Abidjan, 29 juin 2026 (AIP) – L’Assemblée nationale du Sénégal examine, ce lundi 29 juin 2026, un projet de révision de la Constitution porté par les députés du parti au pouvoir, le Pastef, dans un contexte de vives tensions politiques entre le président Bassirou Diomaye Faye et le président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko, à l’origine de cette initiative.
La proposition de loi, adoptée la semaine dernière en commission, est soumise aux députés alors que le Pastef dispose d’une confortable majorité de 130 sièges sur les 165 que compte l’hémicycle, ce qui laisse présager son adoption, sauf surprise.
Selon ses promoteurs, cette réforme vise à rééquilibrer les pouvoirs entre l’exécutif, le législatif et le judiciaire. Le texte prévoit notamment d’interdire au président de la République de diriger un parti politique ou une coalition, d’associer le Premier ministre à l’élaboration du programme gouvernemental et de lui conférer le pouvoir de nomination aux emplois civils.
La réforme entend également renforcer les prérogatives du Parlement en élargissant son pouvoir d’enquête, notamment par la possibilité d’entendre des magistrats, et en imposant au gouvernement de l’informer systématiquement des conventions d’investissement liées aux ressources naturelles afin d’améliorer le contrôle des finances publiques.
Plusieurs amendements introduits avant l’examen du texte suscitent toutefois de vives critiques. Ils prévoient notamment de limiter à une seule fois par mandat le pouvoir présidentiel de dissoudre l’Assemblée nationale, de préciser le cadre juridique de la haute trahison du chef de l’État et d’obliger celui-ci à déclarer son patrimoine non seulement à son entrée en fonction, mais également à la fin de son mandat.
La coalition présidentielle Diomaye Président, conduite par Aminata Touré, demande le retrait du projet, estimant que ces modifications dénaturent l’esprit du texte initial élaboré par la présidence. Elle accuse les auteurs de la réforme de chercher à affaiblir les prérogatives du chef de l’État au profit du président de l’Assemblée nationale.
L’opposition et des organisations de la société civile partagent ces réserves. Elles dénoncent une procédure jugée précipitée et réclament de nouvelles concertations avant toute adoption.
Le Pastef rejette ces critiques. Son président du groupe parlementaire, Mohamed Ayib Daffé, soutient que cette réforme est l’aboutissement des Assises de la justice de 2024 et du dialogue sur le système politique organisé en 2025. Selon lui, les institutions doivent désormais assumer leurs responsabilités afin de concrétiser les réformes attendues par les Sénégalais.
Si le texte est adopté par les députés, le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, conservera toutefois la possibilité de ne pas le promulguer et de soumettre la réforme à référendum, conformément aux dispositions constitutionnelles.
(AIP)
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