Abidjan, 1er juil 2026 (AIP)- Des milliers de Sud-Africains ont manifesté mardi 30 juin dans le centre-ville de Johannesburg, poumon économique du pays, ainsi qu’à Durban, la grande ville portuaire, pour exiger le départ des sans-papiers, après des semaines de campagne aux accents xénophobes.
La police, craignant des débordements, s’est déployée en nombre dans le pays et un nombre limité d’incidents ont été signalés, notamment des arrestations pour des pillages et tentatives de pillages isolés ainsi que des jets de pierres dans deux cortèges à Johannesburg.
Les manifestants brandissaient des écriteaux avec la mention « arrêtez de cacher les étrangers illégaux. Arrêtez de les employer et de leur louer un logement ». Les organisations antimigrants accusent les clandestins des nombreux maux qui accablent la population, à savoir, chômage de masse à plus de 32%, criminalité galopante, trafic de drogue et services de santé congestionnés.
« J’ai du mal à louer un logement parce que les loyers sont trop élevés, et que les étrangers en situation irrégulière parviennent à les payer parce qu’ils vendent de la drogue à notre population », accuse Brightness Gumbi, 48 ans, qui tient une petite cantine dans un township et participait à la marche de Durban.
L’Afrique du Sud a déjà connu de violents débordements xénophobes, notamment en 2008 et 2015, mais de manière inédite, plus de 25.000 ressortissants de plusieurs pays africains (Malawi, Zimbabwe, Mozambique, Nigeria, Ghana, etc), ont fui ces dernières semaines, notamment à bord de bus affrétés par leur pays ou par l’Afrique du Sud. « Rien que ces derniers jours, près de 4.300 ressortissants étrangers ont été rapatriés et plus de 400 expulsés », a déclaré à la presse la ministre de la Justice, Mmamoloko Kubayi, tard mardi.
Ces manifestations ont débouché sur des violences qui ont fait quatre morts, deux Mozambicains, un Ethiopien et un Malawite, et quelques scènes de pillages de magasins tenus par des étrangers. Un ressortissant étranger a été retrouvé mort mardi. Selon la police, il aurait sauté du huitième étage d’un immeuble de Durban, apparemment par crainte d’être poursuivi.
L’une des figures de proue du mouvement à Durban et dirigeante du groupe « March and March », Jacinta Ngobese-Zuma, a promis d’organiser de nouvelles manifestations tous les jeudis. « Au cours des six prochains mois, nous voulons que le gouvernement se débarrasse des personnes qui ne sont pas parties », lance-t-elle.
Quelque trois millions d’étrangers, soit 5,1% de la population, vivent en Afrique du Sud, selon les statistiques officielles, attirés par des perspectives d’emploi dans la première économie du continent. Cette nouvelle vague anti migrants s’inscrit aussi dans le contexte électoral des municipales du 4 novembre, toujours âprement disputées par les partis politiques.
Cette campagne s’est traduite par de nombreuses intimidations. De nombreux candidats au départ racontent avoir été renvoyés par leurs employeurs qui craignaient d’être verbalisés, ou encore expulsés par des propriétaires, de peur de représailles. A Johannesburg, au Cap, ou encore Pietermaritzburg, des centaines de ressortissants étrangers étaient toujours regroupés mardi dans des camps de fortune ou devant leur consulat dans l’espoir de quitter le pays, laissant derrière eux leurs biens, et parfois un conjoint sud-africain.
« Nos propriétaires nous ont dit que si tu n’as pas de papiers, il faut te mettre en règle sinon le gouvernement va faire payer 10.000 rands par personne », témoigne une jeune femme qui travaillait depuis quatre ans dans une exploitation agricole.
Le Ghana et le Nigeria avaient auparavant affrété des vols de rapatriement pour plusieurs centaines de leurs ressortissants, déplorant la gestion de la crise par un pays censé être un phare moral pour le continent depuis la fin de l’apartheid.
(AIP)
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