(Envoyée spéciale : Awa Diaby)
Casablanca, 4 mai 2026 (AIP)- Des experts internationaux ont plaidé lundi 4 mai 2026 pour la mise en place d’écosystèmes financiers durables afin de garantir la continuité des soins en Afrique, face à la diminution progressive de l’aide extérieure, lors d’un panel tenu dans le cadre de la première édition du GITEX Future Health Africa à Casablanca au Maroc.
Les intervenants du panel « sur le financement de la santé » ont souligné que le moment est venu pour les pays africains de repenser leurs modèles de financement, en s’appuyant davantage sur le capital domestique, les fonds souverains et des partenariats public-privé axés sur les résultats, afin d’assurer la disponibilité continue des services de santé.
L’ancienne ministre française de la Santé, Agnès Buzyn, a souligné la nécessité de concevoir des systèmes de santé fondés sur l’universalité, l’équité et l’égalité d’accès, avec un rôle central de l’État en tant que régulateur et garant de la structuration du secteur. « La visibilité pluriannuelle des investissements est une approche intégrée prenant en compte à la fois les soins primaires et les hôpitaux, ainsi qu’une meilleure articulation entre les différents niveaux du système de santé », a t-elle ajouté.
Selon elle, la baisse de l’aide internationale constitue une opportunité pour l’Afrique de bâtir des systèmes plus résilients et souverains, en misant notamment sur la transformation numérique, la télémédecine et l’exploitation des données pour améliorer l’efficacité des soins.
Mme Buzyn a également souligné que le digital ne saurait se substituer à la gouvernance, appelant à son utilisation comme levier d’efficience plutôt que comme solution unique.
« Le numérique s’est imposé comme un levier de modernisation des soins, notamment à travers le développement de la télémédecine. Les données constituent désormais un troisième pilier essentiel, contribuant à rendre les systèmes de santé plus efficaces. Toutefois, des faiblesses subsistent, notamment dans la capacité à relier les mécanismes de financement aux résultats en matière de santé, ainsi que dans l’adéquation entre les modes de financement et les besoins réels des populations », a-t-elle prévenu.
Pour elle, le digital revêt toute son importance lorsqu’il améliore l’efficience du système. Il doit être positionné de manière stratégique, sans pour autant se substituer à la gouvernance de la santé. Le secteur entre par ailleurs, dans une période marquée par une grande vulnérabilité et des risques accrus, avec un déficit de financement significatif, susceptible d’accentuer les inégalités dans l’accès aux soins.
« Dans ce contexte, la mise en place d’un plan de transition progressif s’impose, en perspective de la baisse des financements extérieurs, avec un rôle central de coordination dévolu aux États. À titre de comparaison, les dépenses de santé représentent en moyenne 9,9 % des budgets dans les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), ce qui souligne la nécessité pour les pays africains de renforcer leurs investissements. L’objectif demeure la construction d’un système de santé à la fois souverain et solidaire », a t-elle fait observer.
De son côté, le directeur général de l’Alliance du Vaccin (Gavi), Björn Gillsäter, a attiré l’attention sur la fragmentation des mécanismes de financement, estimant qu’il est essentiel de privilégier des dispositifs unifiés et cohérents.
« Il est nécessaire de protéger les ménages, en évitant des systèmes qui alourdiraient leurs dépenses de santé, et en conditionnant les financements à des résultats concrets en matière de santé publique », a souligné M. Björn.
L’aide extérieure versée par les pays membres du Comité d’aide au développement (CAD) et ses associés a chuté en 2025, affichant un recul de 23.1 % en termes réels par rapport à 2024, soit la plus forte baisse jamais enregistrée dans l’histoire de l’aide publique au développement (APD), d’après les données préliminaires recueillies par l’OCDE.
(AIP)
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