En Côte d’Ivoire, plusieurs personnalités, dont un journaliste, un musicien et un religieux, ont été la cible de campagnes visant à les présenter comme homosexuels afin de les discréditer.
Ce rapport examine trois campagnes de désinformation coordonnées qui ont pris pour cible des personnalités ivoiriennes : le journaliste Daouda Coulibaly, le musicien Tiken Jah Fakoly et l’homme religieux Camille Makosso. Ces campagnes ont été menées par des réseaux de comptes Facebook principalement pro-AES (Alliance des États du Sahel), utilisant des images manipulées et du contenu généré par IA pour diffuser de fausses informations sur la sexualité de ces personnalités. Ces publications accusaient ces personnalités d’homosexualité, les qualifiant souvent avec des termes péjoratifs comme « woubi », un argot ivoirien. L’objectif était de nuire à leur réputation.
Ces campagnes suivaient un schéma récurrent. Elles utilisaient des visuels trompeurs ou fabriqués de toutes pièces comme prétendues « preuves », les partageaient dans des groupes Facebook, puis les amplifiaient par des copier-coller et des partages massifs.
L’homosexualité reste un sujet sensible et est criminalisée dans la plupart des pays africains. L’ampleur de ces campagnes montre comment des techniques de manipulation peu coûteuses, combinées à une amplification coordonnée, sont utilisées comme une arme pour faire taire ou discréditer les voix perçues comme critiques à l’égard de l’AES.
En Côte d’Ivoire, l’homosexualité n’est pas illégale et n’est pas criminalisée en soi, mais elle n’est pas légalement reconnue et fait l’objet d’une forte stigmatisation sociale. En revanche, ses voisins de l’Alliance des États du Sahel (AES) criminalisent l’homosexualité. À la suite de la modification du Code pénal malien en 2024, le Burkina Faso a adopté en 2025 des lois punissant les actes homosexuels d’une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à cinq ans. Au Niger, bien que l’homosexualité ne soit pas explicitement illégale, elle reste fortement stigmatisée et peut faire l’objet de poursuites en vertu des lois sur les « comportements indécents ».
Narratifs
Entre décembre 2025 et le 17 mars 2026, l’espace médiatique ivoirien a été dominé par une série de campagnes de dénigrement visant des personnalités publiques qui avaient précédemment critiqué l’AES. Trois campagnes principales ont pris de l’ampleur au cours de cette période.
La première, et la plus importante, s’est déroulée du 23 au 31 décembre 2025 et visait le journaliste ivoirien Coulibaly. Les comptes pro-AES le présentaient comme un critique virulent des pays de l’AES. La deuxième campagne, menée du 11 au 14 février 2026, visait le musicien Fakoly à la suite d’une interview dans laquelle il avait déclaré que le bloc de l’AES avait été formé pour éviter la tenue d’élections législatives. La troisième, qui s’est déroulée du 3 au 17 mars 2026, visait Makosso, un influenceur et pasteur qui aurait condamné la tentative de coup d’État au Bénin. Dans les trois cas, les principaux acteurs derrière ces campagnes semblaient être des internautes des pays de l’AES, en particulier du Burkina Faso.

Coulibaly est un homosexuel abandonné par sa femme
Entre le 26 décembre 2025 et le 1er janvier 2026, deux réseaux distincts de comptes Facebook ont coordonné des publications qualifiant le présentateur de Life TV, Coulibaly, de « woubi » (homosexuel).
Le premier réseau, composé de 13 comptes (1, 2, 3), a utilisé la technique du copypasta pour diffuser des allégations affirmant que Coulibaly entretenait une relation homosexuelle avec une personnalité publique dont l’identité n’a pas été révélée, et que cela avait conduit sa femme à le quitter. Ces comptes ont partagé 24 publications (1, 2, 3), qui ont généré 1 590 984 vues et 5 590 interactions. Les publications incluait une photo manipulée montrant Coulibaly vêtu d’une robe verte et d’une perruque afin de le faire passer pour une femme.
Les publications déclaraient : « L’une des nombreuses raisons qui ont poussé Mme Coulibaly à quitter son mari est sa déviation depuis son entrée en politique. » Elles ajoutaient qu’il s’agissait d’« un choix de vie abominable qui ruine toute une famille ».

