Béoumi, 12 mars 2026 (AIP)- La banane plantain est abondante sur le marché de Béoumi en cette période de contre-saison, a constaté l’Agence ivoirienne de presse (AIP) mercredi 11 mars 2026, jour de marché dans la ville.
Cette disponibilité du produit contraste avec la hausse du prix de vente observée sur les étals et dans les circuits d’approvisionnement, selon des producteurs, commerçantes et responsables du secteur agricole interrogés par l’AIP.
Le professeur d’histoire-géographie au lycée moderne de Béoumi, Yao Konan Éric, explique que la production de banane plantain suit un cycle lié aux conditions climatiques.
« La banane plantain est une culture annuelle dont la production commence à partir des mois de novembre, décembre, janvier et février. À partir des mois de janvier et février, la production baisse parce que c’est une culture qui demande assez d’eau. Lorsque la saison sèche commence, les derniers fruits n’ont plus le même format que lorsque la pluie est abondante », a-t-il indiqué.
Selon lui, la présence importante de banane plantain sur les marchés de Béoumi en cette période peut s’expliquer par les conditions climatiques observées cette année.
« Si on observe encore une abondance de banane plantain à Béoumi, cela peut s’expliquer par la pluviométrie enregistrée cette année. Lorsqu’il pleut pendant les mois de décembre, janvier et février, les plants continuent de produire des fruits de bonne qualité. À cela s’ajoute la réduction des feux de brousse et du vent qui provoque la chute des plants », a-t-il poursuivi.
Il estime que ces conditions climatiques ont favorisé la production et contribué à la présence continue du produit sur les marchés locaux.
« Cette année, le climat a favorisé ces cultures. Nous aurons encore une quantité importante de banane sur le marché », a-t-il ajouté.
Selon lui, cette situation a des incidences économiques pour les producteurs et les commerçants.
« Dans les localités où il y a eu des pluies, cela peut accroître les revenus des paysans. Le prix de la banane augmente également en raison de la demande, car ce produit est consommé au niveau local, national et dans certains circuits extérieurs », a-t-il expliqué.
M. Yao Konan Eric a aussi évoqué l’impact des pratiques agricoles dans certaines zones de production.
« Les techniques agricoles ont évolué. Dans certaines localités, l’usage d’herbicides et d’insecticides a modifié la structure écologique des sols. Dans ces zones, la production a diminué. Des commerçantes se déplacent donc vers Béoumi pour s’approvisionner, ce qui contribue à la hausse des prix », a-t-il déclaré.
Le directeur départemental de l’Agriculture de Béoumi, Diané Brahima, confirme l’abondance de la banane plantain dans le département.
« Nous observons effectivement une abondance de la banane plantain à Béoumi. La loi de l’offre et de la demande veut que lorsque l’offre dépasse la demande, les prix baissent. Dans ce cas, cette situation ne joue pas en faveur des consommateurs », a-t-il indiqué.
Il a également évoqué la nécessité de disposer de données sur cette activité agricole.
« Nous souhaitons que les populations collaborent avec les services agricoles afin d’obtenir des statistiques fiables sur l’économie de la banane plantain. L’organisation de cette filière peut accroître les revenus des paysans et des femmes qui sont nombreuses dans ce secteur », a-t-il expliqué.
Selon lui, le travail de collecte de données consistera à suivre les volumes produits et commercialisés.
« Il s’agira de peser les régimes, de suivre les prix pendant la saison et la contre-saison et de recueillir des informations auprès des commerçants. Nous envisageons aussi de remettre des stickers aux camions afin d’identifier les véhicules qui transportent la banane hors du département et d’estimer le tonnage », a-t-il précisé.
Productrice de banane plantain, Kouadio Amenan Véronique explique que cette culture est associée à d’autres spéculations.
« Nous cultivons la banane plantain dans nos champs d’igname et d’anacarde. Le transport coûte cher et si nous ne vendons pas rapidement, les régimes peuvent pourrir et nous subissons des pertes », a-t-elle confié.
Commerçante de banane plantain, Konaté née Touré Djibi affirme s’approvisionner à Béoumi pour ravitailler le marché d’Abidjan.
« J’achète la banane plantain à Béoumi pour la revendre à Abidjan. Nous louons des camions pour transporter les régimes. Le coût d’achat est élevé. Les régimes que nous achetions entre 2 000 et 3 000 francs CFA en novembre et décembre se vendent maintenant entre 4 000 et 5 000 francs CFA », a-t-elle indiqué.
Elle évoque également des difficultés liées au transport et aux contrôles routiers.
« Le transport et les tracasseries routières représentent des charges supplémentaires. Cela a une incidence sur le prix de vente à destination », a-t-elle ajouté.
Une autre commerçante, Amani Aya Thérèse, qui revend la banane plantain à Bouaké, exerce dans ce commerce depuis plus de vingt ans.
« Cela fait plus de deux décennies que je suis dans ce commerce. Depuis quelques années, il y a une forte affluence de camions qui viennent s’approvisionner à Béoumi », a-t-elle déclaré.
Elle attribue cette situation à l’amélioration des infrastructures routières.
« Le bon état des routes facilite l’accès à la ville. Les véhicules viennent de plusieurs localités pour se ravitailler en produits vivriers », a-t-elle expliqué.
Mme Amani Aya Thérèse évoque aussi les charges liées au transport.
« Le coût du transport reste élevé et cela réduit la rentabilité. Si nous étions mieux organisées et si nous avions des moyens de transport pour nos marchandises, cela pourrait améliorer nos activités », a-t-elle souhaité.

