Abidjan, 21 juil 2026 (AIP)- Des chercheurs suisses ont transféré vers un superordinateur d’immenses quantités de données publiques de la NASA sur le climat et l’environnement avec pour objectif d’entraîner des modèles d’intelligence artificielle de prédiction climatique et mettre à l’abri ces données précieuses dans un contexte de profondes coupes budgétaires aux États-Unis.
L’équivalent de 20 millions de films en haute définition, ça fait beaucoup de gigaoctets. Il s’agit du volume colossal de données sur le climat rassemblées par la NASA qu’une équipe suisse est parvenue à mettre à l’abri. Elle a ainsi enregistré une copie sur ses propres disques durs d’une masse d’informations essentielles pour les climatologues.
Si ces données sont aujourd’hui encore partagées en libre accès par l’agence spatiale, les chercheurs suisses ont préféré prendre les devants, craignant que cette générosité ne dure qu’un temps. La NASA est sujette à d’importantes coupes budgétaires qui touchent la recherche scientifique aux États-Unis, sous l’impulsion de l’administration Trump, ouvertement climatosceptique.
Sans ces données, on « en saurait aujourd’hui beaucoup moins sur notre planète »
Thomas Zurbuchen, à l’origine de ce projet de sauvegarde, connaît très bien la valeur de cette montagne de données. Cet Américano-Suisse, ancien directeur scientifique de la NASA et aujourd’hui à l’École polytechnique fédérale de Zurich (ETH), a piloté cette initiative pendant plusieurs semaines. Sans les vastes programmes de mesure menés par la NASA, le monde « en saurait aujourd’hui beaucoup moins sur notre planète », a-t-il affirmé.
Au moins 100 millions de gigaoctets de mesures du climat sur plusieurs décennies sont désormais copiés depuis les serveurs de l’agence spatiale américaine sur les ordinateurs de ses équipes. Un an de travail pour quelque six milliards de fichiers, à savoir, informations sur les émissions de gaz à effet de serre, relevés de températures, de précipitations, de superficie des calottes glaciaires… Tout a été transféré vers le Centre national suisse de calcul scientifique (CSCS), situé à Lugano, dans le sud du pays. « Il est impossible de se représenter un tel volume », a expliqué Reto Knutti, professeur de physique du climat et directeur du Centre de modélisation des systèmes climatiques (C2SM) de l’ETH.
Le but affiché de l’opération est de s’en servir pour entraîner des modèles d’intelligence artificielle, afin de les rendre capables de réaliser des prévisions météo fiables. Le but avoué est de maintenir l’accessibilité de ces données à la communauté scientifique internationale, si jamais les Etats Unis venaient à en restreindre l’accès. Ce n’est pas encore le cas, mais d’importantes réductions des financements consacrés à l’étude du climat sont en cours aux États-Unis, qui touchent notamment les programmes qui alimentent les réseaux internationaux.
Mieux vaut donc prévenir que guérir. Et l’équipe prévoit déjà de doubler la mise avec les données d’une autre agence américaine, la NOAA, chargée de l’étude de l’atmosphère et de l’océan. Ces données, collectées sur plusieurs décennies, contiennent des informations essentielles sur le système terrestre, notamment les gaz à effet de serre, les précipitations, les nuages et les calottes glaciaires. Elles serviront à entraîner des modèles d’IA capables d’effectuer des prévisions rapides et fiables dans des domaines tels que la météorologie, le climat et les risques naturels.
Des modèles de prévision pour sauver des vies
« Les données constituent le nouvel or », a estimé Reto Knutti, expliquant que les modèles de prévision fondés sur les données, appelés « modèles fondamentaux » (« foundation models »), surpassaient déjà les modèles traditionnels, qui exploitent des équations mathématiques pour simuler les processus complexes à l’œuvre dans les océans et l’atmosphère. « Certains de ces modèles fondamentaux deviennent vraiment, vraiment très performants en matière de prévision », a-t-il déclaré, ajoutant qu’ils pouvaient être « mille fois plus rapides que les modèles basés sur la physique ».
« Il est désormais possible d’effectuer une prévision météorologique mondiale sur plusieurs jours, à l’échelle de toute la planète, en une minute environ », a-t-il expliqué, alors qu’auparavant plusieurs heures étaient nécessaires. Cette accélération peut sauver des vies, ces prévisions étant essentielles aussi bien pour l’agriculture et l’hydroélectricité que pour protéger les populations face aux risques naturels tels que les inondations, les tempêtes ou les glissements de terrain.
(AIP)
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