Abidjan, 22 juil 2026 (AIP) – Le Parlement français a adopté définitivement, mardi 21 juillet, la loi d’urgence agricole, un texte destiné à soutenir le secteur agricole face aux effets du changement climatique et à la crise traversée par les exploitants, tout en suscitant de vifs débats sur la gestion de la ressource en eau et la protection de l’environnement.
Le texte prévoit notamment de doubler, d’ici à 2035, les capacités de stockage de l’eau destinée aux usages agricoles. Cette mesure vise à renforcer l’irrigation des cultures dans un contexte marqué par une sécheresse exceptionnelle et des épisodes climatiques de plus en plus fréquents.
La loi facilite la construction d’ouvrages de stockage d’eau, assouplit les règles relatives aux prélèvements et à l’irrigation, et renforce la représentation des agriculteurs dans les instances locales chargées de la gestion de l’eau.
Selon la chercheuse Gabrielle Bouleau, spécialiste des politiques de l’eau à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae), ces dispositions permettront de sécuriser l’approvisionnement en eau pour la production agricole, mais pourraient aussi modifier durablement l’équilibre entre les différents usagers de cette ressource.
Elle souligne que l’autorisation de construire plus rapidement des retenues d’eau, sans attendre certaines études d’évaluation des ressources disponibles, pourrait préserver les usages agricoles actuels sans garantir la disponibilité future de l’eau dans un contexte de changement climatique.
La chercheuse relève également que le renforcement du poids des agriculteurs dans les commissions locales de l’eau (CLE) et les instances de gestion des grands bassins hydrographiques pourrait conduire à privilégier les usages agricoles dans les arbitrages sur le partage de l’eau.
Le texte suscite ainsi les critiques de plusieurs organisations de défense de l’environnement, qui dénoncent un risque d’accaparement de la ressource en eau, une protection insuffisante des zones humides et un affaiblissement de la gouvernance environnementale.
La loi revient également sur certaines dispositions concernant les captages d’eau potable affectés par des micropolluants. Le gouvernement entend désormais concentrer les efforts sur les captages les plus pollués, estimant que tous les dépassements de seuils ne présentent pas nécessairement un risque sanitaire avéré. Cette orientation est contestée par plusieurs associations, qui plaident pour une prévention accrue de la pollution à la source plutôt qu’un traitement de l’eau après captage.
Adoptée dans un contexte de tensions croissantes autour de la gestion de l’eau, la loi d’urgence agricole entend répondre aux besoins de production et de souveraineté alimentaire, tout en relançant le débat sur le partage d’une ressource devenue stratégique.
(AIP)
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