Le deuxième réseau, composé de 18 comptes (1, 2, 3), a utilisé la technique du « copypasta » pour relayer l’affirmation qu’une série d’images divulguées provenant du téléphone de Coulibaly prouvaient qu’il était un « woubi ». Dans une publication, on pouvait lire : « Tu vas devoir expliquer pourquoi tu gardais ces images sur ton téléphone. Et voici l’une des photos les plus saines que nous ayons trouvées sur le téléphone de ce pseudo-chroniqueur tristement célèbre, ce soi-disant journaliste. » L’auteur ajoutait que c’était « l’une des raisons qui auraient poussé Mme Coulibaly à faire ses valises » et à le quitter.
Ces publications présentaient une image générée par IA de Coulibaly debout à côté d’une voiture dans les bras d’un homme non identifié, dont le visage était masqué, accompagnée d’un texte déclarant : « Nous ne pardonnons pas, nous n’oublions pas, et il n’y a aucune pitié. C’est un combat, et tous les coups sont permis. Quand on sait qu’on a tort, on évite de provoquer et d’insulter les gens » . Ces publications pouvaient donc être considérées comme une forme de représailles. Ces comptes ont partagé au moins 24 publications Facebook (1, 2, 3), qui ont reçu 3 978 interactions et 887 832 vues.
Plus de 1 300 commentaires sous la première publication relayant cette affirmation contiennent des propos homophobes. Parmi les personnes qui ont commenté, une partie encourageait la diffusion d’autres images de ce type, mais une minorité a critiqué ces commentaires.

Aucune autre source en ligne n’a été identifiée lors d’une recherche par image. Des outils de détection de l’IA, comme Truthscan AI Image Detector et Hive Moderation, ont déterminé que ces images avaient été générées par l’IA(1, 2) avec un degré de certitude d’au moins 95 %. L’image de Coulibaly en tenue féminine a été retouchée et n’a pas été générée par l’IA.

D’autres publications sont allées plus loin en affirmant que Coulibaly et sa femme s’étaient séparés en raison de son orientation sexuelle, bien qu’aucune de ces informations n’ait été vérifiée de manière indépendante. Quatre publications Facebook (1, 2, 3, 4) ont relayé l’affirmation suivante : « Ninja Turtle laisse entendre que sa femme ne l’a pas quitté. Pourtant, plusieurs témoins confirment la véracité des rumeurs concernant l’état actuel de son mariage, dont la situation est complètement chaotique. » Ces publications ont généré 2 022 interactions et 291 500 vues au total.
Coulibaly est souvent surnommé « tortue ninja » ou « crapaud » et certains le qualifient d’« homme le plus laid d’Afrique de l’Ouest ».

Ce n’est pas la première fois que Coulibaly est la cible de telles attaques. Selon le média Quoideneuf, il a quitté Facebook en mai 2025, invoquant une « méchanceté gratuite ». Le média a indiqué qu’il faisait l’objet de critiques et de moqueries depuis des années, notamment en raison de son apparence physique et de ses opinions politiques. Abidjanshow a également rapporté le 15 juillet 2024 que le journaliste avait menacé de poursuites judiciaires les personnes qui continuaient à le harceler.
La plupart des comptes relayant les publications contre Coulibaly sont des comptes pro-AES, et la plupart sont basés au Burkina Faso. Certains de ces comptes, tels que Zone Presse — Relais, ont déjà été signalés pour diffuser régulièrement de la désinformation, en particulier envers la Côte d’Ivoire.
L’une des raisons de ces critiques persistantes (1, 2) semble être la position perçue de Coulibaly à l’encontre des États membres de l’AES, qui a suscité des réactions négatives de la part des internautes de ces pays. Ainsi, entre le 23 décembre 2023 et le 13 janvier 2026, environ 200 publications Facebook (1, 2, 3) ont relayé des propos diffamatoires à son encontre, affirmant notamment qu’il avait « le visage d’une mégère » et qu’il intervenait dans des interviews pour semer le chaos dans les pays de l’AES. Ces publications ont enregistré 2 551 073 vues et 40 788 interactions.

