Bondoukou, 10 mars 2026 (AIP) – Les tresses africaines, et notamment la coiffure Djômo, véritables richesses culturelles de Bondoukou, ont été mises en lumière lors d’une conférence animée, samedi 7 mars 2026, par le directeur du Musée des arts et traditions de la ville, Bema Ouattara.
Ces coiffures traditionnelles, intimement liées à la danse du Kroubi, célèbrent le passage des jeunes filles à la puberté et symbolisent la beauté, la pureté et la félicité de la femme, tout en perpétuant un héritage ancestral transmis de génération en génération.
Selon M. Ouattara, les tresses africaines ne sont pas de simples ornements. Elles servaient à transmettre des messages codés, indiquer des directions, signaler des points de rassemblement et même préparer des plans de fuite durant l’esclavage, tout en permettant aux hommes et aux femmes de préserver leur dignité et leur beauté.
Chaque coiffure traditionnelle portait une signification précise, révélant le statut social, l’âge ou conservant des secrets familiaux et spirituels.
La coiffure Djômo, héritée des peuples Mandé, Sénoufo, Gourounsi et Peulh, se compose de quatre boules de cheveux nattées, disposées au front, à la nuque et à la hauteur des oreilles. Ces quatre boules symbolisent les quatre grandes forces de la nature que sont l’eau, l’air, le feu et la terre, ainsi que les quatre pouvoirs de la femme.
« Au-delà de sa dimension esthétique et mystique, le Djômo orientait la jeune fille sur les quatre points cardinaux, pour un départ, un retour aux sources ou pour préserver sa sécurité et celle de sa communauté », a expliqué le conférencier. Cette coiffure était traditionnellement façonnée par la grand-mère ou l’arrière-grand-mère et portait souvent un secret transmis de génération en génération, a-t-il ajouté.

Le Kroubi ne se limite pas à la coiffure. Aux vêtements traditionnels, pagne Kente (Kolonzo en dioula), Dan-Fani (pagne tissé) et foulards protégeant des trésors familiaux, les femmes du Gontougo ajoutent des accessoires symboliques telles que les queues de cheval (représentant la sensualité et la sécurité), le miroir (pour l’appréciation de soi) et le Djômo, symbole de continuité et de mysticisme.
Pratiqué dans le Gontougo et certaines régions du Ghana, notamment à Kintampo, Banda et Wentchi, le Kroubi célèbre le passage des jeunes filles à la puberté, valorisant leur beauté et leur pureté tout en réaffirmant leur place au sein de la communauté. La cérémonie coïncide souvent avec la Nuit du Destin, célébrée le 27ᵉ jour du Ramadan, ajoutant une dimension spirituelle à cette tradition culturelle.
« Nos ancêtres ont compris les mystères de la nature en associant la gloire de Dieu à travers la Nuit du Destin et la beauté, la pureté et la félicité de la création à travers la femme. Cette harmonie spirituelle et culturelle est fascinante », a souligné M. Ouattara.
Pour lui, le Kroubi et la coiffure Djômo ne se limitent pas à magnifier la femme : ils constituent un patrimoine culturel vivant, un marqueur de l’identité sociale, du statut et des liens communautaires des Ivoiriens, tout en symbolisant la continuité entre générations et traditions.
(AIP)
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