n’a jamais connu de début de travaux dans aucune salle de classe, l’absence totale de bureaux et d’armoires pour instituteurs dans toutes les classes, vous montre la réalité de cet établissement public.
L’un des tout premiers ouverts dans les villages Gban (appellation connue, Gagou) du département d’Oumé, qui a vu passer de nombreux cadres de la sous-préfecture de Tonla.
Poussez la porte d’une des classes, et vous serez ahuris. En l’absence des écoliers en vacances, les tables-bancs s’adressent aux visiteurs. « Regardez-moi, comment je chancelle », affirme l’un d’eux. A la vérité, tous sont dans un état bancal, et posés sur un sol, dont le plancher a disparu depuis plusieurs années.

Yiripka Gouvo, dont le fils est en classe de CE2, raconte. « Mon fils me rapporte que souvent, quand son maître prend appuie sur un table-banc, le banc manque de s’écrouler, ces derniers sont chancelants », dit-il. L’homme salue la bouffée d’air en table-banc apportée par un candidat lors des législatives 2025. « Ça été un véritable soulagement de la part du député-maire », se réjouit M. Yiripka, qui, bien que saluant cette action, appelle les autorités au secours, en vue d’une réhabilitation complète de l’école.
D’une voix triste, il explique qu’il s’agit d’une ancienne construction, où le plancher est fortement dégradé, quasi inexistant. Comment cela est possible ? La question, nous nous la posons intérieurement. Le parent d’élèves, qui sert de guide ce jour-là, marque son impuissance. « Ah, ce n’est pas facile hein », lâche Yiripka Gouvo. Il déplore que les enfants reviennent toujours de l’école, les pieds poussiéreux, comme s’ils avaient joué au football, alors qu’il n’en est rien. Il s’agit seulement de la poussière des salles de classe. C’est dans cet environnement, que les agents de l’Etat exercent leurs fonctions, malgré tout.
Comment travaillent les enseignants
A défaut d’échanger avec les enseignants, le président du Comité de gestion de l’établissement scolaire (COGES), Diabaté Mamadou, explique que les conditions de travail de ses enseignants sont difficiles. « On s’entend bien, ils nous posent souvent leurs préoccupations, mais nous faisons avec les moyens de bord », dit-il. Il note des difficultés pour que les 360 apprenants, dont 133 filles pour l’école de Zaddi 1, puissent travailler aisément.
Même le tableau est dégradé, et par endroit, c’est avec beaucoup de difficultés que les enfants arrivent à déchiffrer ce qui est écrit par l’instituteur. Il s’agit des anciens systèmes de tableau faits en ciment et incrustés dans le mur. « Ces tableaux de fortune datent de la construction de l’école », confie le président du COGES.
Pis, quand vous promenez le regard, aucune trace d’armoire, ni de bureau du maître, dans aucune classe. « Chacun se débrouille comme il peut », note une institutrice. Pis, il n’y a pas d’électricité dans les salles de classe. « Quand le ciel est couvert, il fait sombre dans les classes et je ne peux plus voir dans mon cahier », déclare Gnaga Gnaga Yves Trésor, 12 ans, écoliers en classe de CM2. Apparemment, un tableau électrique de la Compagnie d’électricité existe, sauf que les câbles devant alimenter les classes sont hors services.
Face à ce tableau sombre dans le cadre vie, paradoxalement, les résultats scolaires sont bons. « Et même très bon et cela fait plaisir », M. Diabaté, confirmé d’un acquiescement des membres de son bureau. Pour l’année scolaire 2024-2025, sur un ensemble de 108 candidats présentés par les deux classes du CM2, 106 ont été déclarés admis au Certificat d’études primaires élémentaires (CEPE), soit 98%. Malgré tout, deux faits inquiètent les parents d’élèves.

