Abidjan, 29 août 2026 (AIP) – La Communauté de Sant’Egidio Côte d’Ivoire a organisé, samedi 29 août 2026, au Centre de recherche et d’action pour la paix (CERAP), à Abidjan-Cocody, une rencontre consacrée au bienheureux Floribert Bwana Chui, présentée comme une occasion de sensibiliser les jeunes aux dangers de la corruption et à l’importance de l’intégrité.
Cette rencontre, qui a réuni des membres de la Communauté de Sant’Egidio, des responsables religieux et des participants issus de différents milieux, a notamment permis de faire découvrir la vie et le témoignage de ce jeune Congolais, devenu bienheureux et martyr de l’Église catholique pour avoir refusé de céder à la corruption.
Le fonctionnaire à l’Office congolais de contrôle (OCC), Floribert Bwana Chui avait refusé, en 2007, de laisser entrer en République démocratique du Congo des denrées alimentaires avariées, malgré des pressions et des tentatives de corruption. Enlevé le 7 juillet 2007, il a été retrouvé mort deux jours plus tard, après avoir été torturé.
Son parcours a été au cœur d’un panel consacré notamment à l’intégrité, à la responsabilité citoyenne et à l’engagement de la jeunesse face à la corruption.
Pour le responsable de Sant’Egidio en Côte d’Ivoire, Alphonse Krecoum, le destin de Floribert montre qu’un choix individuel peut dépasser la personne qui le pose et marquer durablement l’histoire.
« On peut tout vous enlever, sauf votre valeur », at-il déclaré, invitant les jeunes à ne pas mesurer leur existence uniquement à l’aune des biens matériels.
Selon lui, la recherche effrénée de l’argent et des biens peut conduire à banaliser des pratiques qui fragilisent progressivement la société.
« On a distillé dans notre société un poison qui finira par nous perdre si on n’en prend pas conscience », at-il averti, appelant à une prise de conscience collective sur les conséquences de la corruption.
Il a également estimé que le changement ne dépend pas uniquement des institutions, mais des choix posés au quotidien par chaque citoyen. « On n’est pas obligé de faire comme les autres », a-t-il insisté, faisant de Floribert un exemple de résistance individuelle face à des pratiques devenues parfois ordinaires.
Pour Alphonse Krecoum, le jeune Floribert avait ainsi compris qu’il était possible de dire non, même lorsque les circonstances semblent pousser à faire comme tout le monde. « Le juste a pour lui sa conscience, sa liberté de conscience, qui peut lui permettre de dire non », a-t-il souligné.

De son côté, l’abbé Franck Zohouri, autre intervenant du panel, a insisté sur le rôle de l’éducation et de la parole dans la transformation des comportements.
S’appuie sur le prologue de l’Évangile selon saint Jean, il a relevé que « en toutes choses, il faut parler », estimant que la lutte contre la corruption nécessite un travail constant d’éducation et de sensibilisation.
« Il n’y a pas d’éducation sans parole », a-t-il affirmé, plaidant pour la multiplication des conférences, ateliers et rencontres destinées notamment aux jeunes.
Pour le prêtre, cette sensibilisation doit toutefois être accompagnée d’une exemplarité de ceux qui portent le message.
« Celui qui annonce l’Évangile ou celui qui invite à lutter contre la corruption, lui-même se présente comme quelqu’un qui doit être un miroir de cette lutte contre la corruption », at-il relevé.
L’abbé Franck Zohouri a également appelé la Communauté de Sant’Egidio à multiplier ce type d’initiatives dans les différentes villes du pays, afin de faire de l’exemple de Floribert Bwana Chui un outil d’éducation à l’intégrité.
Né le 13 juin 1981 à Goma, dans l’est de la République démocratique du Congo, Floribert Bwana Chui était également engagé auprès des enfants de la rue au sein de la Communauté de Sant’Egidio.
Son refus de laisser entrer des produits alimentaires impropres à la consommation, malgré les pressions exercées sur lui, a fait de son parcours un symbole de courage et d’intégrité.
Son martyre a été reconnu par le Vatican en 2024 et il a été proclamé bienheureux le 15 juin 2025 à Rome.
À travers la présentation de sa vie et du livre qui lui est consacré, la rencontre du CERAP a voulu transmettre aux jeunes un message simple : la lutte contre la corruption ne commence pas seulement dans les administrations ou les institutions, mais aussi dans les décisions individuelles.
Pour les organisateurs, le témoignage de Floribert Bwana Chui rappelle ainsi qu’un jeune peut choisir de ne pas suivre la majorité et faire de son intégrité une véritable force.
Alors que la corruption peut parfois sembler banalisée dans la société, le parcours de Floribert Bwana Chui invite la jeunesse à faire un choix : accepter les pratiques qui compromettent l’avenir collectif ou avoir, comme lui, le courage de dire non.
(AIP)
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