Abidjan, 06 nov 2026 (AIP) – L’Organisation internationale du Travail (OIT) a procédé, vendredi 6 novembre 2026 à Abidjan, à la clôture officielle du projet « Fixation des salaires adéquats » (SAW, selon son acronyme anglais) et annoncé son extension au secteur agricole.
Financée par le Royaume des Pays-Bas et exécutée sur une période de trois ans, cette initiative visait à renforcer les mécanismes de fixation des salaires en Côte d’Ivoire grâce au dialogue social et à la production de données probantes.
La rencontre a également servi de cadre au lancement de la phase sectorielle, le projet SAW-Agriculture (SAW-A), ainsi qu’à l’intégration de la Côte d’Ivoire au Programme mondial de l’OIT sur les salaires vitaux (Living Wages).
Ouvrant les travaux, la directrice du Bureau pays de l’OIT pour la Côte d’Ivoire, le Bénin, le Burkina Faso, le Mali, le Niger et le Togo, Mme N’Deye Coumba Diop, a salué l’engagement des mandants tripartites ivoiriens.
Elle s’est félicitée d’avoir « remplacé les approximations par des connaissances et les perceptions par des données probantes » au cours des trois années d’exécution du projet.
Soutenant que la clôture du projet SAW ne marque pas la fin de l’accompagnement de l’institution onusienne, Mme Diop a rappelé la portée sociale et économique de la question salariale.
« Le travail ne doit pas seulement permettre de gagner sa vie. Il doit permettre de vivre dignement. Parler des salaires, c’est donc parler de dignité humaine, de justice sociale, de compétitivité économique et, finalement, du modèle de société que nous voulons construire ensemble » a-t-elle déclaré.
Elle a par ailleurs invité les acteurs économiques et sociaux à rechercher un équilibre durable entre la compétitivité des entreprises et l’amélioration des conditions de vie des travailleurs, estimant que ces deux ambitions doivent se renforcer mutuellement.
Au nom des organisations de travailleurs, le secrétaire général adjoint 1 de la Fédération des syndicats autonomes de Côte d’Ivoire – Confédération générale (FESACI-CG), M. N’Dri Yao, a souligné que la revalorisation de 25 % du Salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG), passé de 60 000 à 75 000 FCFA au 1er janvier 2023, a vu ses effets s’émousser face à une inflation de 5 % enregistrée en 2022 et 2023.
« Pour nous, travailleurs, la question du salaire n’est pas une simple variable d’ajustement économique. C’est le fondement même de la dignité humaine », a déclaré M. N’Dri Yao.
Face au retard de revalorisation du Salaire minimum agricole garanti (SMAG) et à un secteur informel qui absorbe plus de 90 % des emplois, le porte-parole des travailleurs a exprimé les attentes du monde du travail.
« Les travailleurs de Côte d’Ivoire ne considèrent pas cette échéance comme un point final, mais plutôt comme le tremplin d’une ambition nouvelle», a-t-il déclaré.
Il a ainsi plaidé pour le déploiement rapide du projet SAW-Agriculture dans les zones rurales, afin d’étendre les acquis du projet aux travailleurs du secteur agricole.
Représentant les organisations d’employeurs, M. Bodo Léopold, chef du département Capital humain et relations sociales, a réaffirmé le soutien du secteur privé à la démarche, tout en rappelant les prérequis économiques à la revalorisation des salaires.
« La capacité à améliorer durablement les rémunérations dépend également de facteurs essentiels tels que la productivité, la performance économique, la compétitivité et l’environnement des affaires », a précisé M. Bodo.
Il a exprimé le vœu que le nouveau projet SAW-Agriculture, axé sur des filières stratégiques telles que le cacao, l’anacarde et la banane, intègre ces paramètres pour favoriser la création d’emplois formels et pérennes.
Représentant le ministre de l’Emploi, de la Protection sociale et de la Formation professionnelle, l’inspecteur général de l’Emploi, Coulibaly Kassoum, a réaffirmé l’engagement du gouvernement à s’approprier les résultats du projet et à les traduire en actions concrètes.
Il a souligné que la question salariale constitue un enjeu majeur de cohésion sociale et de productivité des entreprises, invitant les acteurs à s’appuyer sur les données et les outils développés par l’OIT pour conduire les prochaines discussions salariales sur des bases objectives, notamment en tenant compte du coût de la vie.
La rencontre a également permis de présenter le Programme mondial de l’OIT sur les salaires vitaux ainsi que le « Wage Data Hub », un outil de collecte et de mise à disposition de données salariales destiné à soutenir l’analyse et l’élaboration des politiques de rémunération.
À travers ces nouvelles initiatives, l’OIT entend accompagner la Côte d’Ivoire dans la promotion de rémunérations permettant aux travailleurs et à leurs familles de mener une vie décente, tout en préservant la viabilité économique des entreprises et des chaînes de valeur.
(AIP)
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