Abidjan, 19 août 2026 (AIP)- L’autisme et les troubles de santé mentale restent entourés de préjugés et de croyances, notamment celles qui les associent à la sorcellerie ou au mysticisme. Pour M. Dembélé Lassana, consultant certifié en autisme et neurodivergence, une meilleure compréhension de ces troubles passe par l’information, la sensibilisation et le recours aux professionnels. Dans cet entretien, il revient sur les différences entre autisme et troubles de santé mentale, les signes qui doivent alerter les parents, les possibilités d’accompagnement et les conséquences de la stigmatisation.
AIP : Certaines personnes pensent encore que l’autisme et les troubles mentaux sont liés à la sorcellerie ou à des pratiques mystiques. Qu’en est-il ?
Dembélé Lassana : Il faut d’abord distinguer l’autisme de la santé mentale. Ce sont deux réalités différentes, notamment dans leurs origines, leur durée et leurs manifestations. L’autisme est présenté comme une condition liée au fonctionnement neurologique de la personne, qui peut notamment avoir des particularités dans la compréhension, la sensibilité ou les interactions. Les problèmes de santé mentale, eux, peuvent apparaître à différents moments de la vie et affecter notamment l’humeur et le fonctionnement psychologique.
Les préjugés autour de ces questions ne sont d’ailleurs pas propres à l’Afrique ou à la Côte d’Ivoire. Ils existent dans différentes sociétés et sont influencés par les cultures, les valeurs, les pratiques religieuses et les représentations sociales.
AIP : Que dit aujourd’hui la science sur les causes de l’autisme ?
Dembélé Lassana : La compréhension scientifique de l’autisme reste complexe et la recherche se poursuit. Il n’existe pas, selon lui, une cause unique sur laquelle on pourrait pointer le doigt.
Des facteurs neurologiques, génétiques et environnementaux sont notamment étudiés. Certaines situations liées à la grossesse ou à la naissance, ainsi que certains facteurs environnementaux, font l’objet de recherches.Toutefois sur le fait la recherche n’a pas établi une cause unique et définitive de l’autisme.
AIP : Un enfant autiste peut-il aller à l’école et réussir dans la vie ?
Dembélé Lassana : Cela dépend notamment du niveau de difficultés présenté par la personne. Il existe trois niveaux de l’autisme.
Au niveau 1, la personne peut notamment apprendre, communiquer et se socialiser. Au niveau 2, les difficultés peuvent être plus importantes, mais un accompagnement adapté peut permettre à la personne de progresser et de s’intégrer dans la société.
Au niveau 3, les difficultés en matière de communication, de socialisation et de fonctionnement peuvent être beaucoup plus importantes. L’objectif peut alors être de favoriser l’acquisition d’une autonomie dans les actes essentiels de la vie quotidienne.
AIP : Quels professionnels peuvent intervenir dans l’accompagnement d’une personne autiste ?
Dembélé Lassana : La prise en charge est complexe et peut nécessiter l’intervention de plusieurs spécialistes, notamment le psychologue, l’assistant social, le kinésithérapeute, le neurologue, le pédopsychiatre et l’orthophoniste.
Selon les difficultés rencontrées, chaque professionnel intervient dans son domaine de compétence afin de contribuer à l’accompagnement de la personne autiste.
AIP : Quel rôle joue le rejet dans la vie des personnes autistes ou confrontées à des problèmes de santé mentale ?
Dembélé Lassana : Le rejet et la stigmatisation peuvent avoir des conséquences importantes. Une personne rejetée par sa famille ou son entourage peut être profondément affectée.
L’intégration sociale est donc essentielle, aussi bien pour les personnes autistes que pour celles confrontées à des problèmes de santé mentale. Une personne autiste peut, comme toute autre personne, être confrontée à la dépression ou à l’anxiété.
AIP : Que risque une famille qui privilégie uniquement les explications mystiques au détriment d’une prise en charge professionnelle ?
Dembélé Lassana : Lorsqu’une famille privilégie exclusivement les explications mystiques et retarde le recours aux professionnels, la situation peut s’aggraver.
Les personnes confrontées à des problèmes de santé mentale doivent consulter des psychiatres ou des psychologues. Pour l’autisme, les parents doivent se rapprocher de professionnels capables de les accompagner et de leur transmettre des méthodes adaptées pour mieux soutenir leur enfant.
AIP : Quels sont les premiers signes de l’autisme qui doivent alerter les parents ?
Dembélé Lassana : Certains signes peuvent être observés dès les premiers mois de la vie. Chez certains enfants, des difficultés dans le contact visuel, l’interaction ou la réaction à certaines stimulations.
Plus tard, des difficultés dans les interactions sociales peuvent également attirer l’attention : l’enfant peut avoir des difficultés à aller vers les autres enfants ou à jouer avec eux.
Face à des comportements qui interrogent, parents doivent consulter un professionnel afin qu’une évaluation puisse être réalisée.
AIP : Quels accompagnements sont disponibles pour les personnes autistes ?
Dembélé Lassana : L’accompagnement dépend des difficultés propres à chaque personne. Lorsqu’un enfant présente des difficultés de communication, l’orthophoniste peut intervenir. Pour les problèmes de motricité, le kinésithérapeute peut être sollicité.
Les difficultés de socialisation ou d’autonomisation peuvent également nécessiter l’intervention de psychologues, d’éducateurs spécialisés ou d’assistants sociaux. L’objectif est notamment de développer les capacités de communication, d’interaction et d’autonomie.
AIP : Quel message adressez-vous aux personnes qui associent encore l’autisme et les troubles mentaux à la sorcellerie ou aux malédictions ?
Dembélé Lassana : La réponse passe d’abord par la sensibilisation et l’éducation. Les professionnels, l’État, les organisations communautaires et religieuses doivent contribuer à l’information des populations.
En Côte d’Ivoire, la question de l’autisme est aujourd’hui davantage abordée qu’il y a plusieurs années, notamment grâce aux actions de sensibilisation menées par les médias, les ONG et les structures étatiques.
Aux personnes concernées et à leurs familles, il faut s’informer, se former et se rapprocher des professionnels afin de ne pas se laisser guider uniquement par des mythes ou des croyances non vérifiées.
(AIP)
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