Abidjan, 09 juin 2026 (AIP) – Les profondes transformations de la gouvernance sanitaire mondiale, marquées notamment par le retrait des États-Unis de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et la réduction de plusieurs financements internationaux, suscitent de vives inquiétudes quant à l’avenir de la coopération sanitaire mondiale, en particulier en Afrique.
Cette analyse a été présentée lors d’un webinaire organisé le 4 juin 2026 par le Réseau des médias africains pour la promotion de la santé et de l’environnement (REMAPSEN) sur le thème « Nouvelle géopolitique sanitaire mondiale, quels enjeux pour l’Afrique ? ».
Selon la maîtresse de conférences associée au département de science politique de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Professeure Stéphanie Tchiombiono, ces évolutions traduisent un tournant majeur dans l’architecture de la gouvernance sanitaire internationale.
Elle a indiqué que bien que le retrait des États-Unis de l’OMS ne soit devenu effectif qu’en janvier 2026, Washington avait déjà suspendu ses contributions financières pour 2024 et 2025. Une décision lourde de conséquences, les États-Unis représentant près de 20% du budget de l’organisation, mais également un acteur scientifique majeur du système mondial de santé.
La chercheuse a également évoqué la stratégie américaine de santé mondiale « America First », annoncée en septembre 2025, ainsi que la suspension de plus de 90% des financements de l’USAID, qui ont fortement impacté les programmes de santé et d’aide humanitaire dans plusieurs pays.
Selon elle, ces décisions ont contraint de nombreux États et organisations à procéder à des restructurations, à des réductions d’effectifs et à une révision de programmes sanitaires prioritaires. Des programmes de prévention et de réponse aux urgences sanitaires, notamment en Afrique, ont été affectés, y compris dans des pays confrontés à des épidémies récurrentes comme la République démocratique du Congo.
Professeure Tchiombiono a par ailleurs souligné que ces évolutions interviennent dans un contexte d’augmentation des besoins sanitaires mondiaux, estimant qu’en 2100, près de 37% de la population mondiale sera africaine, contre environ 18 % aujourd’hui, avec des défis accrus liés aux maladies, aux crises humanitaires et aux effets du changement climatique.
Elle a également mentionné la tendance de certains pays, dont l’Argentine, à envisager un retrait de l’OMS, appelant à une refonte des mécanismes de financement et de gouvernance de la santé mondiale afin de garantir une réponse plus efficace aux crises futures.
Ce webinaire, qui a réuni une cinquantaine de journalistes, a été coanimé avec la directrice régionale des programmes d’Amref Health Africa pour l’Afrique de l’Ouest, Ida Rose Ndione.
(AIP)
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