Abidjan, 10 juin 2026 (AIP) – La justice sénégalaise a condamné, lundi 8 juin 2026, un maître coranique à 20 ans de prison pour viols et actes pédocriminels commis sur 28 de ses élèves mineures dans une école coranique de Touba, à environ 200 km de Dakar.
L’accusé, Serigne Khadim Mbacké, issu d’une influente lignée maraboutique, a été reconnu coupable malgré ses dénégations tout au long de la procédure. Le tribunal a prononcé la peine maximale requise par le parquet pour des faits qualifiés de viol et de pédophilie.
L’affaire, connue sous le nom de « l’affaire de Keur Gol », du quartier où les faits se sont déroulés, avait éclaté en mars 2023 et suscité une vive émotion au Sénégal. L’enquête a été déclenchée après les révélations de deux sœurs âgées de 15 et 11 ans à l’époque, qui ont dénoncé les violences sexuelles répétées dont elles étaient victimes.
Les investigations menées par les familles et les autorités ont permis de recenser une cinquantaine de victimes présumées âgées de 7 à 16 ans au moment des faits. Vingt-huit jeunes filles et leurs parents ont finalement porté plainte et se sont constitués parties civiles, malgré des pressions et des tentatives de médiation visant à étouffer l’affaire.
Les certificats médicaux versés au dossier ont notamment révélé des pertes de virginité et des lésions chez plusieurs victimes. Après avoir pris la fuite, le maître coranique avait été arrêté par la police en juin 2023.
Pour Maître Kandiack François Senghor, avocat des parties civiles, cette condamnation constitue « un signal fort » dans un pays où le viol n’a été criminalisé qu’en 2020. Il estime qu’il s’agit de l’une des plus importantes affaires de pédocriminalité jamais jugées au Sénégal, en raison du nombre de victimes et du statut de l’accusé.
La chargée de la protection de l’enfance à l’Amnesty International Sénégal, Oumou Sya Sadio, a salué une décision « historique » qui contribue à lutter contre l’impunité des auteurs de violences sexuelles sur les enfants.
L’organisation de défense des droits humains appelle désormais les autorités sénégalaises à renforcer le contrôle des écoles coraniques et à adopter un cadre légal spécifique pour mieux protéger les enfants.
(AIP)
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