La Fédération internationale des journalistes (FIJ) a déclaré le 31 décembre 2025 que les intimidations dont ont fait l’objet Jean-Claude Coulibaly, président du Syndicat national des journalistes de Côte d’Ivoire (UNJCI), ainsi que Daouda Coulibaly, notamment sur les réseaux sociaux, visaient à les réduire au silence. Elle a ajouté qu’informer, analyser et critiquer n’étaient pas des crimes, mais qu’ils constituaient le cœur même du journalisme.
Fakoly est homosexuel et fait office de « porte-parole » des impérialistes
Fakoly a également été la cible de publications le qualifiant de membre de la communauté LGBTQ+, la majorité d’entre elles étant accompagnées d’images retouchées.
Suite à une interview accordée à la chaîne allemande Deutsche Welle (DW) le 11 février 2026, dans laquelle il critiquait les dirigeants de l’AES pour « rester unis afin d’éviter la tenue d’élections », une vague de réactions négatives s’est abattue, provenant principalement de comptes pro-AES, anti-impérialistes et pro-russes. Sur Facebook, des internautes ont qualifié Fakoly de « perroquet des impérialistes » et de « woubi », un terme péjoratif désignant les homosexuels. Ces deux discours, alimentés par des images manipulées et des tactiques de copypasta, révèlent les mécanismes coordonnés visant à discréditer une voix critique à l’égard des juntes sahéliennes.
Entre le 11 et le 14 février 2026, des images retouchées ont dépeint Fakoly comme un perroquet dans le but de faire croire qu’il se faisait l’écho de la rhétorique occidentale. Des publications affirmaient qu’il avait été payé pour abandonner la lutte anti-impérialiste et qu’il participait à une campagne visant à déstabiliser les États du Sahel.
Une analyse chronologique a permis d’identifier le compte « Conseil National de la Révolution », qui défend une position pro-AES et anti-impérialiste, comme étant à l’origine de la campagne. Sa publication du 12 février 2026, à 21 h 35, contenait la première version de la publication qui a ensuite été reprise par d’autres comptes. Cette publication initiale a servi de modèle aux nombreuses publications copiées-collées qui ont suivi, confirmant ainsi la coordination des campagnes. La publication a recueilli 21 200 vues et 294 interactions, dont 48 partages.
Au cours de cette période d’analyse, 27 publications (1, 2, 3, 4, 5) ont utilisé cette image et le terme « perroquet » pour décrire l’artiste, générant un total de 1 456 716 vues et 12 842 interactions, dont 1 083 partages.
Ces publications utilisaient deux versions d’images manipulées. L’une montrait le visage de Fakoly superposé au corps d’un perroquet gris du Gabon (Psittacus erithacus), tandis que la seconde plaçait sa tête sur le corps d’un perroquet combiné aux traits humains d’une femme en jupe. Ces manipulations visuelles le présentaient comme un « perroquet de l’Ouest » et ont préparé le terrain pour des critiques ultérieures sur sa sexualité.

