Abidjan, 20 fev 2026 (AIP)- Des peines allant de trois mois à un an de prison ferme ont été prononcées par la justice marocaine, jeudi 19 février 2026 à Rabat, à l’issue du procès de 18 supporters sénégalais et d’un Français qui avaient été arrêtés lors des heurts survenus durant la finale de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) entre le Maroc et le Sénégal.
Les avocats de la défense indiquent qu’ils vont faire appel.
Poursuivis pour « hooliganisme », accusation incluant des actes de violence notamment contre les forces de l’ordre, dégradation d’équipements sportifs, invasion de la pelouse ainsi que jets de projectiles, neuf d’entre eux ont été condamnés à un an de prison assorti d’une amende de 5 000 dirhams (environ 460 euros), six autres à six mois et 2 000 dirhams d’amende (180 euros) et les trois derniers à trois mois et à une amende de 1 000 dirhams (90 euros).
À l’énoncé du verdict, certains supporters sénégalais protestent. « C’est une décision incompréhensible. On prend acte de cette décision. On a un délai de 10 jours pour faire appel », estime Me Patrick Kabou, leur avocat sénégalais inscrit au barreau du Gers en France, dénonçant le fait que ses clients servent de « boucs émissaires ».
Le Français d’origine algérienne, jugé quant à lui pour avoir jeté une bouteille d’eau, s’est vu infliger une peine de trois mois de prison et 1 000 dirhams d’amende. Son avocat, Jaouad Benaissi, s’est dit « triste et déçu », à l’énoncé du jugement.
Du côté de la Fédération sénégalaise de football, c’est la « sidération et le désarroi. On ne s’attendait pas à une telle sentence », raconte le porte-parole de l’organisation, Bakary Cissé.
Au cours de l’audience, les supporters ont réaffirmé leur innocence, tout en disant regretter ces incidents, soulignant notamment que les deux peuples, marocain et sénégalais, étaient frères, d’après l’avocate de la défense, Naïma El Guellaf. « On demande pardon. Laissez-nous regagner notre pays », a déclaré l’un des supporters sénégalais devant le président du tribunal.
Cette séquence du procès a été marquée par la barrière de la langue : pour s’exprimer face au président, plusieurs prévenus ont été assistés par le vice-consul du Sénégal à Casablanca, qui s’est improvisé interprète, beaucoup ne parlant que le wolof.
L’accusation s’appuie principalement sur les images des caméras du stade Moulay Abdellah ainsi que sur les certificats médicaux des membres des forces de l’ordre et des stadiers blessés, a précisé le parquet, qui a évalué les dégâts matériels à plus de 370 000 euros. « Ces captures ne contiennent pas des preuves irréfutables de leur culpabilité. Il n’existe aucun cas de flagrant délit », a plaidé Me Guellaf, qui avait demandé leur relaxe ou, à défaut, des peines alternatives.
Patrick Kabou met en cause les organisateurs ainsi qu’un stadier, non présent au procès, qu’il accuse d’avoir déclenché les violences en jetant une chaise en direction des supporters sénégalais, après le penalty manqué de Brahim Diaz. « Des gens poussaient derrière eux, mes clients ont voulu se sauver…», a-t-il lancé.
Fin janvier, la Confédération africaine de football (CAF) a infligé une série de sanctions disciplinaires, dont des amendes s’élevant à plusieurs centaines de milliers d’euros, aux deux fédérations pour comportements antisportifs et violations des principes de fair-play.
Selon l’avocat de la partie civile Mustapha Simou, qui représente 14 membres des forces de l’ordre, « ces sanctions ne dispensent pas les prévenus de leur responsabilité pénale, au contraire, elles confirment leur culpabilité, d’autant plus que le Sénégal ne les a pas contestées ».
Le Maroc a accueilli la 35e édition de la CAN du 21 décembre 2025 au 18 janvier 2026 et co-organisera la Coupe du monde 2030 conjointement avec l’Espagne et le Portugal.
(AIP)
tls/fmo

