Man, 27 juil 2026 (AIP)-Depuis dix ans, la Convergence globale des luttes pour la terre et l’eau ouest-africaine (CGLTE-OA) fédère des organisations paysannes, des mouvements sociaux et des acteurs de la société civile autour d’un même objectif : défendre les droits des communautés sur les ressources naturelles et promouvoir un modèle agricole capable d’assurer la souveraineté alimentaire des populations.
L’organisation est née en juin 2015 à Selingué, au Mali, à l’issue d’un processus engagé par plusieurs réseaux africains lors du Forum social africain de Dakar en 2014 puis du Forum social mondial de Tunis en 2015. À l’époque, les initiateurs du mouvement partageaient le constat que les communautés rurales de plusieurs pays étaient confrontées à des défis similaires liés à l’accès à la terre, à l’eau et à d’autres ressources indispensables à leur survie.
Quand la défense de la terre devient une cause commune
Dans de nombreuses localités d’Afrique de l’Ouest, la terre et l’eau restent les principales sources de revenus et de subsistance des populations. Cultiver, élever du bétail, pêcher ou transformer des produits agricoles dépend directement de l’accès à ces ressources. C’est cette réalité que la Convergence dit vouloir préserver en défendant également les semences paysannes, les forêts et la biodiversité.
Pour ses membres, les difficultés rencontrées par les communautés rurales ne se limitent pas aux questions foncières. Elles concernent aussi les effets du changement climatique, la dégradation des ressources naturelles, la disparition progressive de certaines semences locales et les menaces qui pèsent sur les systèmes agricoles traditionnels. La plateforme considère que ces enjeux sont étroitement liés à la sécurité alimentaire et au développement des territoires.
Partie des questions foncières, la Convergence a ainsi progressivement étendu son champ d’action à d’autres préoccupations des populations rurales. La souveraineté alimentaire, l’agroécologie paysanne, la préservation de la biodiversité, la justice sociale et la résilience face aux changements climatiques occupent désormais une place importante dans ses actions de sensibilisation et de plaidoyer.
Faire entendre la voix des communautés
Au cœur de la démarche de la Convergence se trouve la volonté de placer les communautés au centre des décisions qui concernent leur avenir.
Pour Massa Koné, porte-parole de l’organisation, les populations ne doivent pas être considérées comme de simples bénéficiaires des politiques de développement. « Nous voulons que les communautés puissent être acteurs du développement durable, pas seulement qu’elles subissent mais qu’elles soient promotrices », affirme-t-il.
Cette vision se traduit par des actions de formation, de sensibilisation et de plaidoyer destinées à renforcer les capacités des populations à défendre leurs droits et à participer aux débats sur la gestion des ressources naturelles. La plateforme encourage également une implication plus importante des femmes et des jeunes dans ces processus.
Miser sur les productions locales
Pour la Convergence, la souveraineté alimentaire passe aussi par une meilleure valorisation des richesses produites localement. L’organisation défend l’idée selon laquelle les communautés doivent pouvoir tirer davantage de revenus de leur travail et des ressources dont elles disposent.
« Il s’agit pour nous de valoriser notre production pour qu’on puisse vivre effectivement de cette production, qu’on puisse exporter cette production entre nous et qu’on puisse nous développer à partir de cette production », explique Massa Koné.
Cette orientation se traduit par un intérêt porté aux produits du terroir, à la protection des semences paysannes et aux initiatives permettant de mieux identifier et promouvoir les productions locales. L’objectif est de créer davantage de valeur au profit des producteurs tout en préservant les savoir-faire hérités des générations précédentes.
La caravane, un pont entre les peuples
Pour porter son message au plus près des populations, la Convergence s’appuie depuis 2016 sur la Caravane ouest-africaine « Droits à la terre et à l’eau, une lutte commune ». Cette initiative réunit périodiquement des organisations paysannes, des leaders communautaires, des acteurs de la société civile et des partenaires de plusieurs pays autour des questions liées à la terre, à l’eau et aux semences paysannes.
Lorsque la caravane fait étape dans une localité, les échanges portent souvent sur des préoccupations concrètes : accès aux terres cultivables, préservation des semences locales, protection des ressources en eau, valorisation des productions agricoles ou encore adaptation aux effets du changement climatique. Les rencontres permettent aux participants de partager leurs expériences et de découvrir des initiatives développées dans d’autres pays.
Au-delà de la sensibilisation, la caravane contribue à renforcer les liens entre les communautés de la sous-région. C’est d’ailleurs l’un des objectifs mis en avant par Massa Koné. « Nous sommes venus créer un trait d’union entre les communautés, leurs productions et les autres pays », souligne-t-il.
Une ambition qui dépasse les frontières
La Convergence ne limite pas son action aux villages et aux campagnes. Elle entend également faire entendre les préoccupations des communautés auprès des autorités locales, nationales et régionales. Son plaidoyer vise à favoriser une meilleure prise en compte des populations dans les politiques relatives au foncier, à l’agriculture, à l’environnement et à la gestion des ressources naturelles.
À travers son Livret vert, ses caravanes et ses actions de mobilisation, l’organisation cherche à construire un mouvement régional capable de relier des combats souvent menés séparément : la défense de la terre, la protection de l’eau, la sauvegarde des semences paysannes, la préservation de la biodiversité et la souveraineté alimentaire.
Dix ans après sa création, la CGLTE-OA poursuit ainsi son travail de terrain avec la conviction que l’avenir des communautés rurales passe autant par la protection des ressources naturelles que par leur capacité à les valoriser au bénéfice de ceux qui en vivent.
(AIP)
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