La publication la plus virale provenait du compte Dikalove Ladouce, qui qualifiait l’artiste de « traître envers l’Afrique » et de « fléau pour la race noire », générant 1,1 million de vues, 6 106 interactions et 406 partages.
Les commentaires sous ces publications étaient majoritairement hostiles. Parmi les expressions les plus récurrentes figuraient « griot de l’Occident », « Laisse l’AES tranquille » et « Pourquoi as-tu changé de camp ? ». Une minorité a défendu le droit de l’artiste à exprimer ses opinions politiques et a souligné qu’il avait critiqué de nombreux régimes africains par le passé.
Au cours de la même période, 38 autres publications, utilisant la technique du copypasta (1, 2, 3, 4, 5), ont accusé l’artiste d’être un « woubi ». Ce terme est principalement utilisé en Côte d’Ivoire et en Afrique de l’Ouest comme une insulte à l’encontre des homosexuels. Ces publications utilisaient des images manipulées montrant la tête de Fakoly sur le corps d’une femme et, dans certains cas, sur les genoux du président français Emmanuel Macron. Au total, ces 38 publications ont généré 1 995 284 vues et 12 785 interactions, dont 3 052 partages. Sur les images ci-dessous (à gauche, à droite), les deux images retouchées utilisaient des remarques à caractère sexuel pour diffamer Fakoly.


La campagne a également eu recours à des vidéos générées par l’IA. Le 13 février 2026, un compte Facebook a publié une vidéo créée à l’aide de l’outil PixVerse.ai. Le filigrane de PixVerse.ai est visible dans la vidéo, où le visage de Fakoly est superposé au corps d’une femme, avec le visage d’un perroquet gris du Gabon. La vidéo a été visionnée 13 900 fois et a suscité 91 interactions, dont trois partages.
Un autre compte a publié une vidéo montrant le visage de l’artiste superposé au corps d’une femme dansant dans une tenue dorée. La légende disait : « PUTEN DJA », utilisant ses initiales pour le traiter de pute. La vidéo utilisait également l’expression « Tiken woubi » (Tiken gay). La vidéo a été visionnée 388 fois et a suscité 24 interactions, dont 6 partages.

Les commentaires sous ces deux vidéos (1, 2) étaient mixtes. Certains reprenaient le discours péjoratif sur les « woubi », tandis que d’autres défendaient Fakoly. Une majorité s’est montrée critique à son égard, utilisant des termes tels que « woubicratie » ou déclarant : « Vous qui chantiez “woba woba” à l’époque ; maintenant qu’il faut prendre la parole, on voit qui vous êtes vraiment. « Hypocrites ». Une minorité l’a défendu en approuvant ses opinions, affirmant : « Tiken Jah vous dit la vérité et vous faites semblant de ne pas la voir », « La vérité fait mal, n’est-ce pas ? » et « Il est plus âgé que nous et, selon les traditions africaines, nous lui devons le respect même s’il a exprimé son opinion. »
Makosso « filmé » en train d’avoir des relations sexuelles avec un homme
À la suite de la tentative de coup d’État au Bénin le 7 décembre 2025, l’influenceur et pasteur ivoirien Camille Makosso a publié au moins sept posts sur Facebook condamnant le coup d’État. Dans deux vidéos (1, 2) publiées le 7 décembre sur Facebook, il a dénoncé l’implication présumée de l’influenceur géopolitique et pro-AES Kémi Séba, ainsi que de « certains pays de l’AES », dans cette tentative. Après l’annonce de l’attaque, Séba avait publié le même jour une vidéo sur Facebook célébrant la tentative de coup d’État.
Entre le 3 et le 7 mars 2026, deux groupes de comptes Facebook (1, 2) ont relayé des images manipulées censées montrer Makosso en train d’avoir un rapport sexuel avec un homme blanc, affirmant qu’il était un « woubi ».
Les premières publications de cette campagne, largement relayées principalement entre le 3 et le 4 mars 2026, ont utilisé la technique du copypasta pour publier 52 posts (1, 2, 3, 4) reprenant une publication Facebook du compte pro-AES « Zerbo Tidiane », qui publie principalement du contenu lié à l’AES. Ces publications affirmaient que le téléphone de Makosso avait été piraté lors d’une rencontre intime avec un « vieil homme blanc tatoué ». Elles ont été vues 176 164 fois et ont suscité 994 interactions. La publication a également été republiée sur sept groupes Facebook, ainsi que sur Instagram et TikTok.
L’un des posts déclarait : « L’appareil photo de son téléphone a été activé à des kilomètres de là pour immortaliser ce grand moment. Mais qu’est-ce qui se passe ? Ces yeux sont bien trop rouges ! Qu’est-ce qui se passe, mon pote ? Un conseil gratuit : ne laisse jamais tes appareils électroniques près de toi quand tu veux faire des bêtises. Ça ne pardonne pas. » Cela suggérait à tort que son téléphone avait enregistré la rencontre à son insu.

