Abidjan 22 juil 2026 (AIP) – Dans les ruelles de la Cité Fairmont, dans la commune d’Attécoubé, à Abidjan, les riverains s’étaient habitués à sa silhouette centenaire. A chaque rencontre, le patriarche Raphaël Baga, le sourire aux lèvres, prenait le temps d’échanger avec les passants et de partager une parole de foi. Il s’est éteint à l’âge de 110 ans le 22 mai 2026, laissant derrière lui une veuve, 16 enfants ainsi qu’une trentaine de petits et arrière-petits-enfants.
Au-delà de sa longévité exceptionnelle, l’homme laisse le souvenir d’un mystère : pendant plus d’une décennie, il avait annoncé à ses proches qu’il quitterait ce monde au cours de l’année 2026.
Une prédiction accueillie dans la sérénité
L’annonce de son décès suscite autant d’émotion que de fascination. Selon les témoignages recueillis lors des obsèques, le centenaire rassurait systématiquement sa famille dès que sa santé faiblissait avant l’échéance fixée.
« Chaque fois qu’il était souffrant et que nous nous inquiétions, il nous disait : « Ne vous inquiétez pas, ce n’est pas encore le moment, je partirai en 2026 ». Et c’est exactement ce qui s’est passé », raconte Abou Nicolas, son neveu et fidèle de l’Eglise du Christianisme Céleste Bethleem
D’après son fils, Abraham Banga, 38 ans, cette annonce était, selon son père, le fruit d’une révélation spirituelle. « Il disait que l’Esprit de Dieu lui avait révélé l’année de son départ », rapporte-t-il. « Au début, lorsqu’il était revenu de France, il donnait différentes dates. Puis il nous a expliqué que l’Esprit de Dieu lui avait révélé qu’il reculait l’échéance jusqu’en 2026 », ajoute-t-il.

Un parcours entre armée et engagement religieux
Né en 1916 à Lébam, dans la sous-préfecture de Guibéroua (centre-ouest ivoirien), Raphaël Baga a connu une vie marquée par le service et l’engagement.
Après ses études, il intègre l’armée française où il devient commando parachutiste. Au cours de sa carrière militaire, il effectue 23 sauts en parachute et sert notamment au Sénégal et au Soudan.
A l’approche de l’indépendance de la Côte d’Ivoire en 1960, les militaires ivoiriens engagés dans l’armée française sont appelés à rentrer au pays pour participer à la construction de la nouvelle armée nationale. Raphaël Baga choisit toutefois d’orienter sa vie vers le secteur civil.
A son retour en Côte d’Ivoire, il travaille dans une société de la place avant de s’installer en 1969 à la Cité Fairmont avec sa famille. C’est dans ce quartier qu’il va progressivement consacrer son existence à la foi.
Une vie dédiée à Dieu
A Cité Fairmont, le patriarche devient une figure respectée de la communauté chrétienne. Son engagement religieux lui vaut d’être consacré patriarche supérieur senior évangéliste au sein de son Église.
Son implication dans la vie spirituelle de la communauté se renforce au fil des années. En 1976, il est nommé président du comité paroissial de la province de Vridi-Plage, où il contribue au développement des activités religieuses.
Quelques années plus tard, vers 1985, il sollicite l’autorisation du responsable religieux de son église pour s’installer à Cité Fairmont et y créer la paroisse Bethléem. Cette initiative marque une étape importante dans l’histoire religieuse du quartier.
Il est élevé au rang de Patriarche Supérieur Seigneur Évangéliste, il devient une figure tutélaire du paysage religieux local.
La responsabilité et le pardon, ses valeurs cardinales
Pour ses enfants, Raphaël Baga laisse avant tout l’image d’un père attaché à deux valeurs essentielles : la responsabilité et le pardon.
Son sixième fils, André Baga âgé de 54 ans , se souvient d’un homme qui insistait constamment sur la nécessité d’assumer ses actes.
