Séguéla, 10 juil 2026 (AIP)- Dans la commune de Massala, département de Séguéla, une initiative originale transforme ce que beaucoup considéraient comme inutile en véritable richesse. Face à l’ampleur des déchets ménagers et à leurs conséquences sur l’environnement et la santé, un couple d’agronomes, Luc Kassieu et Malama Traoré, ont décidé d’agir. À travers leur ONG Afrique Action Développement, ils ont lancé un projet pilote de bio-recyclage qui associe écologie, économie circulaire et agriculture durable.
La collecte des déchets alimentaires en vue un projet pilote de bio-recyclage des déchets organiques
À Massala, dans le département de Séguéla, chaque matin, (comme la matinée du mardi 07 juillet 2026), un jour sur deux, une équipe dirigée par Luc Kassieu parcourt les cours des familles. Habillés de gilets verts, gants, bottes et cache-nez, ils collectent les restes alimentaires déposés dans des pots ou poubelles. À l’aide de tricycles, ces déchets organiques sont transportés jusqu’à la ferme pour être transformés en ressources utiles.

À la tête de l’ONG Afrique Action Développement (AFRICADE), Luc Kassieu et son épouse Malama Traoré, tous deux issus d’écoles d’agriculture, ont lancé un projet pilote de bio-recyclage des déchets organiques financé par l’Union européenne. Leur objectif est de réduire la pollution, créer des emplois et améliorer l’alimentation locale.
« Nous collectons les déchets auprès de 100 familles volontaires. Après tri, ils sont recyclés grâce aux larves de la mouche soldat noire. Ce processus réduit les gaz à effet de serre et aide à lutter contre le changement climatique », explique Luc Kassieu, ingénieur des techniques agricoles.
À la ferme, les déchets sont broyés puis confiés aux larves. Ces insectes accélèrent la décomposition et produisent un compost riche pour fertiliser les sols. Les larves servent aussi de protéines pour nourrir poissons, poulets et porcs. « Notre travail contribue à réduire la pollution environnementale, à lutter contre le changement climatique, à améliorer la sécurité alimentaire et à créer des emplois durables dans ma communauté », souligne M. Kassieu.
L’idée est née d’un projet de salubrité lancé pour assainir la commune. « Nous avons vu l’ampleur des déchets et leurs conséquences. Nous nous sommes dit : il faut trouver une solution, et surtout une valeur ajoutée », raconte-t-il. La solution tient dans une petite mouche : la mouche soldat noire. Ses larves transforment les déchets en deux richesses essentielles que sont les protéines animales pour l’élevage et un engrais organique, le compost, très riche pour l’agriculture locale.
Le processus d’élevage des mouches soldats noires

L’élevage de la mouche soldat noire repose sur un cycle naturel bien maîtrisé. Les mouches adultes sont placées dans des cages ou serres adaptées. Elles ne se nourrissent pas, leur rôle est uniquement de pondre des œufs. Luc explique que les femelles choisissent des supports secs, comme des planches disposées dans une cage, pour y déposer leurs œufs. Ces œufs sont ensuite transférés dans des bacs de croissance.
Dans ces bacs, les larves sont nourries avec les déchets organiques collectés. Elles grossissent rapidement en quelques jours, décomposent les aliments et produisent un compost riche. « Les larves sont de véritables machines de transformation », affirme Malama Traoré Kassieu, en précisant qu’elles permettent de réduire considérablement le volume des déchets.
Une partie des larves est récoltée pour servir de protéines dans l’alimentation animale, notamment pour les poissons, les poulets et les porcs. L’autre partie est laissée pour devenir pupes et donner de nouvelles mouches adultes, assurant ainsi la continuité du cycle. Les résidus laissés par les larves deviennent un engrais organique très riche, utilisé pour fertiliser les sols. Ce système, insiste Mme Kassieu, coordonnateur du projet, est un modèle d’économie circulaire où rien n’est perdu, tout est transformé.
Sensibilisation, ambitions et perspectives
Le projet ne se limite pas au recyclage. Deux fois par semaine, l’équipe sensibilise les familles. Selon Malama Traoré, l’accueil est positif. « Les habitants participent volontiers. Nous leur montrons que la gestion des déchets est une obligation légale mais aussi une source de richesse », affirme-t-elle.
Au-delà de l’écologie, le couple veut promouvoir une agriculture durable notamment le maraîchage, la pisciculture et les cultures sur petites surfaces. « Nos parents ont travaillé dur sans laisser d’héritage. Nous voulons une agriculture plus durable, qui protège l’environnement et améliore la santé », insiste Mme Kassieu.
Le projet est encore en phase pilote, avec trois ouvrières actives. Mais les ambitions sont grandes : étendre la collecte à toute la commune, agrandir la ferme et créer des emplois. « Dans trois ans, nous voulons couvrir toute la commune et aller plus loin », confie Luc Kassieu.
Ce travail révèle aussi une réalité sociale : l’alimentation locale reste pauvre et peu diversifiée. Les déchets collectés sont surtout du riz et du manioc, avec peu de légumes ou de fruits. Le couple encourage la population à diversifier son alimentation grâce au maraîchage et à des pratiques agricoles innovantes.
Ils dénoncent également l’usage excessif de pesticides comme le glyphosate, interdit en Europe mais encore utilisé en Côte d’Ivoire. « Ces produits restent longtemps dans le sol et menacent notre santé », alerte Malama. Leur projet se veut une alternative respectueuse de l’environnement et de la santé publique.

À Massala, les déchets ne sont plus une fatalité. Ils deviennent une ressource, un levier de développement et un symbole d’espoir. Le projet de biorecyclage des déchets organiques des Kassieu incarne une vision : une communauté qui protège son environnement, améliore son alimentation et bâtit un avenir durable. « Chaque geste compte, chaque famille devient actrice du changement », conclut Luc Kassieu, le regard tourné vers l’avenir.
(AIP)
ik/fmo
Un reportage de Ibrahim Komara
Chef du bureau régional de Séguéla