La deuxième série de publications de cette campagne, partagée entre le 4 et le 6 mars 2026, a utilisé la technique du « copypasta » pour diffuser 94 publications (1, 2, 3, 4) relayant une autre publication du même compte, Zerbo Tidiane. Cette publication utilisait une image censée montrer Makosso dans une situation intime avec le même homme blanc non identifié. Cette publication affirmait : « Ces images ont été capturées en activant à distance la caméra frontale du téléphone de notre cher révérend pasteur. » Ces publications ont recueilli 2 375 395 vues et 14 292 interactions.

La plupart des réactions étaient empreintes d’une moquerie acerbe. Certains commentaires utilisaient le terme « woubi » et se moquaient de ses expressions faciales. Quelques-uns ont signalé que ces images avaient été générées par l’IA ou retouchées de manière malveillante dans le but de nuire à sa réputation. Une petite partie des commentaires indiquait que son image publique avait peut-être été ternie par ses prétendus agissements privés.
Entre le 3 et le 6 mars 2026, sept comptes Facebook (1, 2, 3, 4, 5) basés dans des pays de l’AES ont utilisé la technique du copypasta pour diffuser une version modifiée de l’image que Tidiane avait publiée le 3 mars 2026. Cette version disait : « Ça n’a pas été facile, mais Makosso Camille va bien maintenant, contrairement aux rumeurs qui circulent selon lesquelles il serait dans le coma. Il a juré que c’était son dernier voyage de ce genre. Ce voyage était sûrement destiné à lui coûter la vie. Il marche avec une couche maintenant. Reste fort, mon pasteur TikTok. » Ces publications ont reçu 624 526 vues et 2 360 interactions. La publication a été partagée sur un groupe Facebook, Instagram et TikTok.
Dans les commentaires, certains internautes se sont montrés sceptiques, moqueurs ou inquiets, affirmant que les images ou les vidéos avaient été générées par l’IA ou retouchées de manière malveillante. Ils ont rejeté ces allégations, les qualifiant de « montage » destiné à nuire à la réputation du pasteur. Cependant, d’autres ont saisi l’occasion pour se moquer de Makosso avec des blagues grossières et des insultes homophobes, notamment le terme « woubi ». Une petite minorité a offert des prières ou des mots d’« encouragement », mais la plupart des commentaires rejetaient l’authenticité de la publication ou exprimaient le souhait de voir le « pasteur-tiktoker » humilié par le scandale.

En réponse, Makosso a partagé une vidéo sur son compte Facebook dans laquelle il affirme que des personnes issues des pays de l’AES utilisent des images manipulées pour ternir sa réputation, en réaction à sa condamnation de la tentative de coup d’État au Bénin. La vidéo a été visionnée 3,5 millions de fois et a suscité 30 100 réactions.

À la suite de la déclaration de Makosso, Tidiane a publié un post le 6 mars 2026 pour réitérer ses allégations. La publication comportait une capture d’écran d’une analyse prétendument réalisée par ChatGPT qui aurait prouvé l’authenticité de la vidéo de Makosso. Le post a généré 207 600 vues et 1 200 interactions.

