Par Jean-Cyrille Ouattara/ Coll : Benjamin Bassolé
Abidjan, 6 jan 2026 (AIP) – Le choc des huitièmes de finale entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso au Maroc transcende le simple cadre sportif. Il incarne un face-à-face familial, une guerre fratricide où l’identité footballistique est mise à rude épreuve. De part et d’autre, des joueurs binationaux, tiraillés entre deux amours, s’apprêtent à défier leur terre d’origine ou leur pays d’adoption, avec la lourde mission de faire basculer le destin.
« Fier de mon choix », avoue l’étalon Arsène Kouassi
L’incarnation la plus vive de ce dilemme se nomme Arsène Kouassi. Ce latéral gauche du FC Lorient, natif de Cocody à Abidjan, défendra fièrement les couleurs du Burkina Faso. Naturalisé en octobre 2025 après des mois d’attente, il affronte sans regret sa terre natale.
« Je ne regrette pas ce choix, même si j’ai de la famille en Côte d’Ivoire. Le plus important, c’est le choix que j’ai fait de représenter le Burkina Faso. Je vais tout faire pour le rendre fier de moi. Je veux gagner ce match. », a-t-il déclaré, lundi 05 janvier 2026 en conférence de presse d’avant match.
Mais le symbole le plus puissant du côté burkinabé reste le portier Hervé Koffi, pilier des Étalons, et le milieu Mohamed Zoungrana, ancien espoir de l’ASEC Mimosas. Ils perpétuent une tradition. Celle d’une « génération d’or » burkinabé nourrie au football ivoirien.
Des binationaux comme Mohamed Koffi, Bakari Koné, Charles Kaboré et surtout Aristide Bancé ont forgé la légende des Étalons.
Alban Lafont, l’étalon dans la sanctuaire des Eléphants
Face à cette légion de binationaux portant le maillon burkinabé, la Côte d’Ivoire aligne son propre « transfuge », le gardien Alban Lafont. Bien que doublure de Yahia Fofana, Lafont incarne le chemin inverse. Celui d’un talent ayant choisi les Éléphants. Le sélectionneur Emerse Faé a défendu son choix, vantant « un gardien de qualité » et son adhésion au projet.
« C’est un privilège, pour moi, d’être ici », s’était réjoui Lafont, conscient du poids de sa décision.
Une rivalité ouest-africaine aux visages familiers
Ce phénomène dépasse le cadre du duel ivoiro-burkinabé. Il révèle une réalité géo-footballistique de l’Afrique de l’Ouest. Les talents circulent, et les identités sportives sont multiples.
Le Mali, autre rival régional des Éléphants, compte aussi ses « Ivoiriens », comme Néné Dorgeles (né à Yopougon) ou Yves Bissouma (né à Issia), ce dernier ayant exprimé avec amertume la complexité de son engagement pour son « pays adoptif ».
Ce match revêt donc une dimension psychologique unique. D’un côté, les Étalons, portés par une génération de binationaux qui a frôlé la gloire continentale en 2017, cherchent enfin à soulever le trophée. De l’autre, les Éléphants, champions en titre, doivent affronter des visages familiers, parfois des anciens espoirs du pays, déterminés à les éliminer.
Sur le terrain, chaque duel sera chargé d’histoire : les relances de Kouassi face aux attaques ivoiriennes, les arrêts de Hervé Koffi contre ses compatriotes de naissance, et la possible entrée en jeu de Alban Lafont, l’« étalon » dans le sanctuaire des Éléphants.
Plus qu’un match de football, c’est une confrontation d’identités, de parcours et de loyautés où, pour 90 minutes, le cœur devra choisir son camp, tandis que tout un public observera, ému ou frustré, ses fils jouer contre la patrie.
(AIP)
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