Une réhabilitation totale et entière s’impose
« Une réhabilitation totale et entière s’impose et nous plaidons dans ce sens », lâche le président du Coges, Diabaté Mamadou. Il fonde son plaidoyer sur la dégradation très prononcée du bâtiment. Les poteaux sont fortement gagnés par l’érosion. Les fers à béton des chaînages sont visibles depuis la salle de classe, où les vieilles tôles sont trouées par endroit. En cas de pluie, de fines gouttes d’eau mouillent directement les tables-bancs et/ou les enfants, vu qu’aucune classe n’a de plafond. Les tables-bancs déjà chancelantes sont en plus insuffisantes. « On veut faire des efforts pour que l’école de Zaddi soit meilleure, mais la subvention est faible et les caisses sont vides », confesse M. Diabaté.
Sa trésorière, dame Yao Alida, insiste sur la dégradation continue des bâtiments, et la réhabilitation du logement d’une des institutrices, qui « plombent » les caisses déjà vides. « Malheureusement, nous avons déjà perdu une partie du centre d’examen à cause de l’état de l’école, nous a-t-on dit », rapporte la trésorière du COGES de l’EPP Zaddi.
Dame Yao rappelle que Zaddi a été un centre d’examen du CEPE, alors que de nombreux villages voisins n’avaient pas encore d’école primaire. Elle lance donc un SOS pour que cet établissement qui a formé de nombreux cadres Gban et allogènes, des autres villages, bénéficient d’un regard favorable des autorités.
Derrière le bâtiment principal de six classes, l’on peut apercevoir un préau inachevé, et couvert au 1/3, qui fait office de cantine scolaire. En fait, la construction n’est pas terminée, précise la trésorière, mais il a fallu l’utiliser dans l’urgence, afin que les enfants puissent manger le midi. Malheureusement, un grand vent a décoiffé une partie de ce qui restait de toiture. La rentrée 2026-2027 demeure hypothétique, quant à l’utilisation de cet endroit, considérée comme la cantine scolaire du groupe scolaire.
L’autre fait déplorable est l’absence de latrines. On devrait plutôt dire, « manque de latrines fonctionnelles ». Déjà que l’école est dépourvue d’adduction d’eau, le problème d’hygiène se pose avec acuité.

Plus de 250 filles de six à 13 ans sont sans toilettes
Pour l’éducation nationale, les écoliers et singulièrement les filles et les toilettes forment un duo de propreté, a-t-on appris. Malheureusement, ce binôme est handicapé à l’EPP Zaddi. Faute de latrines dans l’établissement, plus de 250 élèves filles de six à 13 ans de cette école, sont ainsi livrées à elles-mêmes.
Diallo Karidjatou, 12 ans, élève en classe de CM2, révèle que pour déféquer, elle part en brousse, même si elle avoue avoir une peur bleue des serpents. C’est aussi le cas de son collègue Kacou Kouassi Jaurès, 10 ans en classe de CM1, qui lance un appel pour ouvrir des toilettes. « Je demande la permission au maître, et je vais dans la brousse derrière l’école », confie le petit Jaurès, un sourire en coin.
Mais pour Yao Alida, la véritable difficulté, c’est l’anxiété à laquelle les parents d’élèves doivent faire face, et qui concerne la gestion des menstrues des filles. « C’est un problème complexe pour nous », dit-il. Quelques filles, de 12 et 13 ans, en classe de CM2 sont concernées.
Parfois, elles restent à la maison, et les parents d’élèves exposent la situation lors des réunions mensuelles. Mais pour Yiripka Gouvo, une fondation a annoncé la construction et la disponibilité de nouvelles latrines pour les écoliers d’ici la rentrée scolaire 2026-2027. « Ce serait un véritable soulagement », assure le chef de village, qui salue la construction d’un système d’Hydraulique villageoise améliorée (HVA), accompagnée de six bornes fontaines, œuvre du conseil régional du Gôh. Il s’est réjoui aussi qu’un projet de construction d’une maternelle a débuté, non loin du groupe scolaire, qui malheureusement, demeure dans un état de dégradation avancé.
(Un reportage de Dogad Dogoui)
(AIP)
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