« Notre père nous réveillait souvent très tôt le matin pour nous enseigner la responsabilité. Il disait qu’un homme doit toujours répondre de ses actes et ne jamais fuir ses obligations », témoigne-t-il.
Selon lui, le patriarche répétait également que le pardon était une qualité indispensable pour vivre en harmonie avec les autres.
« Il disait qu’un responsable doit avoir le dos large et un ventre profond. Même lorsqu’on lui fait du mal, il faut savoir pardonner », ajoute son fils.
Pour Abraham Baga, son père était également un homme profondément attaché à Dieu et aux autres.
« C’est quelqu’un qui était toujours présent pour les autres. Même lorsqu’une personne lui faisait du mal, il continuait à lui donner des conseils », témoigne-t-il.

Rigueur, propreté et transmission des valeurs
Au-delà de la dévotion, ses enfants gardent le souvenir d’un père exigeant et pédagogue. Pour André Banga, son sixième fils, deux principes guidaient l’éducation du patriarche : la responsabilité et le pardon.
Un autre trait marquant du centenaire était son obsession de la propreté.
Au-delà de sa foi, Raphaël Baga était également connu pour son exigence en matière de propreté.
« Il pouvait se laver jusqu’à cinq fois par jour. Après chaque douche, il prenait une autre éponge pour laver les vitres et les murs, puis essuyait la pièce avant de sortir », se remémore son fils Abraham avec affection. Exigeant que la maison soit nettoyée deux fois par jour, il n’hésitait pas, lorsqu’il était plus jeune, à verser un seau d’eau au milieu du salon si le ménage du soir n’était pas fait à 19 heures, forçant ainsi ses enfants à s’exécuter.
Un homme de foi et d’intégrité
Dans la communauté religieuse, Raphaël Baga était décrit comme un homme droit et attaché à la vérité.
L’assistant vénérable Ola Samuel, chargé de la paroisse Akékoua, souligne que le patriarche avait horreur du mensonge et de l’injustice.
« C’était un homme intègre, un homme juste. Il n’aimait pas les mensonges et il défendait toujours la vérité », témoigne-t-il.
Malgré son âge avancé, Raphaël Baga continuait à participer aux activités religieuses. Jusqu’à ses derniers jours, il est resté fidèle à ses engagements spirituels.
Un départ dans la sérénité
Selon ses proches, le patriarche a quitté ce monde dans la paix. Avant son décès, il aurait demandé un verre d’eau avant de se coucher, puis se serait endormi paisiblement à son domicile. « Il est parti dans la paix du Seigneur », confie sa famille.
Sa disparition a suscité une vive émotion dans la commune d’Attécoubé, où habitants, autorités administratives, religieuses et coutumières lui ont rendu hommage.
Attécoubé célèbre la mémoire d’un patriarche
Une cérémonie d’hommage citoyen a été organisée à la mairie d’Attécoubé en présence des représentants des autorités municipales, des leaders religieux et des membres de sa famille.
Présidée par l’honorable Coulibaly Papa, représentant le ministre Paulin Claude Danho, député-maire d’Attécoubé et premier vice-gouverneur du district autonome d’Abidjan, cette cérémonie a salué la mémoire d’un homme dont la longévité, la foi et l’engagement communautaire ont marqué plusieurs générations.
La mairie a également remis des attributs symboliques à la veuve de Raphaël Baga, en reconnaissance des services rendus par le défunt à la communauté et à la Côte d’Ivoire.
Après les différents hommages, le patriarche Raphaël Baga a été conduit à sa dernière demeure au cimetière de Williamsville le samedi 18 juillet 2026, conformément aux rites religieux et aux traditions.
A travers son parcours, Raphaël Baga laisse l’image d’un homme de foi, de discipline et de conviction, dont la vie aura traversé plus d’un siècle d’histoire ivoirienne.
Son premier fils est âgé de 70 ans. Avant de fonder sa propre famille, le patriarche Raphaël Baga s’est d’abord consacré à l’éducation et à la prise en charge de ses neveux. Ce n’est qu’ensuite qu’il est devenu père.
(AIP)
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