Abidjan, 1er mars 2026 ( AIP)- Du 24 février 2022 au 24 février 2026, la guerre entre la Russie et l’Ukraine n’a pas seulement semé la mort en Europe. À distance, l’Afrique en subit les contrecoups, sociaux et économiques, révélant la fragilité de secteurs déjà éprouvés par la sécheresse, la pandémie de Covid-19 et les crises sécuritaires.
Des denrées alimentaires sous tension
Avant même le conflit, les prix alimentaires avaient « grimpé en flèche » en 2021 dans plusieurs pays africains. La guerre a aggravé la situation, notamment sur le blé, dont de nombreux États sont fortement dépendants. En Afrique du Nord – Égypte, Tunisie, Maroc, Algérie, Libye – mais aussi en Afrique de l’Ouest et dans la Corne de l’Afrique, la flambée des prix a fragilisé des millions de ménages.
En 2023, plus de 43 millions de personnes étaient en situation de crise alimentaire en Afrique de l’Est, et plus de 30 millions en Afrique de l’Ouest et au Sahel. En janvier 2026, un rapport de la Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) avertit que 52,8 millions de personnes pourraient être confrontées à une insécurité alimentaire aiguë entre juin et août 2026 dans ces régions. Conflits locaux, instabilité et inflation alimentent un cercle vicieux d’appauvrissement.
Hydrocarbures : l’autre onde de choc
Dès 2022, le Programme alimentaire mondial signalait la hausse du prix de produits de base comme l’huile, le blé et le pain, avec des pénuries observées par endroits. Le carburant, lui aussi, a connu une envolée spectaculaire.
Selon le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), carburant et denrées alimentaires représentent plus d’un tiers de l’indice des prix à la consommation dans de nombreux pays africains. Cette pression réduit les marges budgétaires des États et limite leur capacité à protéger les plus vulnérables, au risque d’une déstabilisation sociale.
Un dilemme diplomatique et stratégique
Au-delà des chiffres, la guerre pose un choix délicat : comment préserver ses intérêts sans rompre des partenariats essentiels ? Plusieurs experts plaident pour un pragmatisme affirmé afin d’éviter que l’Afrique ne demeure en marge des grandes décisions internationales. D’autres soulignent la nécessité de ménager les équilibres, tant les dépendances économiques et sécuritaires sont imbriquées.
Transformer la crise en opportunité
Malgré la gravité de la situation, des pistes émergent. Diversifier les sources d’approvisionnement en céréales, investir massivement dans l’agriculture locale et renforcer les filets de protection sociale figurent parmi les priorités. La FAO appelle également les États à éviter les restrictions d’exportation susceptibles d’aggraver la crise mondiale.
Beaucoup voient aussi dans la transition énergétique et la gouvernance transparente des ressources un levier d’émancipation. L’agriculture, qui a démontré sa résilience durant la pandémie, pourrait redevenir un moteur de souveraineté et d’emploi.
Quatre ans après le début du conflit, l’Afrique apparaît à la fois comme victime collatérale et acteur potentiel d’un renouveau. Entre vulnérabilités révélées et richesses à valoriser, le continent est face à une exigence d’humanisme : protéger les plus fragiles, préserver la dignité des peuples et bâtir des solutions durables pour que les crises lointaines ne condamnent plus les espoirs locaux.
Feature réalisé par Jean-Cyrille Ouattara
(AIP)
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