Abidjan, 15 sept 2026 (AIP)- Les fournitures scolaires sont désormais bien visibles sur les étals des commerçants et dans les rayons des librairies d’Abidjan, à l’occasion de la rentrée scolaire 2026-2027, officiellement ouverte lundi 14 septembre 2026 sur l’ensemble du territoire national. Toutefois, l’affluence demeure encore faible dans les points de vente, notamment à Anono, dans la commune de Cocody (Abidjan-Est), où les parents d’élèves se montrent encore peu nombreux à se procurer les fournitures nécessaires à la nouvelle année scolaire.
Entre parents soucieux de comparer les prix, familles confrontées à des difficultés pour réunir le budget nécessaire et commerçants disposant de stocks mais encore en attente d’une affluence plus importante, la rentrée scolaire se prépare dans un contexte où l’offre est disponible, tandis que le rythme des achats demeure encore modéré.
Au grand terrain d’Anono, cahiers, crayons de couleur, ensembles de géométrie et autres fournitures ont déjà investi les espaces de vente. Les premiers clients s’approchent, demandent les prix, observent les articles et repartent parfois sans effectuer immédiatement leurs achats.
Pour Pierrot Okou, étudiant en Master 1 de droit public qui exerce comme vendeur de fournitures scolaires dans le commerce informel, le comportement des parents traduit surtout une volonté de comparer les prix.
« À l’approche de cette rentrée, nous avons bon nombre de parents qui s’approchent de nous pour, dans un premier temps, prendre les prix, histoire de comparer avec les autres pour savoir où les prix sont les plus abordables », explique-t-il.
L’activité a commencé dès le lundi précédant la rentrée, mais le véritable mouvement commercial tarde encore à s’installer. Les parents qui arrivent sont principalement ceux qui disposent déjà de la liste des fournitures et cherchent à prendre leurs dispositions.
« L’affluence n’est pas vraiment forte », constate Pierrot Okou, qui espère une progression de la clientèle dans les prochains jours.
Les cahiers davantage recherchés
Dans ce commerce de proximité, les cahiers figurent parmi les articles qui se vendent le plus rapidement, avec les ensembles de géométrie et les crayons de couleur.
Pierrot Okou observe également une demande pour de nouveaux modèles de cahiers à couverture plastique, présentés par certains enseignants, selon lui, comme plus résistants que les modèles classiques. « La couverture est en plastique donc ça ne peut pas se déchirer, c’est plus durable avec les enfants », rapporte-t-il.
Les livres constituent, en revanche, un véritable casse-tête pour certains vendeurs. La diversité des éditions utilisées selon les établissements complique la constitution des stocks. « C’est difficile de savoir quelle école va utiliser ceci, quelle école va utiliser cela », souligne le vendeur.
À cette difficulté s’ajoutent les achats effectués à Anono par des parents dont les enfants sont scolarisés dans d’autres communes, avec parfois des demandes portant sur des éditions peu connues du vendeur.
Cette situation oblige les commerçants à arbitrer entre la nécessité de disposer de suffisamment de marchandises et le risque de conserver des articles difficiles à écouler.
À la librairie, l’attente des parents se ressent aussi
À quelques pas de là, au carrefour Flambeau à Anono, la librairie Côte d’Ivoire Pro connaît, elle aussi, un début de rentrée plutôt calme.
Pour Baga Adama, l’un des responsables de cette librairie créée il y a environ un an, l’affluence est « un peu timide ».
Le responsable explique cette situation notamment par les incertitudes qui ont accompagné les changements annoncés autour des manuels scolaires. Certains parents, dit-il, préfèrent patienter avant d’acheter les livres.
« Des parents même que nous avons envoyés des listes de fournitures sont restés là en attente et nous disent : “Ne servez pas d’abord, il se peut que les livres changent” », témoigne-t-il.
Selon lui, la librairie avait pourtant préparé ses stocks. Mais certains nouveaux ouvrages ne seraient pas encore disponibles, tandis que des changements d’édition compliquent également l’approvisionnement. Le phénomène n’empêche toutefois pas les ventes de commencer.
« Aujourd’hui tout sort, que ça soit les manuels scolaires, que ça soit les cahiers, tout sort », assure Baga Adama, tout en reconnaissant que les achats progressent encore lentement.
Des parents contraints d’étaler les dépenses
Cette prudence des commerçants trouve un écho chez certains parents rencontrés dans d’autres communes d’Abidjan.
Au Plateau, N’Guessan, père de trois enfants scolarisés, affirme ne pas encore avoir réuni les fonds nécessaires à l’achat des fournitures à la veille de la rentrée. Il indique également ne pas avoir encore reçu les listes de fournitures de ses enfants.
Face à cette situation, il compte étaler ses efforts financiers. « Quand ils vont donner les listes, cette année, je vais me sacrifier pendant trois mois pour joindre les deux bouts », confie-t-il.
Le parent fonde également certains espoirs sur la nouvelle orientation concernant les manuels scolaires, estimant que la possibilité de conserver certains ouvrages d’une année à l’autre pourrait contribuer à alléger les dépenses des familles.
À Cocody, Kanga Kouassi partage cette préoccupation. « Si l’école est chère, comment allons-nous éduquer les enfants ? », s’interroge-t-il, souhaitant que les mesures annoncées contribuent à rendre la rentrée accessible à tous.
