Abidjan, 22 oct 2026 (AIP) – Le gouvernement ivoirien a engagé la réhabilitation des terres dégradées par l’orpaillage clandestin, avec la remise provisoire, jeudi 15 octobre 2026 à Assafo, dans la région du Gontougo, de sites dépollués sous la supervision du Centre ivoirien antipollution (CIAPOL).
Cette opération intervient dans un contexte de renforcement de la lutte contre l’exploitation illégale de l’or, avec un objectif d’éradication du phénomène fixé à six mois par le Conseil national de sécurité (CNS).
Au-delà du démantèlement des sites clandestins, les autorités sont désormais confrontées à la nécessité de restaurer les espaces dégradés, de contrôler les risques de pollution et de favoriser la reconversion économique des exploitants illégaux. La pérennité des résultats dépendra notamment de la capacité à prévenir la réinstallation des orpailleurs et à permettre une réutilisation sûre des terres réhabilitées.
Une offensive sécuritaire renforcée
Réuni le 17 septembre 2026 sous la présidence du chef de l’État, Alassane Ouattara, le CNS a annoncé une série de mesures destinées à intensifier la lutte contre l’orpaillage clandestin, avec pour objectif d’éradiquer le phénomène dans un délai de six mois.
Le dispositif prévoit le renforcement des capacités opérationnelles des forces de défense et de sécurité, l’augmentation du nombre de brigades du Groupement spécial de lutte contre l’orpaillage illégal (GS-LOI) et le déploiement de 21 pelotons de sécurité fluviale chargés de surveiller les quatre grands fleuves du pays et leurs affluents.
Les autorités ont également annoncé un durcissement des sanctions contre les auteurs d’infractions liées à l’exploitation clandestine de l’or, ainsi qu’une responsabilisation accrue des personnes qui facilitent ces activités par le financement, la fourniture de moyens logistiques ou d’autres formes de complicité.
Un moratoire de six mois sur la délivrance des autorisations d’exploitation minière semi-industrielle et artisanale a, par ailleurs, été annoncé afin de renforcer le contrôle de la filière.
Ces mesures s’appuient sur plusieurs années d’opérations de répression. Entre 2021 et le premier semestre 2026, plus de 8 500 sites ont été déguerpis et 4 474 personnes déférées devant la justice. Les interventions ont également permis la saisie de plus de 960 millions de FCFA et d’environ 136 kg d’or.
Le 30 septembre 2026, les unités engagées dans cette lutte ont réceptionné des véhicules pick-up, des véhicules de transport de troupes, des motos, des embarcations et des drones destinés à améliorer leurs capacités d’intervention et de surveillance.
Malgré ces moyens et les résultats enregistrés, la persistance du phénomène pose la question de l’efficacité des opérations dans la durée. Le démantèlement des sites et les poursuites judiciaires doivent s’accompagner d’une surveillance continue des zones concernées et d’actions visant les réseaux qui soutiennent les activités clandestines.

À Tanda, la réhabilitation des terres se poursuit
Dans la région du Gontougo, les travaux de restauration des sites dégradés constituent l’un des volets de cette lutte. À Assafo, le ministre de l’Environnement et de la Transition écologique, Abou Bamba, a procédé, le 15 octobre 2026, au lancement des travaux de réhabilitation des terres affectées par l’exploitation illégale de l’or.
La cérémonie a été marquée par la remise provisoire de sites dépollués par la société IVOS, sous la supervision du CIAPOL, avec notamment l’appui d’Endeavour Mining aux travaux de réhabilitation.
« À Tanda, nous voyons aujourd’hui les premiers fruits d’un engagement résolu du Gouvernement pour combattre l’orpaillage illégal et réparer ses dommages », a déclaré le ministre, saluant la mobilisation de l’État, des entreprises partenaires et des communautés.
Selon les données arrêtées au 27 septembre 2026, les travaux avaient porté sur 1 151 bassins de traitement de l’or au cyanure, sur les 1 359 recensés dans 62 sites répartis entre six localités, soit près de 85 % des bassins identifiés.
À Dibibango, Gbabango et Pala, les travaux physiques avaient couvert la totalité des 526 bassins recensés.
Ces résultats témoignent de l’avancement des opérations, mais ne permettent pas, à eux seuls, de conclure à l’élimination de tous les risques environnementaux. Les excavations abandonnées, les sols déstructurés et les éventuelles contaminations des eaux nécessitent des interventions adaptées et un suivi technique rigoureux.
Le ministre Bamba a insisté sur la nécessité d’achever les travaux restants, de poursuivre la végétalisation des sites traités et de contrôler la qualité des sols et des eaux. Les analyses environnementales doivent permettre de vérifier l’efficacité des traitements avant toute remise en usage des terres concernées.
En marge de la cérémonie d’Assafo, la direction départementale des Eaux et Forêts de Tanda a organisé une plantation d’arbres sur un site dépollué. Abou Bamba a également appelé les populations à protéger les espaces réhabilités et à signaler aux autorités compétentes toute tentative de reprise de l’exploitation clandestine.
La restauration ne se limite donc pas au traitement des bassins contaminés. Elle implique aussi de rétablir progressivement les fonctions écologiques des espaces dégradés et de vérifier leur aptitude à accueillir de nouvelles activités.