Une analyse réalisée à l’aide de Hive Moderation et de Truthscan a révélé que les images n’étaient pas entièrement générées par ordinateur, ce qui indique que Tidiane a utilisé des techniques sophistiquées de retouche photo, peut-être un logiciel tel que Photoshop, pour les modifier. Les fonctionnalités avancées de Photoshop, notamment les filtres neuronaux, permettent de modifier les expressions faciales et les émotions sur une image (voir un exemple dans cette vidéo YouTube).

Une analyse plus approfondie réalisée à l’aide de l’API RealityDefender a révélé qu’une image partagée le 3 mars 2026 avait probablement été manipulée, avec un degré de certitude de 93 %.

Les techniques
Retouche trompeuse d’images (fausses images rudimentaires)
Cette technique a été utilisée sur Facebook pour discréditer Fakoly entre le 12 et le 14 février 2026. Les images manipulées montraient son visage et ses dreadlocks superposés sur le corps d’un perroquet gris du Gabon, tandis qu’une deuxième image plaçait sa tête sur le corps d’une femme. Au moins 65 publications Facebook (1, 2, 3, 4, 5) ont utilisé cette technique. Ces publications ont généré 1 456 716 vues et 25 627 interactions, dont 4 135 partages.
Utilisation des deepfakes
Cette technique a été utilisée sur Facebook pour amplifier les discours affirmant que Fakoly est un « larbin de l’impérialisme » et un « woubi ».
Le 13 février 2026, le compte Amdes Le Coutourou Kouanda a publié une vidéo créée à l’aide de l’outil PixVerse.ai. Le filigrane est visible dans la vidéo, qui superpose le visage de l’artiste sur le corps d’une femme, avec des couleurs et une texture rappelant celles d’un perroquet gris du Gabon, dans le cadre du discours sur le « perroquet des impérialistes ». La vidéo a été visionnée 13 900 fois et a suscité 91 interactions, dont trois partages.
Le même jour, le compte Yangbeogo Guigma a publié une vidéo superposant le visage de l’artiste sur le corps d’une femme dansant dans une tenue dorée. Elle était légendée « PUTEN DJA » et accompagnée du terme « woubi ». La vidéo a été visionnée 3 388 fois et a suscité 24 interactions, dont six partages.
Les médias manipulés
La manipulation des médias est une technique qui désigne toute altération intentionnelle de contenus visuels ou audiovisuels (images, vidéos, fichiers audio) visant à déformer la réalité perçue, à induire en erreur ou à renforcer un discours trompeur. Contrairement à la simple fabrication de fausses informations, cette technique consiste souvent à modifier des contenus authentiques afin de les rendre plus crédibles et plus difficiles à détecter.
Cette technique a été utilisée par Zerbo Tidiane dans la campagne de désinformation accusant Makosso d’être homosexuel. Zerbo a manipulé une image initiale de Makosso pour faire croire que ce dernier avait des relations sexuelles avec un autre homme.
Une analyse réalisée à l’aide d’outils tels que Hive Moderation et Truthscan a montré que les images n’étaient pas entièrement créées de toutes pièces, ce qui indique que Tidiane a utilisé des techniques sophistiquées de retouche photo, probablement un logiciel tel que Photoshop, pour les modifier.
Une analyse approfondie à l’aide de l’API RealityDefender a révélé qu’une image partagée le 3 mars 2026 par Tidiane avait probablement été manipulée, avec un degré de certitude de 93 %. Cela semble indiquer qu’il a utilisé une image d’origine et en a modifié l’expression faciale.
Acteurs
Les enquêtes menées sur les trois campagnes présentées dans ce rapport montrent qu’au moins 541 publications ont été mises en ligne entre le 17 décembre 2025 et le 7 mars 2026 par 236 comptes. Ces publications ont généré au total 14 061 654 vues et 124 688 interactions. Parmi ces comptes, certains ont publié des posts dans deux des campagnes (Zerbo Tidiane, Autorité Alpha) ou dans trois d’entre elles (Namoumba 11 Du Désert, Fierté Zerka). Certains comptes ont publié plus de 20 posts (Zerbo Tidiane, Yves Diesel) sur divers groupes publics.

