Abidjan, 30 mars 2026 (AIP) – La Côte d’Ivoire franchit un cap décisif dans la lutte contre les maladies génétiques avec la mise en service du premier laboratoire public spécialisé en tests d’Acide Désoxyribonucléique (ADN) humain en Afrique de l’Ouest et du Centre, ouvrant la voie à une médecine de précision accessible et préventive.
Implanté au Village des Technologies de l’Information et de la Biotechnologie (VITIB) de Grand-Bassam, ce centre, opérationnel depuis le 1er novembre 2025, ambitionne de transformer la prise en charge des maladies héréditaires en permettant leur détection précoce et une meilleure adaptation des traitements.
Son directeur, le professeur David Téa Okou, expert ivoirien en génétique humaine et moléculaire clinique, a présenté les enjeux de cette avancée, vendredi 27 mars 2026, à Abidjan-Plateau, lors d’une rencontre avec les médias.
Selon lui, le test d’ADN ne se limite pas à l’identification des liens de filiation. Il constitue un outil majeur pour comprendre les prédispositions génétiques aux maladies et orienter les décisions médicales.
« La médecine personnalisée permet d’anticiper des maladies héréditaires pernicieuses, lourdes et invalidantes », a-t-il expliqué, insistant sur l’importance d’un diagnostic précoce dans la réduction de la mortalité et du fardeau des pathologies en Afrique.
Le laboratoire de Grand-Bassam propose des services conformes aux standards internationaux, notamment en médecine légale, tests de parenté et analyses de police scientifique. Désormais, les prélèvements et les analyses peuvent être réalisés localement, avec des résultats disponibles en sept à dix jours, mettant fin à la dépendance vis-à-vis des laboratoires étrangers.
Au-delà de la filiation, les analyses génétiques permettent de détecter des maladies telles que les cancers, les troubles psychiatriques, les problèmes de fertilité ou encore certaines pathologies héréditaires, tout en contribuant à une meilleure gestion des épidémies.
Le professeur Téa souligne également l’importance de la pharmacogénétique, discipline qui étudie la réaction des individus aux médicaments. « Les traitements développés ailleurs ne produisent pas toujours les mêmes effets sur les populations africaines en raison de la diversité génétique. Il est donc essentiel de développer des solutions adaptées à nos réalités », a-t-il fait savoir.
Accessible à un coût compris entre 300 000 et 500 000 FCFA, avec une prise en charge partielle par certaines assurances, cette innovation est présentée comme un investissement utile pour la prévention des maladies graves.
Toutefois, le spécialiste appelle à un engagement accru des pouvoirs publics et du secteur privé pour soutenir la recherche scientifique, encore largement dépendante de financements extérieurs. Il souligne que certains équipements de pointe, comme les séquenceurs de dernière génération, coûtent au moins 500 millions FCFA.
« L’Afrique supporte près de 25 % du fardeau mondial des maladies. Il est impératif d’investir dans la recherche pour mieux comprendre et traiter ces pathologies », a-t-il plaidé.
Au-delà de son impact sanitaire, ce laboratoire devrait également stimuler les vocations dans le domaine de la recherche biomédicale, en offrant aux jeunes médecins ivoiriens un cadre propice à la spécialisation en génétique moléculaire.
Pr David Téa, premier expert ivoirien en génétique humaine et moléculaire clinique a longtemps exercé et enseigné à l’école de médecine de l’Emory University, à Atlanta aux Etats Unis. Ses travaux internationalement reconnus se concentrent sur les variations génétiques impactant les maladies chez les Afro-Américains.
Avec cette infrastructure, la Côte d’Ivoire se positionne ainsi comme un acteur émergent de la médecine de précision en Afrique, avec pour ambition de réduire durablement les inégalités en matière d’accès aux soins et d’améliorer la qualité de vie des populations.
(AIP)
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