La recherche scientifique en appui à la dépollution
La réhabilitation des anciens sites d’orpaillage mobilise également la recherche scientifique et l’innovation technologique. Le 8 octobre 2026, à Abidjan-Marcory, le Fonds pour la science, la technologie et l’innovation (FONSTI) a organisé un « Petit-déjeuner de l’innovation » consacré au thème « Orpaillage illégal : de l’urgence environnementale aux solutions innovantes et durables ».
Cette rencontre a permis de présenter plusieurs travaux de chercheurs ivoiriens portant notamment sur la réhabilitation des anciens sites aurifères, la détection des polluants et le traitement des sols contaminés.
Parmi les initiatives présentées figure le projet conduit par le Dr Kouassi Bruno Kpangui, de l’université Jean-Lorougnon-Guédé de Daloa, consacré à la réhabilitation des anciens sites d’orpaillage à des fins agricoles dans le district du Sassandra-Marahoué.
Les approches étudiées comprennent le remblayage des excavations, l’amélioration des sols et le recours à des plantes et à des micro-organismes adaptés. D’autres travaux portent sur la surveillance de la qualité de l’eau grâce à des capteurs destinés à détecter des polluants tels que le mercure et le cyanure, ainsi que sur la phytoremédiation, qui consiste à utiliser des plantes pour contribuer à la dépollution des sols.
Ces recherches pourraient contribuer à améliorer les techniques de restauration et à déterminer les conditions dans lesquelles les terres dégradées peuvent retrouver une vocation productive. Leur portée dépendra toutefois de leur validation scientifique, de leur adaptation aux réalités locales et de leur déploiement à une échelle suffisante.
La recherche constitue ainsi un appui potentiel aux opérations de terrain, notamment pour mieux caractériser les pollutions, choisir les traitements appropriés et évaluer les possibilités de réutilisation des espaces restaurés.
La reconversion économique pour prévenir la reprise des activités
La restauration environnementale ne saurait être durable sans une réponse aux difficultés économiques qui conduisent certaines populations vers l’exploitation artisanale illégale de l’or.
Le gouvernement prévoit d’associer les opérations de réhabilitation écologique à des mesures de réinsertion économique des orpailleurs clandestins nationaux.
Les travaux à haute intensité de main-d’œuvre (THIMO), avec l’implication annoncée du Génie militaire, figurent parmi les pistes envisagées. Ils pourraient contribuer à la restauration des espaces dégradés tout en offrant des possibilités de revenus aux personnes concernées.
La formation professionnelle et le développement d’activités génératrices de revenus sont également envisagés pour favoriser leur reconversion vers des métiers compatibles avec la réglementation et la protection de l’environnement.
À terme, les terres restaurées pourraient accueillir des activités agricoles, agroforestières ou d’élevage, sous réserve que les contrôles environnementaux confirment leur aptitude à ces usages.
L’enjeu consiste à faire de la restauration des sites une occasion de développement économique local, sans exposer les populations à des risques liés à la pollution résiduelle. La disponibilité d’activités alternatives adaptées aux besoins des communautés pourrait aussi contribuer à limiter la réinstallation des exploitants sur les sites démantelés.
La participation des populations demeure, à cet égard, un facteur important. Le 3 septembre 2026, à Aboisso, lors d’une étape de la caravane de sensibilisation contre l’orpaillage illégal, le ministre des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, avait sollicité l’implication des populations, notamment des chefs traditionnels, dans la recherche de solutions.
Cette mobilisation peut faciliter le signalement des activités clandestines, l’identification des besoins économiques locaux et l’adhésion aux programmes de restauration.

Des résultats à évaluer sur le long terme
L’ampleur des dégâts appelle une coordination étroite entre les administrations chargées des mines, de l’environnement, des eaux et forêts, de la santé, de l’agriculture et de la formation professionnelle. La mise en œuvre des mesures nécessite également une collaboration avec les préfets, les collectivités territoriales, les entreprises partenaires et les communautés locales.
Un suivi coordonné, fondé sur des responsabilités clairement définies et des indicateurs mesurables, permettrait de mieux apprécier les progrès accomplis et de prévenir le déplacement des activités clandestines vers d’autres localités.
Plusieurs critères pourraient contribuer à cette évaluation : l’évolution du nombre de sites illégaux, la réduction des nouvelles installations, les résultats des analyses des sols et des eaux après traitement, la progression de la restauration du couvert végétal et le nombre de personnes effectivement accompagnées dans leur reconversion.
L’échéance de six mois fixée par le gouvernement pour éradiquer l’orpaillage clandestin constitue une étape importante. Toutefois, les résultats devront également être appréciés dans la durée, au regard de la capacité des autorités à prévenir la réoccupation des sites et à maintenir les dispositifs de contrôle.
Les avancées enregistrées à Tanda, le renforcement des moyens sécuritaires et les solutions explorées par les chercheurs illustrent les différentes composantes de la réponse engagée. Leur efficacité dépendra de leur articulation et de la continuité des interventions.
La lutte contre l’orpaillage clandestin ne se mesure donc pas uniquement au nombre de sites fermés ou de personnes poursuivies. Elle suppose aussi de vérifier que les espaces dégradés retrouvent progressivement leurs fonctions écologiques, que les terres peuvent être réutilisées dans des conditions sûres et que les populations disposent d’alternatives économiques viables.
La capacité à réunir ces conditions déterminera la portée durable des efforts engagés pour protéger les ressources naturelles et préserver les moyens de subsistance des communautés concernées.
(AIP)
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