Yamoussoukro, 8 mars 2026 (AIP) – Vingt-cinq responsables de coopératives piscicoles venus de plusieurs régions de Côte d’Ivoire ont achevé samedi 7 mars 2026, à l’Institut national polytechnique Félix Houphouët-Boigny (INPHB) de Yamoussoukro, une session de formation consacrée à la gestion des alevins dans la pisciculture du tilapia, dans le cadre du programme Fish4ACP.
Selon l’enseignant-chercheur à l’INPHB, Dr Yapi Yapo Magloire, cette formation s’inscrit dans un projet mis en œuvre par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), avec l’appui financier de l’Union européenne et de la coopération allemande, visant à renforcer les capacités des acteurs de la filière piscicole.
« Ce programme accompagne les acteurs de la filière tilapia, notamment les producteurs d’aliments, les pisciculteurs ainsi que les techniciens et agents gouvernementaux qui les encadrent », a expliqué Dr Yapi Yapo Magloire.
La session de formation, prévue sur cinq jours, a porté principalement sur la gestion des alevins, une étape jugée déterminante pour améliorer la productivité des élevages piscicoles.
Intervenant au cours de cette session, Dr Quenum Crespin-Luc, enseignant-chercheur à l’INPHB, a expliqué que cette phase constitue un moment clé du cycle de production en aquaculture.
Selon lui, la formation visait à renforcer les compétences des participants sur les techniques de gestion des alevins, notamment le choix d’alevins de qualité, l’identification des écloseries fiables, ainsi que les bonnes pratiques liées à la réception, au conditionnement, à la mise en quarantaine et au pré-grossissement avant la phase de grossissement.
Il a souligné que cette étape, qui intervient après la reproduction, conditionne en grande partie la croissance des poissons, la productivité des exploitations et les revenus des producteurs.
Dr Quenum Crespin-Luc a également relevé que de nombreux pisciculteurs utilisent encore des alevins dont l’origine ou la qualité ne sont pas toujours maîtrisées, ce qui peut affecter les performances de production. Il a donc invité les participants à améliorer leurs pratiques afin d’obtenir de meilleurs rendements dans leurs exploitations.
Les participants, qui sont des représentants de coopératives piscicoles, ont pour mission de relayer les connaissances acquises auprès des autres membres de leurs organisations dans leurs localités respectives.

Le choix du tilapia s’explique par son importance dans la pisciculture ivoirienne. « En Côte d’Ivoire, le tilapia est le poisson le plus élevé par les pisciculteurs. C’est pourquoi la FAO a misé sur cette espèce pour accroître la production nationale », a précisé Dr Yapi Yapo Magloire.
La production halieutique nationale reste encore faible au regard de la demande. La Côte d’Ivoire produit environ 8 000 tonnes de poissons par an, alors que la consommation nationale dépasse 800 000 tonnes, ce qui oblige le pays à importer la majeure partie de ses besoins.
Le programme Fish4ACP ambitionne ainsi de contribuer à l’augmentation de la production nationale de poissons pour atteindre environ 60 000 tonnes, afin de réduire la dépendance aux importations et la sortie de devises.
Dans ce dispositif, l’INPHB joue un rôle central en assurant la formation des pisciculteurs, l’accompagnement des producteurs d’aliments pour poissons afin d’améliorer leur compétitivité, ainsi que le renforcement des capacités des techniciens et agents publics impliqués dans le développement de la pisciculture.
La formation comprend également des échanges avec des professionnels du secteur. À Toumodi, les participants ont visité l’écloserie Fish Farm Success, dirigée par le pisciculteur Habib Coulibaly, qui leur a présenté les techniques de production d’alevins.
« Nous produisons des alevins de tilapia gris de souche brésilienne et des alevins de tilapia rouge de souche thaïlandaise. Nous produisons en moyenne 200 000 alevins par mois, avec une capacité pouvant atteindre 500 000 alevins », a-t-il indiqué.
Pour ce professionnel, l’aquaculture représente un secteur porteur en Côte d’Ivoire, compte tenu de la forte demande en poissons.
« Les besoins sont énormes. Chaque année, la Côte d’Ivoire enregistre plus de 500 milliards de francs CFA de sorties de devises pour l’importation de poissons. Pourtant, l’aquaculture locale ne produit qu’environ 10 000 tonnes, alors qu’environ 70 000 tonnes de tilapia sont importées chaque année », a-t-il souligné.
Selon lui, le développement du secteur nécessite un environnement des affaires plus favorable afin de permettre aux producteurs locaux de rester compétitifs face aux importations de poissons congelés.
(AIP)
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