Abidjan, 28 mars 2026 (AIP)– La présidente de la commission des femmes de la Centrale ivoirienne des syndicats libres (CISL) « Dignité », Mme Kobri épouse N’Yobo Gisèle, a lancé, samedi 28 mars 2026 un plaidoyer pressant en faveur de la ratification et de la mise en œuvre effective de la Convention 190 de l’Organisation internationale du travail (OIT), relative à la lutte contre la violence et le harcèlement dans le monde du travail.
S’exprimant au siège de la Centrale à Cocody II Plateaux, lors d’une conférence de presse organisée autour du thème « Justice pour toutes : agir pour les femmes et les jeunes filles en Côte d’Ivoire pour un monde du travail sans violence ni harcèlement », la responsable syndicale a exhorté l’État ivoirien à s’engager « immédiatement » dans ce processus, avec pour objectif une application effective d’ici fin 2026.
Dans son intervention, Mme N’Yobo Gisèle a dressé un tableau préoccupant de la situation des Violences basées sur le genre (VBG) en milieu professionnel. Malgré l’adoption de la loi n°2021-894 relative à la protection des victimes de violences domestiques et sexuelles, elle estime que les dispositifs actuels restent insuffisants pour prévenir, combattre et éradiquer ces fléaux.
Elle a souligné que les violences et le harcèlement – qu’ils soient verbaux, psychologiques, physiques, sexuels ou encore liés au cyberespace – touchent l’ensemble des travailleurs, aussi bien dans les secteurs formels qu’informels, avec une incidence particulière sur les femmes et les jeunes filles.
Ces pratiques, a-t-elle insisté, portent atteinte à la dignité humaine, affectent la santé des victimes et compromettent la productivité économique du pays.
S’appuyant sur des données officielles, la conférencière a relevé une hausse continue des cas de VBG en Côte d’Ivoire, passant de 8 862 cas en 2023 à plus de 10 500 cas enregistrés en 2025, traduisant à la fois l’ampleur du phénomène et une amélioration des mécanismes de signalement.
Face à cette situation, Mme N’Yobo Gisèle a insisté sur l’importance de la Convention 190 de l’OIT, adoptée en 2019, qu’elle a qualifiée de « premier instrument international contraignant » en matière de lutte contre la violence et le harcèlement liés au travail.
Elle a rappelé que ce texte offre un cadre global permettant de prévenir, sanctionner et éliminer ces pratiques, tout en imposant aux employeurs des obligations claires en matière de protection des travailleurs.

Dans la même dynamique, elle a invité les autorités ivoiriennes à s’inspirer du succès de la Convention 189 sur les travailleuses et travailleurs domestiques, dont la mise en œuvre a permis des avancées notables en matière de protection sociale.
« Cette ratification n’est pas une formalité, mais un engagement moral, social et politique », a-t-elle martelé.
Elle permettra, selon elle, d’élaborer des protocoles nationaux de prévention et de traitement des VBG, de former les managers et collègues au repérage et à l’accompagnement des victimes ainsi que de négocier collectivement des accords d’entreprise plus protecteurs, avec sanctions contre les auteurs.
Au-delà de la ratification, la présidente de la commission des femmes de la CISL-Dignité a proposé une série d’actions concrètes, notamment la mise en place de formations obligatoires en entreprise, la création de cellules d’écoute anonymes, le renforcement de l’accompagnement juridique des victimes et la négociation d’accords collectifs plus protecteurs.
Elle a également appelé à une mobilisation collective impliquant l’État, le patronat, les syndicats, les médias et la société civile, saluant au passage les initiatives du Comité intersyndical pour la ratification de la Convention 190 en Côte d’Ivoire.
S’adressant directement aux autorités, Mme N’Yobo Gisèle a conclu par un appel solennel : « La Côte d’Ivoire, membre fondateur de l’OIT, doit montrer l’exemple. Ratifiez la Convention 190 et agissons ensemble pour éradiquer les violences en milieu professionnel ».
À travers cette conférence de presse, la CISL-Dignité entend maintenir la pression sur les décideurs afin de garantir, à terme, un environnement de travail sûr, inclusif et respectueux de la dignité de tous, en particulier des femmes et des jeunes filles.
(AIP)
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