Abidjan, 28 juil 2025 (AIP) – Instituées dès 1964 par le président Félix Houphouët-Boigny, les fêtes tournantes de l’indépendance ont constitué pendant près de deux décennies un puissant levier de développement local à travers les régions de la Côte d’Ivoire. Entre 1964 et 1979, 12 villes de l’intérieur du pays ont successivement accueilli les célébrations nationales du 7 août, bénéficiant à cette occasion de nombreuses infrastructures sociales, économiques et culturelles, souvent encore visibles à ce jour.
Bouaké, première ville de l’intérieur à ouvrir la tradition
En 1964, Bouaké devient la première ville de l’intérieur du pays à accueillir la fête de l’indépendance, rompant ainsi avec la centralisation d’Abidjan. La ville est mise en lumière par la mobilisation des populations et la modernisation symbolique de ses grandes artères. Cette édition marque le lancement d’un programme national de célébrations tournantes destiné à favoriser l’unité nationale et l’équité dans le développement.
Des retombées économiques et infrastructurelles durables
D’année en année, les localités hôtes ont vu leur visage se transformer grâce à des investissements massifs dans les infrastructures. À Bondoukou en 1971, un complexe hôtelier de 40 chambres avec piscine, night-club et salle de conférence est construit par la SIETHO, accompagné de la création d’un quartier artisanal moderne, d’un centre technique rural, d’un stade flambant neuf (stade Ali Timité) et de plusieurs villas résidentielles.
À Dimbokro (1975), Séguéla (1978) et Katiola (1979), les autorités y ont inauguré des stades, des tribunes permanentes, des routes bitumées, des logements administratifs et des marchés modernes. À Odienné (1972) et Man (1969), les festivités ont donné lieu à la construction de voiries, de centres de santé et d’espaces de rassemblement, créant des opportunités d’emploi local durant les mois de préparation.
Outre ces réalisations matérielles, les fêtes tournantes ont boosté temporairement les économies locales. La venue de milliers de visiteurs – officiels, délégations, militaires, artistes – a stimulé les secteurs du commerce, de la restauration, de l’hôtellerie et des transports dans les villes concernées. Les commerçants des marchés, artisans, couturiers, transporteurs et loueurs de services enregistraient des recettes en forte hausse autour du 7 août.
Un élan culturel pour les régions
Sur le plan culturel, les fêtes tournantes ont servi de vitrine aux danses traditionnelles, aux arts locaux et aux groupes folkloriques des différentes régions. Chaque ville rivalisait d’ingéniosité pour organiser des défilés culturels et militaires, des concours artistiques, des expositions artisanales ou agricoles et des spectacles nocturnes. Cette effervescence favorisait la valorisation des identités régionales et le brassage culturel national.
Un développement du sport local impulsé par les infrastructures
Le domaine sportif a également bénéficié des retombées des fêtes tournantes. Dans chaque ville hôte, la construction ou la rénovation de stades modernes a permis non seulement d’accueillir les cérémonies officielles, mais aussi de stimuler la pratique du sport, notamment chez les jeunes.
Le stade Ali Timité de Bondoukou, érigé en 1971 pour l’indépendance, demeure un repère historique du football local. Selon des témoins, le stade a abrité la finale de la coupe nationale entre le Sporting club de Gagnoa et le Stade d’Abidjan. Mais, ce match a été interrompu par une forte pluie et rejoué au stade Houphouët Boigny avec à la fin, la victoire du Stade d’Abidjan sur les hommes du Fromager par le score de quatre buts à Zéro.
À Dimbokro, Katiola, Gagnoa ou Séguéla, des infrastructures sportives durables ont vu le jour, favorisant l’organisation de compétitions régionales, la détection de talents et l’émergence de clubs sportifs. Ces réalisations ont contribué à ancrer la culture du sport dans les régions, en offrant aux populations des espaces de loisir, de cohésion sociale et d’expression communautaire.
En 1978, le Sporting Club de Gagnoa remporte la Coupe Félix Houphouët‑Boigny, faisant vibrer le Stade Victor Biaka Boda, inauguré quelques années plus tôt durant les festivités. Cette victoire reste gravée dans la mémoire régionale comme un sommet pour le football de l’intérieur.
Une politique de développement équilibré stoppée en 1979
De Bouaké (1964) à Katiola (1979), en passant par Korhogo (1965), Daloa (1967), Abengourou (1968), Gagnoa (1970), Bondoukou (1971) et Séguéla (1978), 13 localités auront ainsi accueilli les festivités. Toutefois, à partir de 1980, la tradition prend fin, les célébrations étant recentralisées à Abidjan pour des raisons logistiques et politiques. La disparition de ce programme a laissé un vide en termes de développement équilibré des territoires.
Un plaidoyer pour la relance des fêtes tournantes
Plusieurs voix, dont celles de collectivités territoriales, d’élus locaux et d’anciens fonctionnaires, appellent aujourd’hui à la reprise des fêtes tournantes, au regard des impacts structurels positifs observés à l’époque. « C’était un moment de rayonnement régional, mais surtout un outil de planification territoriale. L’État se rapprochait des populations et investissait directement dans leurs besoins », témoigne certaines autorités.
Alors que la Côte d’Ivoire s’apprête à célébrer, le 7 août 2025, le 65e anniversaire de son accession à la souveraineté nationale dans la ville de Bouaké, ce retour des festivités tournantes marque un symbole fort de continuité et de renouveau. Comme dans les décennies passées, la deuxième ville du pays s’apprête à bénéficier d’importantes retombées économiques, infrastructurelles, culturelles et sportives. Une preuve tangible que l’esprit de développement impulsé par l’indépendance demeure toujours vivant, au service de l’unité nationale et du progrès partagé.
(AIP)
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