Mais son expérience des achats ne traduit pas pour autant une baisse généralisée des prix. « Ce sont à peu près les mêmes prix. Si l’un baisse, l’autre côté augmente », observe-t-il.
Pour ce parent, l’achat progressif pourrait constituer une solution lorsque les moyens financiers ne permettent pas de réunir immédiatement l’ensemble du budget.
Des économies qui restent difficiles à mesurer
Pour Yéhou Cynthia, mère de deux enfants, il est encore trop tôt pour déterminer si les dépenses de cette rentrée seront inférieures à celles de l’année dernière.
« Pendant les vacances, quand tu reçois une entrée d’argent, tu peux épargner un peu, un peu, un peu, pour voir si la rentrée arrive », explique-t-elle.
Elle évoque notamment le coût des cahiers, citant des modèles de 100, 200 et 300 pages et un prix de 800 FCFA pour certains cahiers de 100 pages.
Son témoignage met également en évidence la situation des familles qui disposent de ressources limitées. Elle rapporte avoir déjà participé, avec d’autres personnes, à l’achat de fournitures pour un enfant dont les parents ne pouvaient pas assumer seuls les dépenses.
Des commerçants qui disent avoir maintenu leurs prix
Du côté des vendeurs, le discours est toutefois différent. À Adjamé, le commerçant Koné Seydou affirme que les prix des fournitures et des livres n’ont pas augmenté cette année. « Au contraire, cette année, les prix sont un peu moins chers que les années précédentes », soutient-il.
Il indique également proposer certaines facilités de paiement à ses clients. « On accorde des crédits. Le paiement n’est pas exigé immédiatement », explique-t-il.
Ces observations ne traduisent cependant pas nécessairement une amélioration des ventes. Le commerçant affirme disposer d’un stock important, mais constate une commercialisation moins dynamique que l’année précédente.
« Il y a beaucoup de stock disponible, mais ça ne se vend pas aussi bien que l’année passée », relève-t-il, évoquant notamment le contexte économique général.
Il fait également état de difficultés liées à l’acheminement de certains livres, qui auraient entraîné des retards dans l’approvisionnement.
Une nouvelle liste nationale pour les manuels
Cette rentrée intervient par ailleurs dans un contexte particulier concernant les manuels scolaires.
Le ministère de l’Éducation nationale, de l’Alphabétisation et de l’Enseignement technique a adopté, par une circulaire modificative datée du 13 août 2026, une liste nationale unique, corrigée et consolidée des manuels scolaires et supports didactiques retenus pour l’année scolaire 2026-2027. Cette circulaire abroge celle du 3 juillet 2026.
Cette orientation vise notamment à lutter contre la pluralité des manuels utilisés pour une même discipline et un même niveau, ainsi que contre l’instabilité des listes imposées aux familles et les charges supplémentaires qui peuvent en découler.
Le ministère précise également qu’aucun établissement public ou privé, conseil d’enseignement, unité pédagogique ou structure locale ne peut imposer aux élèves ou à leurs familles des manuels ou supports qui ne figurent pas sur la liste nationale retenue.
Cette mesure constitue donc un cadre national de référence pour les manuels autorisés. Elle ne signifie pas, à elle seule, que tous les élèves conserveront automatiquement l’ensemble de leurs ouvrages pendant plusieurs années.
Un dispositif de prêt-location
La Côte d’Ivoire dispose également de la Bourse nationale du manuel scolaire (BONAMAS), qui vise à faciliter l’accès aux manuels à travers un système de prêt-location.
Lors d’une phase d’extension lancée en 2024, 120 000 élèves de 6e issus de 744 établissements publics et privés avaient notamment été concernés. Huit manuels étaient alors proposés en prêt-location à 10 000 FCFA, contre 48 000 FCFA à l’achat, selon les informations fournies dans le cadre du reportage.
Ces dispositifs s’inscrivent dans une problématique plus large : la disponibilité des fournitures ne garantit pas nécessairement leur accessibilité pour toutes les familles.
Une « bonne affaire » encore à démontrer
À la veille de la rentrée, les éléments recueillis auprès des différents acteurs dessinent donc une situation contrastée.
Les commerçants interrogés ne signalent pas de hausse générale des prix. Certains évoquent même des baisses sur certains articles ou des facilités de paiement. Les stocks sont disponibles dans plusieurs points de vente.
Mais les ventes restent, selon plusieurs témoignages, inférieures aux attentes ou à celles de l’année précédente.
Chez les parents, la préoccupation est différente : il faut réunir les ressources nécessaires pour financer cahiers, livres et autres fournitures, parfois pour plusieurs enfants à la fois.
À Anono, les vendeurs attendent donc encore l’accélération des achats. Le véritable bilan commercial de cette rentrée ne pourra être établi qu’après les premières semaines, lorsque l’affluence des familles et le niveau réel des ventes permettront de mesurer si cette rentrée aura effectivement été une bonne affaire pour les commerçants.
Pour les parents, l’enjeu est tout aussi concret : parvenir à équiper les enfants pour le retour en classe sans déséquilibrer davantage le budget familial.
Reportage réalisé par les stagiaires Soro L. Blaise et Konan K. Toussaint
(AIP)
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