Guiglo, 13 sept 2026 (AIP) – A 48h de la rentrée scolaire 2026-2027, prévue lundi 14 septembre 2026, les librairies et étals de fournitures scolaires de Guiglo, dans la région du Cavally (Ouest de la Côte d’Ivoire), peinent encore à retrouver l’affluence habituelle. Dans cette ville où une part importante des familles vit des activités agricoles, la hausse des prix des fournitures, des manuels, des chaussures et des tenues scolaires pèse sur les préparatifs de rentrée. Une situation qui contraste avec les dispositions prises par les autorités administratives et éducatives locales pour assurer une rentrée effective dès lundi, en se conformant aux indications impératives du ministère de l’Education nationale, de l’Alphabétisation et de l’Enseignement technique (MENAET), arrêtées lors de la réunion de rentrée, tenue le 04 septembre 2026, à Abidjan.
Dans les points de vente, les commerçants observent avec inquiétude cette faible affluence. Certains, qui affirment avoir constitué leurs stocks à crédit, redoutent une rentrée commerciale difficile, d’autant que le changement annoncé de certains manuels scolaires pourrait occasionner des pertes sur les stocks déjà constitués.
« On nous a fait savoir que la rentrée scolaire, cette année, est prévue pour le lundi 14 septembre 2062. Mais jusqu’à présent, nous, les commerçants de fournitures et de manuels scolaires, nous ne sentons pas encore l’engouement habituel », déplore le libraire Camara Brahiman, propriétaire de la Librairie Sorbonne, ajoutant : « il n’y a pas de clients et nous passons une bonne partie de notre temps à attendre. A notre niveau, nous avons achalandé nos librairies à crédit, mais les parents d’élèves ne viennent pas encore acheter. L’année dernière, à la même période, on voyait déjà les élèves dans les rues, alors que cette année, ce n’est pas encore le cas. »
Le commerçant pointe également le changement annoncé de certains manuels scolaires, qui pourrait, selon lui, fragiliser davantage l’activité des libraires. « Cette situation ne nous arrange pas, nous les commerçants, parce qu’elle peut entraîner des pertes sur les stocks déjà constitués », estime-t-il, tout en déplorant la concurrence que représenteraient, selon lui, des enseignants vendant des fournitures scolaires au sein des établissements.

Pour Modeste Koffi, vendeur de fournitures et de manuels scolaires sur un étal, cette faible affluence pourrait toutefois être temporaire. « Il n’y a pas encore d’affluence devant mon étal, contrairement à l’année dernière, du fait que la rentrée scolaire s’effectue en milieu de mois. Mais je pense que les choses vont s’améliorer à partir de la semaine prochaine », espère-t-il, expliquant cette situation notamment par le profil économique d’une partie des familles de Guiglo.
« La plupart des parents d’élèves de Guiglo sont des planteurs, notamment d’hévéa. C’est généralement à la fin du mois, qu’ils disposent de revenus pour régler la scolarité et acheter les fournitures de leurs enfants », souligne-t-il.
Du côté des parents d’élèves, la pression financière est également perceptible. Même pour les familles ayant déjà acheté une partie des fournitures et des tenues scolaires, les dépenses liées à la rentrée restent difficiles à supporter.
« A l’approche de la rentrée scolaire, les parents d’élèves rencontrent beaucoup de difficultés, notamment en ce qui concerne les différentes étapes liées à l’inscription et l’achat des fournitures scolaires », explique Koné Kassinibin Seydou, agent au ministère de la Construction et parent d’élève.
Selon M. Koné, les familles vivant principalement des revenus agricoles sont les plus exposées aux difficultés. « Généralement, ce sont nos parents planteurs et paysans qui rencontrent le plus de difficultés, compte tenu des revenus qu’ils tirent de leurs produits de rente, notamment le café, le cacao, l’hévéa qui affichent des prix bord champ assez faibles », relève-t-il.
Il appelle à un renforcement des mesures en faveur des producteurs agricoles. « Notre souhait est que l’Etat puisse davantage soulager les paysans. Cela nous arrangerait également, nous les fonctionnaires, d’autant qu’une amélioration de leurs revenus permettrait aux familles de mieux faire face aux dépenses liées à la rentrée scolaire », poursuit-il.

Au marché, Eddie Zonnon, un autre parent d’élève, dit également mesurer le poids des dépenses. « Actuellement, je suis venu au marché avec mon épouse et les enfants pour acheter des fournitures scolaires. A notre niveau, nous avons déjà acheté les tenues scolaires et une partie des fournitures, mais il faut reconnaître que tout est devenu cher », témoigne-t-il.
Ce matin-là, la famille était notamment à la recherche de chaussures pour leurs enfants. « Nous avons du mal à nous en sortir avec les moyens, dont nous disposons. Le commerçant aussi doit faire vivre sa famille avec les revenus de son activité. Cela rend les négociations de baisse des prix difficiles », constate M. Zonnon.
Pour ce parent, une intervention des pouvoirs publics serait nécessaire pour alléger la charge qui pèse sur les familles. « Le gouvernement doit voir ce qu’il peut faire pour nous soulager afin que nous puissions faire face aux dépenses de la rentrée scolaire. Tout est cher et la situation est très difficile pour nous, les parents d’élèves », plaide-t-il.
A Guiglo, le calendrier des revenus agricoles pourrait contribuer à expliquer le faible mouvement observé dans les points de vente à quelques jours de la reprise des cours. Les revenus issus notamment de l’hévéa, du café et du cacao sont attendus plus tard dans le mois par certains planteurs, qui pourraient effectuer leurs achats scolaires après la rentrée.

Face à ces difficultés, des parents souhaitent davantage de mesures d’accompagnement pour leur permettre de supporter les charges scolaires et assurer la scolarisation de leurs enfants dans de bonnes conditions.
Pendant ce temps, les autorités locales s’activent pour garantir le respect du calendrier national. Lors de la réunion locale de rentrée, tenue le 09 septembre, le préfet du Cavally, préfet de Guiglo, Vincent Boka Kouassi, a demandé aux responsables éducatifs de prendre toutes les dispositions nécessaires afin que les établissements soient propres, sécurisés et dotés de tables-bancs avant l’arrivée des élèves.
Le préfet a notamment insisté sur la nécessité de ne pas laisser les élèves découvrir, le jour de la rentrée, des établissements encore envahis par les broussailles ou dépourvus de mobilier. La sécurisation des écoles et le respect du calendrier scolaire ont également été au cœur de ses recommandations.
La rentrée scolaire est donc officiellement fixée au lundi 14 septembre 2026. Mais à Guiglo, entre la faible affluence constatée dans les points de vente et les difficultés financières exprimées par les familles, l’enjeu reste de savoir si tous les élèves pourront effectivement être au rendez-vous dès le premier jour.
(AIP)
ja/fmo
Reportage réalisé par Joseph Agness Abouo
Chef du bureau régional de Guiglo

