Véritable expression culturelle et identitaire, cette pratique met en scène de jeunes héritiers des lignées guerrières, vêtus de tenues de combat ancestrales et arborant des visages noircis, symbole de bravoure et de puissance.
À travers leurs prestations rituelles, ils rendent hommage aux aïeux qui ont défendu et protégé la cité, sous l’égide de la mémoire du regretté dépositaire de cette tradition, Ba Guenan, décédé en 2025.
Selon un autre dépositaire, Ouattara Alilou, le Sacraboutou est « une danse traditionnelle qui célèbre les victoires remportées contre les ennemis ». Elle se pratique dans l’après-midi du jour de la grande prière marquant la fin du mois de Ramadan, conférant à l’événement une portée à la fois culturelle, mémorielle et spirituelle.
À cette occasion, les descendants de ces guerriers, majoritairement des jeunes, parcourent les rues et certaines concessions de la ville en procession, accompagnés de jeunes filles qui chantent et dansent au rythme des tambours. Cette mobilisation populaire, marquée par une forte affluence, traduit l’attachement des populations à cette tradition séculaire.
D’ordinaire discrets, ces jeunes adoptent, le temps de la célébration, l’allure de redoutables combattants. Leurs visages noircis, parfois dissimulés derrière des masques, visent à inspirer la crainte, conformément aux codes hérités des anciens, a expliqué le directeur du musée de Bondoukou, Ouattara Bema.
« Autrefois, le Sacraboutou était l’apanage d’un clan préparé à la guerre, issu de la famille des Donzo Ouattara de Bondoukou, à la fois détentrice et exécutante de cette danse », a-t-il précisé, ajoutant que les tenues portées aujourd’hui constituent un héritage direct des premiers guerriers victorieux.

Il a également souligné que cette pratique s’inscrit dans un ensemble de manifestations culturelles comprenant deux principales formes de danses : le Sacraboutou, à caractère sacré et réservé aux initiés, et le Kroubi, une danse populaire intégrée à la célébration.
Cette dernière se décline en plusieurs variantes, dont certaines sont traditionnellement exécutées par les jeunes filles, tandis que d’autres sont accessibles aux femmes.
Au-delà de son aspect festif, le Sacraboutou revêt une dimension mémorielle forte. « Il s’agit d’une danse de souvenir, destinée à rendre hommage aux ancêtres et à exprimer la gratitude pour les victoires obtenues », a indiqué M. Ouattara.
La célébration obéit à des rites bien établis. Les participants effectuent notamment une tournée dans certaines concessions liées aux anciens combattants afin d’exprimer leur reconnaissance et de recueillir des bénédictions.
Cette démarche symbolise le retour des guerriers du front, matérialisé par la présentation de trophées de guerre, notamment les queues de cheval, remises aux familles des disparus en signe de reconnaissance.
Le Sacraboutou s’affirme comme un événement culturel majeur du Gontougo et un important attrait touristique, contribuant à la valorisation du patrimoine et à la transmission des valeurs ancestrales aux jeunes générations, a-t-on appris sur place.
(AIP)
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