Tiassalé, 11 mai 2026 (AIP) – Le village de Bôdô, situé au PK 108 de l’autoroute du Nord, dans la commune de N’douci, renoue timidement avec la vie, a constaté l’AIP à la mi-journée du lundi 11 mai 2026.
Si la présence dissuasive des forces de l’ordre à l’échangeur de l’autoroute menant au village témoigne encore de la fragilité de la situation, à l’intérieur de la localité, la circulation des motocyclettes et des tricycles, ainsi que la reprise des activités commerciales dans et autour du marché, traduisent un retour progressif à la normale, malgré la peur persistante.
Venu effectuer des achats au marché pour son épouse restée à la maison avec les enfants, Élisée Adou confie être encore traumatisé par les détonations des grenades lacrymogènes et les nuages de fumée. Il explique avoir demandé à sa famille de demeurer à l’abri, par mesure de précaution.
Mme N’degbeu Adjoua Odile, également présente au marché pour faire des provisions, se veut toutefois rassurante. Selon elle, le simple fait de pouvoir sortir de chez soi constitue déjà une avancée notable vers un retour à la normalité. « Nous avons passé toute la nuit de samedi à dimanche sans mettre le nez dehors. Dieu merci, j’ai pu sortir aujourd’hui pour acheter de quoi nourrir les miens », a-t-elle déclaré.
Du côté des commerçantes, l’on déplore surtout l’insuffisance des produits vivriers ainsi que les importantes quantités de denrées perdues et jetées. Mme Irié Florence se félicite néanmoins de la reprise des activités, ce qui lui permet de limiter ses pertes. Elle lance également un appel aux populations afin de les rassurer sur l’amélioration de la situation.
En dépit d’une affluence encore loin des grands jours, la circulation demeure fluide et ceux qui le peuvent vaquent à leurs occupations. Ce n’est toutefois pas le cas de nombreux opérateurs économiques dont les magasins restent fermés, soit parce qu’ils n’ont pas encore regagné le village, soit par crainte d’éventuels débordements, apprend-on.
Une visite dans les établissements primaires et secondaires a permis de constater que les cours n’avaient pas repris ce lundi. Au groupe scolaire II de Bôdô, les enseignants étaient réunis autour d’un repas offert par leur collègue Yavo N’dré. Ils ont assuré que les salles de classe avaient été ouvertes dans la matinée, mais faute d’élèves, elles ont été refermées à la mi-journée, avec l’espoir de voir les élèves de CM2 revenir dès mardi pour les révisions précédant l’examen d’entrée en sixième prévu le 18 mai.
Mme Traoré Finin, enseignante à la maternelle du même groupe scolaire, indique pour sa part avoir déjà libéré les tout-petits depuis la semaine écoulée. Dans les rues du village, des jeunes, regroupés par petits groupes, échangent entre eux tout en observant les visiteurs avec méfiance, les prenant parfois pour des agents des forces de l’ordre en civil. Ils refusent d’être photographiés et déclinent toute interview.
La situation à Bôdô connaît une accalmie depuis dimanche, à la suite d’une rencontre entre le maire de N’douci, Maître Marcellin Golé, les populations et les forces de l’ordre. Cette médiation est intervenue après les vives tensions opposant les habitants aux forces de sécurité, tensions qui avaient éclaté samedi soir avant de s’atténuer dans la matinée.
Une cinquantaine de jeunes ont été interpellés pendant et après les événements, lesquels ont entraîné la destruction de plusieurs biens appartenant à des particuliers, dont ceux du chef du village.
(AIP)
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