Abidjan, 29 juil 2026 (AIP) – Du 26 au 29 juillet 2026, la capitale politique ivoirienne n’a pas seulement accueilli un atelier technique. L’Hôtel Président de Yamoussoukro a servi de cadre à une étape historique dans la reconstruction de la représentation du monde agricole. Vingt-cinq ans après la mise en sommeil de la Chambre d’agriculture, les principaux acteurs des filières agricoles, forestières, pastorales et halieutiques ont validé le projet de décret devant encadrer la future Chambre nationale d’agriculture, en vue de doter la Côte d’Ivoire d’une institution plus représentative, plus moderne et mieux armée pour relever les défis agricoles.
Une institution née avec l’État ivoirien
L’histoire de la Chambre d’agriculture épouse celle de la Côte d’Ivoire indépendante. Ainsi, les pouvoirs publics ont structuré la représentation du monde rural par l’institution d’assemblées consulaires (loi n°60-340 du 28 octobre 1960). La Chambre d’Agriculture a été créée par les décrets n°60-20 et n°60-21 du 09 janvier 1964, afin de servir d’interface entre les producteurs et l’État.
Au fil des décennies, l’institution a traversé plusieurs phases de réorganisation et de dissolution liées à des contraintes réglementaires et de gouvernance (notamment en 1991 et 1994), le mandat des élus a pris fin avec le décret n°2001-107 du 15 février 2001, instaurant un Comité de pilotage de la restructuration.
Depuis cette date, la Chambre d’agriculture évoluait dans une longue phase de transition. Une situation devenue difficilement compatible avec les nouveaux enjeux de l’agriculture ivoirienne, confrontée au changement climatique, à la sécurité alimentaire, à la transformation industrielle, à la numérisation et aux exigences d’une agriculture plus compétitive.
Tourner définitivement la page de l’hibernation
Pour les participants à l’Atelier national de validation du projet de décret portant réorganisation de la Chambre nationale d’agriculture, l’objectif dépasse largement une simple révision juridique.
Il s’agit de bâtir une institution capable d’accompagner les ambitions du Plan national de développement (PND 2026-2030) et du troisième Programme national d’investissement agricole (PNIA III), tout en offrant aux producteurs un véritable cadre de représentation.
Le nouveau texte entend également rompre avec les insuffisances du passé en renforçant la gouvernance, la transparence et la légitimité des futurs dirigeants.
Parmi les principales innovations, figure l’évolution du mode de représentation. La future Chambre ne reposera plus principalement sur une logique territoriale, mais sur une représentation des différentes filières agricoles à travers leurs organisations interprofessionnelles.
Une gouvernance modernisée
Les travaux des trois commissions ont permis d’affiner l’architecture institutionnelle. La Commission 1 portant sur « Statut juridique, Missions et Gouvernance, Dispositions transitoires (Articles 1 à 25&47) », était présidée par Charles-Emmanuel Yacé (APROMAC / INTERPORCI). La Commission 2, intitulée « Organisation administrative, Régime financier et Patrimoine (Articles 26 à 45) », était présidée par Diabaté Mory (OIA-RIZ), tandis que la Commission 3, qui a planché sur « Feuille de route et Plan d’Actions Opérationnel 2026–2030 », était chapeautée par Bado Moussa (AGROPA).
D’après les recommandations des participants, la future Chambre reposera désormais sur trois principaux organes, à savoir l’Assemblée générale, le Conseil d’administration et le Conseil de surveillance.
Afin d’éviter tout conflit de compétences, la direction exécutive ne sera plus considérée comme un organe de gouvernance, mais comme une structure technique chargée de mettre en œuvre les décisions prises par les instances dirigeantes.
Les participants ont également décidé de renforcer le pilotage politique en créant quatre vice-présidences autour du président du Conseil d’administration, chacune appelée à suivre un grand secteur agricole.
Autre innovation majeure, les candidats à la présidence devront justifier d’au moins cinq années d’expérience professionnelle effective dans une filière agricole, une mesure destinée à renforcer la crédibilité de la future institution.
Une Chambre au service des producteurs
Au-delà de son organisation interne, la future Chambre nationale d’agriculture veut surtout devenir une institution de services.
La feuille de route élaborée pour la période 2026-2030 prévoit notamment la création d’un registre national des agriculteurs, la délivrance d’une carte professionnelle, l’ouverture d’un guichet d’ingénierie financière facilitant l’accès au crédit ainsi que la mise en place d’une clinique mobile du foncier rural destinée à accompagner les producteurs confrontés aux litiges fonciers.
La Chambre ambitionne également de jouer un rôle accru dans le plaidoyer en faveur du monde rural, notamment à travers la publication d’un rapport annuel sur la souveraineté alimentaire et l’organisation d’un Forum national du monde rural.
Une autonomie financière recherchée
L’un des enseignements des difficultés passées réside dans la nécessité de garantir des ressources durables.
Le projet prévoit ainsi de diversifier les sources de financement de l’institution grâce à des taxes affectées, aux prestations de services, à la valorisation de son patrimoine immobilier ainsi qu’à la mobilisation des partenaires techniques et financiers.
Le recrutement du futur directeur exécutif sera confié à un cabinet indépendant afin de professionnaliser la gestion administrative et de distinguer clairement les responsabilités politiques des missions opérationnelles.
Une feuille de route déjà tracée
Les participants souhaitent désormais que le processus s’accélère. Lors de la cérémonie de clôture de l’atelier, mercredi 29 juillet, le président du Comité de pilotage de la restructuration de la Chambre d’agriculture de Côte d’Ivoire, Bamba Sindou, a plaidé pour l’adoption rapide du décret par le Conseil des ministres, tout en appelant les organisations interprofessionnelles agricoles à préparer activement les futures élections consulaires.
Si le calendrier est respecté, les élections devraient intervenir au premier semestre 2027 avant l’installation des nouvelles instances dirigeantes, a laissé entendre le directeur général du Développement rural, Koffi N’Guessan Rodrigue, représentant du ministre Bruno Nabagné Koné, en charge de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières.
Pour les initiateurs de l’atelier, cette réforme constitue bien plus qu’un changement administratif. Elle marque la volonté de redonner au monde agricole une institution représentative, capable de porter la voix des producteurs et d’accompagner les profondes mutations de l’agriculture ivoirienne.
À Yamoussoukro, ville natale du Président Félix Houphouët-Boigny, fondateur du Syndicat agricole africain en 1944, plusieurs intervenants ont vu dans cette réforme un symbole fort. Plus de six décennies après la création de la première Chambre d’agriculture et 25 ans après son entrée en transition, le monde agricole ivoirien semble prêt à ouvrir une nouvelle page de son histoire.
(AIP)
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