Abidjan, 23 avr 2026 (AIP)- Face à la recrudescence du tabagisme chez les adolescents en Côte d’Ivoire, avec son lot de conséquences sanitaires souvent méconnues ou sous-estimées, l’Agence ivoirienne de presse s’est entretenue, lundi 20 avril 2026, avec le Pr Daix Thomas, spécialiste du service de pneumo-phtisiologie du Centre hospitalier universitaire de Treichville, à Abidjan. Dans cette interview, l’expert en santé pulmonaire alerte sur les effets immédiats et à long terme de la cigarette sur l’organisme encore fragile des adolescents. Il explique notamment comment la nicotine agit rapidement sur le cerveau, favorise une dépendance précoce, altère les capacités respiratoires et cognitives, et expose les jeunes à des maladies graves telles que les cancers, les affections cardiovasculaires ou les troubles du comportement.
AIP : Quels sont les effets de la cigarette chez les adolescents ?
Pr Daix : Le tabac agit dès la première bouffée, à un moment où le corps est encore en plein développement. La nicotine atteint le cerveau en quelques secondes et entraîne une dépendance rapide, particulièrement chez les adolescents dont le cerveau est encore malléable.
Sur le plan physique, le monoxyde de carbone réduit l’oxygénation du sang, ce qui provoque fatigue et essoufflement. Les goudrons encrassent les poumons et favorisent l’apparition de cancers, tandis que les gaz irritants endommagent le système respiratoire. Le tabac affecte également d’autres organes, notamment le cœur, la peau, les dents, qui jaunissent, ainsi que la fertilité.
AIP : Existe-t-il des risques à long terme ?
Pr Daix : Oui, et ils sont importants. Le tabagisme précoce peut entraîner des troubles de la mémoire, de l’attention et de l’apprentissage. Il augmente aussi le risque de dépendance à d’autres substances. À long terme, on observe des maladies respiratoires chroniques, un développement incomplet des poumons, ainsi qu’un risque accru d’infarctus ou d’accident vasculaire cérébral (AVC) avant 50 ans.
En moyenne, un fumeur perd entre 10 et 15 ans d’espérance de vie, et un fumeur régulier sur deux meurt des suites du tabac.
AIP : La cigarette influence-t-elle le comportement des adolescents ?
Pr Daix : Absolument. La nicotine perturbe le développement du cerveau et renforce la dépendance. Elle entraîne des troubles du comportement tels que l’irritabilité, l’anxiété et l’instabilité de l’humeur. Plus la consommation débute tôt, plus le risque de dépendance à l’âge adulte est élevé, avec une probabilité accrue de dérives vers d’autres substances comme l’alcool ou les drogues.
AIP : Quelles solutions pour détourner les adolescents du tabac ?
Pr Daix : Il est essentiel d’orienter les jeunes vers des professionnels de santé, comme les médecins ou les infirmiers scolaires. Lorsqu’un adolescent a déjà commencé à fumer, il ne faut pas dramatiser, mais l’accompagner avec des solutions adaptées, y compris des substituts nicotiniques.
La prévention joue un rôle clé. L’entourage, notamment la famille et l’école, doit contribuer à déconstruire l’image sociale du tabac. L’enjeu aujourd’hui n’est plus seulement d’informer, mais de susciter une véritable prise de conscience et d’encourager un changement durable de comportement.
(AIP)
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