Abidjan, 03 mai 2026 (AIP) – Dans la dynamique de la Journée mondiale de la liberté de la presse, célébrée le 03 mai, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) a tiré la sonnette d’alarme sur la dégradation des conditions d’exercice du journalisme dans le monde, marqué par des violences croissantes, une impunité persistante et des pressions multiformes.
Selon les données de l’ONU publiées le 1er mai, au moins 14 journalistes ont déjà été tués depuis le début de l’année 2026, tandis que les enquêtes judiciaires peinent à aboutir : seul un meurtre sur dix donne lieu à une reddition de comptes. Une situation qui, selon le Haut-Commissaire Volker Türk, traduit le lourd tribut payé par la liberté de la presse.
Le responsable onusien souligne que la couverture des conflits armés constitue le contexte le plus dangereux pour les professionnels des médias. Il cite notamment la guerre menée par Israël dans la bande de Gaza, qualifiée de « piège mortel pour les médias », où près de 300 journalistes ont été tués depuis octobre 2023, selon les vérifications de son bureau, en plus de nombreux blessés.
Cette tendance est également observée dans d’autres zones de conflit, notamment au Liban, devenu en 2026 « le pays le plus meurtrier pour les professionnels des médias ».
En dehors des zones de guerre, l’ONU estime qu’aucun pays n’est totalement sûr pour les journalistes enquêtant sur des sujets sensibles tels que la corruption, le crime organisé ou les atteintes à l’environnement. Ces investigations exposent souvent les journalistes, leurs sources et leurs familles à des risques élevés.
Le HCDH exprime également sa préoccupation face à la montée de la répression et de la surveillance transnationales visant les journalistes, citant notamment des cas d’attaques contre des reporters iraniens à l’étranger.
Par ailleurs, les pressions exercées sur les femmes journalistes sont particulièrement préoccupantes : selon l’ONU, près des trois quarts d’entre elles subissent des abus en ligne, allant de campagnes de dénigrement à des violences à caractère sexuel.
À l’échelle mondiale, environ 330 journalistes seraient actuellement détenus, auxquels s’ajoutent près de 500 journalistes citoyens et blogueurs engagés dans la défense des droits humains. Dans le même temps, les législations relatives à la diffamation, à la cybercriminalité ou à la lutte contre le terrorisme sont de plus en plus utilisées pour restreindre la liberté d’expression, transformant parfois les procédures judiciaires en outils d’intimidation.
Le Haut-Commissariat met également en garde contre les pressions économiques exercées sur les médias, notamment les fermetures d’organes de presse et les licenciements, observés dans près d’un tiers des pays, contribuant à réduire l’espace de liberté des voix critiques.
Face à cette situation, Volker Türk appelle les États à mettre fin aux persécutions contre les journalistes, à lever les restrictions arbitraires et à aligner leurs législations sur les normes internationales en matière de droits de l’homme. Il exhorte également les entreprises technologiques à renforcer leur action contre la désinformation et les abus en ligne.
L’ONU rappelle que la Journée mondiale de la liberté de la presse constitue un moment de réflexion sur l’importance de la liberté d’expression et du rôle essentiel des médias dans les sociétés démocratiques.