Zerbo Tidiane
Zerbo Tidiane (@Burkinatourisme) est un compte Facebook comptant 35 000 abonnés. Il est lié au compte Instagram @tidibf, qui compte 644 abonnés. Selon les informations de transparence fournies par Facebook, ce compte est un profil pro-AES situé au Burkina Faso, bien que sa biographie indique Brooklyn, New York.
Tidiane, qui est surtout actif sur Facebook, a joué un rôle majeur dans les campagnes de diffamation contre Coulibaly et Makosso. Il aurait été le premier à publier les images présentées comme preuves dans ces deux campagnes.
Tidiane a été le premier à publier une image de Coulibaly habillé en femme le 26 décembre 2025, avant de la partager sur quatre groupes Facebook (1, 2, 3, 4). Le 30 décembre 2025, il a également été le premier à publier une image retouchée du journaliste dans les bras d’un autre homme. Il a publié 11 posts Facebook dans le cadre de la campagne contre Coulibaly, qui ont généré 3 043 800 vues et 17 265 interactions.
Dans le cadre de la campagne contre Makosso, Tidiane a été le premier à publier une image le 3 mars 2026, affirmant qu’elle provenait d’une prétendue sextape de Makosso avec un homme blanc, et l’a partagée dans les quatre mêmes groupes Facebook (1, 2, 3, 4). Le 4 mars 2026, il a publié une autre version de la même image, montrant Makosso dans la même pose mais avec une expression faciale différente. En publiant ces différentes versions de l’image, Tidiane cherchait à convaincre les gens que les images étaient des captures d’écran issues de la même vidéo. Il a publié 13 publications liées à la campagne, qui ont amplifié la rumeur concernant la prétendue sex tape de Makosso avec un autre homme. Ces posts ont généré 955 500 vues et 5 486 interactions.
Dikalove Ladouce
Dikalove Ladouce est un compte Facebook et TikTok qui se présente comme un créateur de contenu numérique basé à Bamako, au Mali. Le compte compte 5 300 abonnés sur Facebook et 161 sur TikTok. Il est connu pour sa position en faveur de l’AES, son opposition au gouvernement ivoirien et son hostilité envers l’influence occidentale au Sahel.
Plusieurs indices laissent penser qu’il ne s’agit pas d’un compte authentique. Sa photo de profil sur Facebook utilise une image de l’actrice Eva Longoria. Il s’agit d’une photo populaire de l’actrice trouvée sur Internet et utilisée par le compte, qui cherche activement à dissimuler son identité. Tout porte à croire qu’il s’agit d’un compte fantôme.
Ladouce est à l’origine de la publication la plus virale de la campagne visant Fakoly, décrivant l’artiste comme un « perroquet international… un traître à l’Afrique, un membre maudit de la race noire ». La publication a recueilli 1,1 million de vues, 6 106 interactions et 406 partages, ce qui en fait la publication ayant suscité le plus d’engagement de toute la campagne.
Ce rapport a été traduit et relu par Afane Badji, Traducteur de l’équipe iLAB. Il a été coécrit par les analystes d’investigation de l’équipe iLAB de CfA Eliud Akwei, Gedeon Esso, Landry Mbe Ndetatsin, Vanessa Manessong, Nyakerario J. Omari et les sentinelles locaux. Le rapport a été corrigé et édité par le responsable des investigation de l’équipe iLAB Jacktone Momanyi et l’Editeur en Chef Caleb Ojewale. l’éditeur en Chef Caleb Ojewale et l’éditrice de l’équipe iLAB, Jacqueline Mahugu. La recherche a été supervisée par l’analyste senior de CfA, Amanda Strydom et a été commandée par le rédacteur en chef de CfA Justin Arenstein.

