Abidjan, 25 mai 2026 (AIP) – Au Carrefour des Bazin de Treichville, les allées se remplissent progressivement à mesure que la fête de la Tabaski approche. Entre ballots de tissus soigneusement empilés, broderies scintillantes et clients venus de plusieurs communes d’Abidjan, le bazin demeure au cœur des préparatifs vestimentaires des populations, attachées à cette tenue devenue incontournable des grandes célébrations religieuses et familiales.
Le bazin, une tradition transmise de génération en génération
Dans sa boutique située à l’avenue 10, rue 15 de Treichville, le commerçant Adam Sy accueille les clients venus choisir leurs tissus pour la Tabaski. Présent dans le secteur depuis près de vingt ans, il affirme que le bazin conserve une place importante dans les habitudes vestimentaires ouest-africaines.
« Le bazin fait partie de notre culture et de nos traditions. Nos ancêtres le portaient déjà et cette habitude continue de génération en génération », explique-t-il.
Selon le vendeur, certaines marques haut de gamme continuent de séduire les consommateurs, notamment le bazin allemand « Drux », apprécié pour sa qualité et sa finition.
Il souligne également que le Mali reste l’un des pays où le port du bazin demeure particulièrement valorisé.
À quelques jours de la fête, les achats se multiplient. Certains clients repartent avec plusieurs complets destinés à toute la famille.
« Il y a des clients qui viennent avec leurs familles et d’autres qui prennent jusqu’à dix ou quinze complets pour toute la maison », précise-t-il.
Le blanc reste la couleur la plus demandée, devant le bleu ciel, l’orange foncé, le rouge et le bleu vif.
Entre tissus haut de gamme et bazins accessibles
Au Royaume du Bazin, autre enseigne emblématique du marché, Seforé Mamadou observe lui aussi l’engouement des clients pour les tenues traditionnelles, même s’il juge l’activité moins dynamique cette année.
Commerçant depuis 1993, il raconte avoir débuté au Grand Marché de Treichville avant l’incendie ayant détruit le site.
« Pendant la Tabaski, tout le monde veut porter un joli boubou, les enfants comme les adultes », affirme-t-il.

Le vendeur met en avant la marque « Geisner », réputée pour sa qualité supérieure.
« Le vrai Geisner coûte 10 000 FCFA le mètre et ne descend jamais en dessous de ce prix. Les produits moins chers sont souvent des imitations », soutient-il.
Malgré l’effervescence habituelle des fêtes, il évoque cette année un ralentissement des ventes et quelques ruptures de stock.
Au sein de la boutique Kayrawani, Yatassaye Demba constate pour sa part un intérêt croissant pour les bazins de luxe.
« Le bazin est une tenue qui brille beaucoup et qui est très appréciée pendant les fêtes », explique-t-il.
Parmi les tissus les plus recherchés figurent le bazin « Président », vendu autour de 15 000 FCFA le mètre, ainsi que le très luxueux « Milliardaire », dont le prix peut atteindre 50 000 FCFA le mètre.
« Malgré son prix élevé, le bazin Milliardaire est très demandé pendant les périodes de fête », souligne le commerçant.
Des modèles plus accessibles, comme le bazin « Wi-Fi », restent également prisés par une clientèle soucieuse de concilier élégance et budget.
Interrogé sur l’origine de certains bazins haut de gamme, le commerçant cite plusieurs pays européens, notamment l’Allemagne, l’Italie, l’Autriche et la République tchèque, réputés pour la fabrication de tissus de qualité destinés au marché africain.
Les ateliers de broderie profitent de l’engouement
À quelques mètres des boutiques de tissus, les ateliers spécialisés dans les garnitures et broderies tournent à plein régime. Chez « Rhum de Garnitu », Diabaté Kader supervise les commandes des clients venus personnaliser leurs tenues.
« Notre rôle consiste à harmoniser le bazin avec les garnitures et les broderies afin de donner plus d’élégance aux tenues », explique-t-il.
Les clients arrivent généralement avec leurs tissus et des modèles choisis à l’avance. L’atelier se charge ensuite des finitions, des broderies et des ornements.
Selon lui, l’activité connaît une hausse importante à l’approche de la Tabaski, avec parfois plus d’une centaine de clients selon les périodes. Les réseaux sociaux contribuent également au développement de cette activité grâce aux commandes et livraisons à distance.
« Aujourd’hui, les réseaux sociaux nous aident beaucoup à atteindre davantage de clients », indique-t-il.
Pour le commerçant, la Tabaski reste la période où le bazin est le plus valorisé en raison des rassemblements familiaux et des déplacements vers les villages ou l’étranger.
Des clients venus de plusieurs communes pour trouver le “bon bazin”
Au Carrefour des Bazin, la clientèle ne se limite pas aux habitants de Treichville. Certains consommateurs parcourent plusieurs kilomètres pour trouver des tissus qu’ils jugent de meilleure qualité.
Client de la boutique Polo Basin, Baïkoro Issa affirme être venu depuis Dabou pour effectuer ses achats.
« Je viens de loin pour acheter mon bazin », confie-t-il.
Pour lui, le bazin reste avant tout un héritage culturel associé aux grandes célébrations religieuses.
« Nous avons grandi en voyant nos parents porter le bazin pendant la Tabaski et le Ramadan », explique-t-il.
Même constat chez Nailat Mifson rencontré à la boutique Cola Ducari. Elle voit dans cette tenue un symbole d’élégance et de prestige.
« Pour la fête de Tabaski, j’ai opté pour le bazin parce que c’est une grande fête. Il faut se mettre dans un petit luxe aussi », affirme-t-elle.
À Treichville, commerçants, brodeurs et clients s’accordent ainsi sur un point. Au-delà de la mode, le bazin demeure un marqueur culturel fort, étroitement lié aux célébrations et à l’identité vestimentaire ouest-africaine.
La célébration de la Aïd el-Kébir, prévue ce mercredi 21 mai 2026 sur toute l’étendue du territoire ivoirien, demeure bien plus qu’une fête religieuse. Commémorant la foi et l’obéissance du prophète Ibrahim à Dieu, la Tabaski constitue également un moment de communion, de solidarité et de partage.
En Côte d’Ivoire comme dans plusieurs pays africains, cette célébration est marquée par les retrouvailles familiales, les repas festifs ainsi que la valorisation des tenues traditionnelles, notamment le bazin.
(AIP)
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